Assurance · 2 juillet 2026 · mis à jour le 4 septembre 2026
ESP — En révisionAssurance paramétrique : le risque de base, jamais quantifié par Swiss Re ni par l'OCDE
La rapidité de paiement est réelle, mais n'a pas été, dans la documentation rassemblée ici, présentée comme le problème actuariel central du produit. Stigler et ses coauteurs (2022) montrent que les méthodes usuelles d'évaluation peuvent sous-estimer le risque de base des indices agricoles quand l'historique est court et les sites observés nombreux.
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansDécision concernée
Faut-il souscrire ou vendre une couverture paramétrique pour un risque donné ?
Ça dépend de la structure du péril, pas de la rapidité de paiement vantée. Pour un péril à perte homogène et fortement concentrée (incendie total, seuil météo destructeur), le produit se rapproche le plus de sa promesse, sans que la comparaison complète des termes du contrat avec l'assurance classique (prime, franchise, limite, exclusions, pertes indirectes) soit acquise pour autant. Pour un péril diffus et hétérogène (sécheresse, cumul climatique) couvrant un assuré souverain ou institutionnel, l'enjeu devient critique dès que la couverture protège une trésorerie publique ou une population exposée à une crise alimentaire. L'engagement reste partiellement réversible une fois le cycle contractuel signé. Ce que la recherche disponible autorise à exiger avant de signer, ce n'est pas de renoncer, c'est une méthode. Demandez au fournisseur la profondeur temporelle réelle des séries ayant calibré l'indice, et comment sa mesure du risque de base tient compte du rapport entre cette profondeur et le nombre de sites observés. La résolution spatiale annoncée ne répond ni à l'une ni à l'autre de ces deux questions. Exigez dans tous les cas une mesure explicite du risque de base, et comparez la réponse au seul repère mesuré sur le terrain dont je dispose : sur un produit indiciel mature suivi pendant huit saisons au Kenya, les assurés conservaient 72 % de leur risque initial sur les sinistres les plus graves. Un chiffre nettement meilleur, sur un péril tout aussi diffus, appelle une explication tenant à la nature du péril, pas à la finesse des données.
L'essentiel en 3 points
- La promesse tient sur la rapidité, pas sur la précision. L'OCDE envisage au conditionnel un gain de rapidité possible ; aucune source de ce dossier ne le documente comme un fait établi et mesuré. Le chiffre précis de quinze à trente jours, lui, est une donnée auto-rapportée par le vendeur du produit. Surtout, la rapidité n'apparaît, dans les documents que j'ai réunis, jamais comme le point de fragilité actuariel du produit : ce point, c'est le risque de base, l'écart entre ce que mesure le paramètre et ce que l'assuré perd réellement.
- Certaines méthodes usuelles peuvent sous-estimer structurellement le risque de base. C'est le cas quand la dimension spatiale est élevée et l'historique court : plus de données satellitaires sans plus de profondeur temporelle peut aggraver le biais de mesure plutôt que le corriger. C'est la démonstration de Stigler et ses coauteurs (2022), établie sur l'assurance indicielle agricole. Séparément, et sans réplication de ce résultat, une étude de terrain au Kenya (Jensen, Barrett et Mude, 2016) mesure ce que laisse un produit indiciel mature : les assurés y conservent en moyenne 72 % de leur risque initial sur les sinistres les plus graves.
- Dans le cas le mieux étudié, la valeur modélisée n'est peut-être pas actuarielle. Dans le produit souverain d'assurance anticipatoire d'ARC au Malawi et en Zambie, la modélisation d'Anand et coauteurs suggère que le renforcement de capacité institutionnelle associé génère davantage de valeur que la composante de financement assurantiel elle-même. Ce résultat ne peut pas être généralisé aux autres formes d'assurance paramétrique.
