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Assurance climatique : une résilience qui déplace le risque

Le rapport IAIS 2025 affiche un secteur résilient. Le stress-test ACPR et la hausse de la surprime CatNat de la CCR montrent que ce risque est en réalité transféré, pas absorbé.

Axel Morel
Axel Morel
4 juillet 2026·12 min de lecture·Preuves limitées

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La résilience affichée par le secteur assurantiel dispense-t-elle d'anticiper le risque climatique ?

Non : la résilience du bilan agrégé coexiste avec un déplacement du coût, pas sa résolution. Le stress-test ACPR montre un ratio de couverture du SCR qui recule de 230 % à 170 % en scénario adverse, et la surprime CatNat de la CCR est passée de 12 % à 20 % en 2023. L'enjeu est critique pour un assureur exposé aux actifs fossiles et à l'immobilier. Un pivot de portefeuille reste partiellement réversible tant qu'il n'a pas été engagé : la posture qui s'impose est de différer toute réallocation structurelle sauf preuve forte que le point de bascule est déjà atteint. Testez votre propre ratio face à un choc climatique avec le simulateur SCR, et traitez la connaissance du risque de long terme (actifs fossiles, immobilier) comme un signal d'action, pas seulement un chiffre de reporting.

L'essentiel en 3 points

  1. La résilience du secteur est réelle, et ne prouve pas que le risque est absorbé. Le rapport GIMAR 2025 de l'IAIS documente un secteur assurantiel mondial solvable, liquide et rentable, avec un risque systémique en léger recul. Ce constat coexiste avec un protection gap catastrophes naturelles qui se creuse à la périphérie du secteur, sans que les ratios prudentiels n'en soient encore affectés.
  2. Le stress-test ACPR chiffre le choc et révèle l'inertie. Le ratio de couverture du SCR recule de 230 % à 170 % dans le scénario adverse de court terme : tiré davantage par la dépréciation des actifs financiers que par la sinistralité elle-même. À long terme, la connaissance des pertes attendues sur les actifs fossiles et immobiliers ne se traduit pas en réallocation de portefeuille.
  3. La surprime CCR est le signal le plus concret du déplacement du risque. La Caisse centrale de réassurance a relevé sa surprime CatNat de 12 % à 20 % en 2023, et estime à 15 % la probabilité de recourir au soutien de l'État. Ce rythme de transfert de coût ne peut pas se prolonger indéfiniment sans provoquer un désengagement des assurés dans les zones les plus exposées ou une intervention publique structurelle.

Le secteur assurantiel mondial affiche en 2025 une solvabilité solide, une liquidité forte et une rentabilité saine, avec un risque systémique en léger recul1. Le même mouvement de fond, mesuré cette fois à l’échelle française par le deuxième stress-test climatique de l’ACPR, raconte une histoire plus inconfortable : le choc de court terme touche d’abord les actifs financiers des assureurs, la connaissance du risque de long terme ne se traduit pas en réallocation de portefeuille, et le coût du risque climatique se retrouve déjà dans la surprime que la Caisse centrale de réassurance applique aux contrats catastrophes naturelles234. Ces trois faits ne se contredisent pas. Ils décrivent un même phénomène à des échelles différentes : la résilience du secteur, réelle, coexiste avec un déplacement du risque plutôt qu’avec sa résolution.

Ce que le rapport IAIS établit sur la résilience du secteur

L’IAIS publie chaque année le Global Insurance Market Report (GIMAR), qui agrège les données de 57 des plus grands groupes d’assurance internationaux, représentant plus de 90 % des primes brutes émises dans le monde1. L’édition 2025 établit que le secteur reste solvable, liquide et rentable, et que le risque systémique agrégé du secteur assurantiel a légèrement reculé sur l’année15. Cette évaluation porte sur des indicateurs de bilan classiques (solvabilité, liquidité, résultat technique) et non sur une mesure directe de l’exposition climatique des portefeuilles.

En parallèle, l’IAIS a publié en novembre 2025 une édition spéciale du GIMAR consacrée aux implications du protection gap catastrophes naturelles pour la stabilité financière, construite à partir de six études de cas détaillées67. Corrélation observée : les régions d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient présentent un taux de pertes économiques non assurées supérieur à 80 %8. Le rapport documente les canaux de transmission possibles, sans en établir la matérialisation actuelle. Causalité plausible non démontrée.

La juxtaposition de ces deux publications mérite d’être tenue en un seul regard. Un secteur peut être financièrement résilient au niveau agrégé tout en laissant se creuser, à sa périphérie, un écart de couverture qui ne pèse pas encore sur ses ratios prudentiels. La résilience mesurée par le GIMAR annuel est une résilience du bilan des assureurs qui continuent de souscrire ; elle ne dit rien du sort des ménages et des territoires qui glissent hors du champ de l’assurabilité.

Le mécanisme qui transmet le coût : la surprime de réassurance

Le canal par lequel ce déséquilibre remonte jusqu’au bilan des acteurs européens est documenté par la note Mind the climate-related protection gap, publiée par la BIS et l’IAIS en mars 20258. Ce que les données établissent : à mesure que les pertes économiques et assurées liées aux événements climatiques augmentent (49 événements de pertes supérieures à un milliard de dollars au troisième trimestre 2024 pour la seule catégorie climatique8), les réassureurs répercutent ce coût dans leurs conditions de tarification et de souscription. La note cite l’exemple français de la Caisse centrale de réassurance, dont la surprime appliquée aux contrats catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % en 2023, la CCR estimant elle-même à 15 % la probabilité de devoir recourir au soutien de l’État pour honorer ses engagements8 (Figure 1).

Figure 1. Surprime catastrophes naturelles appliquée par la CCR : passage de 12 % à 20 % en 2023

Ce chiffre est cité de seconde main par la BIS, qui le rapporte à une publication de la CCR datée de 2024 que je n’ai pas consultée directement ; je le retiens comme un ordre de grandeur documenté par une source [I] de premier plan, pas comme une donnée vérifiée à la source primaire (voir Mes réserves).

Mon interprétation. Ce mécanisme de répercussion n’est pas une défaillance du système, il en est la mécanique attendue : la réassurance existe précisément pour transférer un risque devenu trop concentré vers un capital plus large. Mais la conséquence opérationnelle est que le protection gap documenté à l’échelle mondiale par l’IAIS ne reste pas une abstraction statistique pour les décideurs français : il se traduit directement dans le coût de la couverture catastrophes naturelles, et donc dans l’équation de rentabilité des assureurs primaires comme dans le budget des assurés.

Ce que le stress-test ACPR ajoute : l’inertie malgré la connaissance du risque

Le deuxième exercice de stress-test climatique de l’ACPR, mené entre 2022 et 2024 et dont les résultats ont été publiés en mai 2024, est le premier de ce type dédié exclusivement au secteur de l’assurance en France23. Quinze groupes, soit vingt-deux entités représentant 90 % du total de bilan des assureurs français, y ont participé sur base volontaire2. Ce que les données établissent : dans le scénario adverse de court terme, à l’horizon 2027, le ratio de couverture du SCR recule de 230 % fin 2022 à 170 % fin 2027, soit une baisse de 60 points sur la période9. Le choc financier, qui déprécie de 13 % la valeur du portefeuille d’actifs des assureurs et touche d’abord les actifs liés aux énergies fossiles avant de se diffuser par contagion à l’immobilier et aux titres souverains, pèse davantage sur la solvabilité que l’augmentation du coût des sinistres climatiques eux-mêmes39. Dans les deux cas, le ratio reste supérieur au seuil réglementaire minimal de 100 % fixé par Solvabilité II (Figure 2).

Figure 2. Ratio de couverture du SCR, scénario adverse de court terme : recul de 230 % à 170 % entre fin 2022 et fin 2027

Simulateur associé. Le seuil des 100 % est une règle de décision numérique qu’un lecteur peut appliquer à son propre bilan.

Simulateur interactif : ratio de couverture SCR face à un choc climatique

Ouvrir le simulateur → Entrez votre ratio de couverture SCR et appliquez l’un des deux chocs publiés par l’ACPR, ou un choc personnalisé, pour visualiser la marge restante avant le seuil réglementaire.

Sur le volet catastrophes naturelles, une synthèse professionnelle indique une sinistralité deux à cinq fois plus élevée dans les départements français les plus exposés, entraînant une hausse des primes comprise entre 130 % et 200 % sur trente ans4. Je n’ai pas retrouvé cette fourchette formulée dans les mêmes termes sur les pages officielles de l’ACPR ; je la retiens comme une lecture de cabinet [S] du même exercice, cohérente avec le risque d’inassurabilité que l’ACPR documente par ailleurs, mais à vérifier auprès du rapport technique complet avant toute reprise dans un support engageant davantage Probans.