L’assurance paramétrique se présente comme une rupture. Plus de constat de sinistre, plus d’expert. Le paiement est contractuellement prédéterminé par un déclencheur observable (vitesse de vent, magnitude sismique, indice de sécheresse) qui franchit un seuil fixé à l’avance. L’évaluation individuelle de la perte n’est pas la condition principale du versement. L’assurance-dommages classique indemnise ce qui a été perdu. Le produit paramétrique paie ce qui a été mesuré, indépendamment de la perte réellement subie. C’est la définition que retient l’EIOPA, l’autorité européenne de supervision des assurances, dans ses travaux sur la gestion des risques de catastrophe naturelle : le paiement est « déclenché automatiquement une fois le seuil atteint, indépendamment de la perte subie ». Le mot « automatique » mérite toutefois d’être manié avec prudence, et l’épisode malawite examiné plus loin dans cette analyse montre pourquoi : entre le paramètre et le virement, il y a un modèle, des données d’entrée nationales, une personnalisation locale et, le cas échéant, sa révision. Le déclenchement est prédéterminé par contrat. Il n’est pas pour autant instantané ni à l’abri d’une discussion. Cette déconnexion entre le paramètre et la perte fait la force commerciale du produit : rapidité, simplicité, absence de contentieux. Elle fait aussi sa fragilité actuarielle. L’écart entre ce que le paramètre mesure et ce que l’assuré subit a un nom : le risque de base. La littérature récente montre qu’il est plus difficile à réduire qu’on ne le présente généralement. Elle montre aussi qu’il est plus difficile à mesurer correctement.
La documentation commerciale et institutionnelle rassemblée pour cette analyse partage un point aveugle commun : Swiss Re valorise la rapidité de paiement, l’OCDE documente la croissance des usages, ni l’une ni l’autre ne quantifie le risque de base. J’ai confronté la littérature académique récente, les publications des régulateurs et un cas réel d’échec documenté pour combler précisément ce point aveugle. Mon idée maîtresse en ressort claire : la promesse technologique de rapidité et de simplicité est réelle. Mais, dans les documents rassemblés ici, elle n’a pas été présentée comme le problème actuariel central du produit. Ce problème central, c’est la précision du proxy, et il reste largement non résolu. La recherche la plus récente suggère même que les outils statistiques utilisés pour évaluer cette précision portent un biais structurel. Ce biais pousse à surestimer la précision réelle du produit. Quant à la vraie valeur ajoutée du produit, la donnée la plus solide dont je dispose ne la situe peut-être pas où le marketing du secteur la place.
1. Ce que la technologie tient réellement
Le mécanisme du déclenchement automatique n’est pas une promesse en l’air. Swiss Re Corporate Solutions commercialise des produits paramétriques STORM et QUAKE pour l’industrie de la construction. Le réassureur décrit des délais de paiement de quinze à trente jours après l’événement, contre des mois de procédure d’expertise pour un contrat dommages classique. Sa couverture s’étend aussi à des pertes qu’une police dommages classique n’indemnise pas : perte de réputation, retard de chantier, surcoûts de matériaux, refus d’accès au site. C’est un document commercial d’un réassureur qui vend le produit qu’il décrit : le registre est promotionnel, pas neutre. L’avantage général de rapidité du paramétrique, lui, est corroboré indépendamment par les régulateurs. Le chiffre précis de quinze à trente jours reste en revanche auto-rapporté par le vendeur, sans audit indépendant que j’aie pu identifier.
L’OCDE documente, dans son rapport 2026 sur la protection financière face aux risques catastrophiques, un usage réel du paramétrique. Le cas est celui du risque d’incendie de forêt aux États-Unis. Des assureurs du marché E&S en Californie proposent une couverture déclenchée par la localisation du feu. Des observateurs du marché rapportent un regain d’intérêt pour ce type de produit depuis les incendies de Los Angeles début 2025. Le Chili a même mis en place un cadre réglementaire dédié pour favoriser le développement de ce type de couverture. C’est le cas d’usage le plus solide du produit. Le paramétrique est particulièrement adapté lorsque le déclencheur observable est étroitement corrélé à une perte homogène et fortement concentrée, comme peut l’être la destruction directe d’une structure par un incendie. Cela peut réduire le risque de base, sans le supprimer. L’OCDE le rappelle d’ailleurs dans le même passage : le risque de base demeure un obstacle potentiel, tout comme la difficulté à confirmer la cause du sinistre. Un déclencheur peut ne pas recouvrir le périmètre exact du dommage, indemniser sans perte réelle, ou ignorer les dégâts de fumée et l’interruption d’activité.