À l’horizon long terme (2050), le résultat le plus significatif n’est pas la matérialisation du risque physique en tant que telle, mais l’écart entre la connaissance de ce risque et l’action engagée pour s’en prémunir. L’exercice montre que les actifs liés aux activités fossiles et à l’immobilier subiraient les pertes de valeur les plus fortes à cet horizon ; pour autant, ces projections ne conduisent pas les assureurs participants à envisager des réallocations de portefeuille significatives9. Extrapolation prudente : cette inertie peut relever autant d’une contrainte réglementaire ou actuarielle sur l’horizon d’investissement que d’un pari implicite sur l’adaptation future des marchés ; le stress-test ne permet pas de trancher entre ces deux lectures.

L’ACPR a également mesuré pour la première fois un risque d’inassurabilité de certains biens dans certaines zones géographiques, avec une forte disparité selon les aléas retenus (sécheresse, submersion marine, inondation)910. Certains assureurs appliquent déjà des politiques tarifaires différenciées selon le risque géographique, voire des exclusions de garantie. L’ACPR resitue cet exercice dans le cadre réglementaire existant, qui oblige déjà les organismes à intégrer le risque de durabilité dans leur ORSA au titre de Solvabilité II10.

La résilience d’un secteur qui continue de souscrire n’est pas la preuve que le risque climatique a été absorbé ; c’est parfois la preuve qu’il a simplement trouvé, pour l’instant, un endroit où se loger sans faire trembler les bilans.

Jusqu’où le transfert du risque est-il soutenable

Les trois sources mobilisées ici ne portent ni sur le même périmètre géographique, ni sur le même horizon temporel. Le lien entre ces trois échelles relève de mon interprétation, construite à partir de la cohérence des mécanismes qu’elles décrivent chacune séparément.

Tableau 1. Comparatif des trois sources mobilisées

SourceProducteurDatePérimètreHorizonIndépendance
GIMAR 2025IAISDéc. 202557 groupes mondiaux, 90 % des primes brutes mondialesConstat annuel[I]
FSI Insights n°65BIS / IAISMars 2025Marché mondial de la réassurance, exemple français (CCR)Constat + projections de marché[I]
Stress-test climatiqueACPRMai 202422 entités françaises, 90 % du bilan sectoriel français2027 (court terme) et 2050 (long terme)[I]

Mon interprétation. La question qu’un dirigeant d’assurance ou de réassurance doit se poser n’est pas de savoir si le secteur est résilient aujourd’hui (la réponse des deux rapports institutionnels est affirmative pour le millésime observé), mais de savoir combien de temps ce transfert de coût vers la réassurance et les assurés peut se poursuivre avant de buter sur un plafond d’acceptabilité tarifaire ou politique. Une surprime qui passe de 12 % à 20 % en une année constitue, en tendance, un rythme qui ne peut pas se prolonger indéfiniment sans provoquer soit un désengagement des assurés dans les zones les plus exposées, soit une intervention publique plus structurelle sur le régime CatNat français810.

Application par profil de décision

ProfilCe que cette analyse impliqueEnjeuRéversibilité
Direction technique et actuariat (assureur non-vie)Le stress-test ACPR fournit un cadre méthodologique directement transposable pour objectiver, en interne, l’écart entre connaissance du risque climatique à 2050 et politique actuelle de réallocation d’actifs.ModéréPartiellement réversible
Direction des risques et gestion actif-passifLa dynamique de surprime CCR est un indicateur avancé du coût de la réassurance à intégrer dans les projections pluriannuelles, au-delà du seul renouvellement annuel des traités.ModéréRéversible
Direction générale et comité exécutifLa résilience affichée par l’IAIS ne dispense pas d’anticiper un point de bascule tarifaire ou réglementaire sur le régime CatNat ; le sujet relève d’un arbitrage stratégique, pas seulement technique.CritiquePartiellement réversible
Investisseur institutionnel exposé au secteur assurantielLa stabilité des ratios prudentiels en 2025 ne renseigne pas sur l’exposition de long terme aux actifs fossiles et immobiliers identifiée par l’ACPR ; une diligence spécifique sur ce point reste pertinente.ModéréRéversible
Régulateur et pouvoirs publicsL’écart entre connaissance du risque et réallocation de portefeuille documenté par l’ACPR constitue un point d’attention prudentielle distinct du seul suivi de la solvabilité agrégée.CritiqueRéversible

Lexique

GIMAR (Global Insurance Market Report) : rapport annuel de l’IAIS agrégeant les données de suivi des risques du secteur assurantiel mondial.

IAIS (International Association of Insurance Supervisors) : association internationale des superviseurs d’assurance, organisme de normalisation du secteur.

Protection gap : écart entre les pertes économiques totales causées par un sinistre et la part effectivement couverte par une assurance.

SCR (Solvency Capital Requirement, capital de solvabilité requis) : capital réglementaire que Solvabilité II exige d’un assureur pour absorber un choc à horizon un an. Le ratio de couverture du SCR rapporte les fonds propres disponibles à ce montant ; le seuil réglementaire minimal est de 100 %.

ORSA (Own Risk and Solvency Assessment) : évaluation interne des risques et de la solvabilité, obligation réglementaire au titre de Solvabilité II.

CCR (Caisse centrale de réassurance) : réassureur public français, pivot du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles (CatNat).

Actifs échoués (stranded assets) : actifs dont la valeur se déprécie fortement, voire s’annule, du fait de la transition climatique ou réglementaire.

Risque d’inassurabilité : situation dans laquelle le coût ou la fréquence d’un risque rend sa couverture assurantielle économiquement non viable pour l’assureur ou l’assuré.

NGFS (Network for Greening the Financial System) : réseau de banques centrales et de superviseurs pour le verdissement du système financier, producteur des scénarios climatiques de référence utilisés par l’ACPR.

FSI (Financial Stability Institute) : institut de la BIS dédié à l’analyse de la stabilité financière et à l’appui aux superviseurs.


Footnotes

  1. IAIS, Global Insurance Market Report 2025, décembre 2025. [I] https://www.iais.org/2025/12/iais-global-insurance-market-report-2025-highlights-growth-of-investments-in-private-credit-geoeconomic-fragmentation-and-ai-adoption-as-key-supervisory-priorities/ 2 3

  2. ACPR, Résultats du test de résistance climatique sur les assureurs 2023-2024, mai 2024. [I] https://acpr.banque-france.fr/fr/actualites/resultats-du-test-de-resistance-climatique-sur-les-assureurs-2023-2024 2 3

  3. ACPR, communiqué de presse, Stress-test climatique : l’ACPR encourage les organismes d’assurance à poursuivre leurs efforts, 22 mai 2024. [I] https://acpr.banque-france.fr/fr/communiques-de-presse/stress-test-climatique-lacpr-encourage-les-organismes-dassurance-poursuivre-leurs-efforts-de-prise 2 3

  4. Forvis Mazars, Les résultats du stress test climatique de l’ACPR 2023, juillet 2024. [S] https://www.forvismazars.com/fr/fr/insights/publications-et-evenements/avis-d-experts/resultats-du-stress-test-climatique-de-l-acpr-2023 2

  5. ANZIIF, synthèse du Global Insurance Market Report 2025, décembre 2025. [S] https://covered.anziif.com/professional-development/content-format/whitepapers/iais-global-insurance-market-report-2025/

  6. IAIS, page Climate risk, consultée en juillet 2026. [I] https://www.iais.org/activities-topics/climate-risk/

  7. ACPR, rapport technique complet du stress-test climatique 2023-2024 (83 pages), mai 2024, non lu intégralement. [I] https://acpr.banque-france.fr/system/files/import/acpr/medias/documents/20240523_rapport_final_st_climat_vf.pdf

  8. BIS / FSI, Mind the climate-related protection gap, FSI Insights n°65, mars 2025. [I] https://www.iais.org/uploads/2025/03/FSI-Insights-65-Mind-the-climate-related-protection-gap-reinsurance-pricing-and-underwriting-considerations.pdf 2 3 4 5

  9. ACPR, Les principaux résultats de l’exercice climatique sur le secteur de l’assurance, 2024. [I] https://acpr.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-principaux-resultats-de-lexercice-climatique-sur-le-secteur-de-lassurance 2 3 4

  10. ACPR, communiqué de presse du 22 mai 2024 (version PDF détaillée). [I] https://acpr.banque-france.fr/system/files/import/acpr/medias/documents/20240422_cp_acpr_stress_test_climatique_assurance.pdf 2 3

Mes réserves

Ce qui invaliderait cette lecture

  • Je n'ai pas lu ligne à ligne le rapport GIMAR 2025 dans son intégralité ni le rapport technique complet du stress-test ACPR 2023-2024 (83 pages) ; les chiffres cités proviennent des communiqués et pages de résultats officielles de ces deux institutions.
  • Le chiffre de surprime CCR (12 % puis 20 % en 2023) est une citation de seconde main : la BIS l'attribue à une publication de la CCR de 2024 que je n'ai pas consultée directement.
  • La fourchette de hausse de primes de 130 % à 200 % sur trente ans provient d'une synthèse de cabinet de conseil (Forvis Mazars) et non d'une formulation que j'ai retrouvée telle quelle sur les pages officielles de l'ACPR ; je la signale comme [S] et non [I].
  • L'exercice ACPR repose sur une participation volontaire, ce qui expose à un biais de sélection vers les organismes les mieux outillés.
  • La mise en regard des trois sources (IAIS, BIS, ACPR) relève de mon interprétation, et non d'une conclusion conjointe qu'elles établiraient elles-mêmes.
  • Si un prochain exercice élargissait la participation au-delà du volontariat et constatait une réallocation de portefeuille effective plutôt qu'une connaissance du risque non suivie d'effet, la thèse d'inertie développée ici perdrait sa portée.

Biais cognitifs que cette situation peut déclencher

  • Biais de statu quo (Samuelson et Zeckhauser, 1988) : la connaissance d'un risque à horizon 2050 sans conséquence immédiate sur les ratios prudentiels peut favoriser le maintien de l'allocation de portefeuille actuelle plutôt que son ajustement anticipé.
  • Préférence pour le présent (travaux de Thaler sur le choix intertemporel) : un choc projeté à 2050 pèse structurellement moins dans la décision qu'un ratio de solvabilité publié chaque année.
  • Heuristique du « ce que vous voyez est tout ce qu'il y a » (Kahneman, 2011) : la résilience mesurée par des ratios agrégés et visibles peut donner une impression de sécurité qui occulte un risque déplacé mais pas encore comptabilisé.

Lexique

SCR· Solvency Capital Requirement / capital de solvabilité requis
Capital réglementaire qu'un assureur doit détenir pour absorber un choc à horizon un an sous Solvabilité II. Le ratio de couverture du SCR rapporte les fonds propres disponibles à ce montant ; le seuil réglementaire minimal est de 100 %. En dessous, l'assureur est en situation de non-conformité réglementaire.
CatNat· Régime d'indemnisation des catastrophes naturelles
Dispositif légal français d'indemnisation des sinistres causés par des phénomènes naturels d'intensité anormale (inondations, sécheresse, submersion marine…). Repose sur une surprime obligatoire adossée aux contrats multirisque habitation et professionnel, réassurée par la Caisse centrale de réassurance (CCR) avec garantie illimitée de l'État.
Protection gap· écart de couverture assurantielle
Écart entre les pertes économiques totales causées par un sinistre (catastrophe naturelle, événement climatique) et la part effectivement couverte par une assurance. Un protection gap élevé signifie que la majorité du coût est supportée directement par les ménages, les entreprises ou les États plutôt que mutualisée via le secteur assurantiel.
GIMAR· Global Insurance Market Report
Rapport annuel de l'IAIS (Association internationale des superviseurs d'assurance) agrégeant les données de suivi des risques des 57 plus grands groupes d'assurance internationaux, représentant plus de 90 % des primes brutes émises dans le monde. Couvre la solvabilité, la liquidité, la rentabilité et le risque systémique du secteur.
ORSA· Own Risk and Solvency Assessment
Évaluation interne des risques et de la solvabilité, obligation réglementaire au titre de Solvabilité II. Chaque assureur doit y documenter sa propre appréciation des risques auxquels il est exposé, y compris les risques climatiques et de durabilité, et vérifier que sa capitalisation reste adéquate dans ses scénarios propres.
Actifs échoués· stranded assets
Actifs (titres d'entreprises fossiles, biens immobiliers en zone à risque, infrastructures carbonées) dont la valeur se déprécie fortement, voire s'annule, du fait de la transition climatique ou réglementaire avant la fin de leur durée de vie économique prévue. Le stress-test ACPR 2023-2024 identifie les actifs fossiles et immobiliers comme les plus exposés à ce risque à l'horizon 2050.
Risque d'inassurabilité
Situation dans laquelle le coût ou la fréquence d'un risque rend sa couverture assurantielle économiquement non viable pour l'assureur ou l'assuré. L'ACPR a mesuré pour la première fois ce risque dans son stress-test 2023-2024, avec une forte disparité selon les aléas (sécheresse, submersion marine, inondation) et les zones géographiques.
Axel Morel
Axel Morel
Fondateur & analyste · Probans

Analyse les sujets qui l'intéressent et publie ce qu'il en tire, avec méthodologie, sans jargon inutile. Choix du sujet, validation finale du plan, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des éléments d'illustration par l'auteur Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales, création du plan de rédaction initial par l'IA.

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