2. La faille structurelle : le risque de base
Mais beaucoup d’usages commerciaux du paramétrique ne présentent pas cette structure de perte concentrée : agriculture, sécheresse souveraine, catastrophes naturelles à intensité variable. C’est là que la promesse technologique rencontre sa limite actuarielle, celle du risque de base. Le risque de base, c’est la probabilité qu’un assuré subisse une perte réelle sans percevoir d’indemnité. C’est aussi, à l’inverse, la probabilité qu’il perçoive une indemnité sans avoir subi de perte.
Ce n’est pas une objection de critique extérieur. Le superviseur européen le décrit lui-même, sans employer le terme : dans le même rapport, l’EIOPA note que pour l’assurance indicielle, « si une catastrophe cause des dommages mais que le seuil paramétrique prédéfini n’est pas atteint, aucune indemnité ne peut être versée ». Elle oppose ce régime à celui de l’assurance indemnitaire, où ce risque n’existe pas. Le point de fragilité est donc identifié par l’institution qui supervise le marché, pas seulement par ses détracteurs.
Le travail le plus rigoureux que j’aie trouvé sur la formalisation de ce risque est l’article d’Anand, Poole-Selters, Spognardi, Bekele et Coughlan de Perez. Il est publié en 2025 dans The Geneva Papers on Risk and Insurance. Il est consacré au produit d’assurance anticipatoire indexée sur prévision d’African Risk Capacity au Malawi et en Zambie. Les auteurs formalisent le risque de base comme la probabilité qu’une sécheresse survienne sans que le paiement paramétrique se déclenche. Ils montrent que cette probabilité dépend directement de la corrélation entre l’indice utilisé et l’occurrence réelle de la sécheresse. L’un des cinq coauteurs est salarié d’ARC, l’organisme qui a conçu le produit étudié. C’est un conflit d’intérêt que les auteurs déclarent eux-mêmes explicitement, ce qui est à leur crédit. Cela justifie néanmoins que je lise leurs conclusions les plus favorables au produit avec une prudence renforcée.
Or leurs propres résultats ne sont pas particulièrement favorables au produit en tant que mécanisme assurantiel. Les auteurs calibrent leurs hypothèses sur la littérature existante. Trois paramètres : une probabilité de sécheresse d’une année sur cinq, un coût de réponse représentant la moitié de la richesse disponible, un chargement de prime de 35 % au-dessus du tarif actuariellement juste. Sous ces hypothèses, la couverture optimale diminue à mesure que le risque de base augmente. Pour un pays disposant déjà d’une capacité opérationnelle à agir sur la base de prévisions, le résultat est plus tranché encore. L’assurance paramétrique n’y est optimale que dans des conditions de risque de base faible et de chargement de prime modéré. Or je ne retrouve pas ces conditions documentées comme la norme dans les déploiements réels.
Les trois paramètres de calibration d'Anand et coauteurs (2025), calibrés sur la littérature existante. Modèle économique stylisé, pas une mesure empirique.
Une deuxième source, indépendante de celle d’Anand et coauteurs, donne la mesure de terrain qui manque au modèle. Jensen, Barrett et Mude publient en 2016, dans l’American Journal of Agricultural Economics, une étude empirique du produit d’assurance indicielle bétail (IBLI) au Kenya. Ils mobilisent huit saisons semestrielles de données de panel auprès de ménages pastoraux, pas un modèle stylisé. Leur premier résultat est favorable au produit : sur les sinistres les plus graves, IBLI réduit l’exposition des ménages au risque covarié de 63 % en moyenne. C’est le chiffre que la promotion du produit retient.
Leur second résultat est celui qui compte, et il va dans l’autre sens. Malgré cette réduction, les assurés conservent en moyenne 72 % de leur risque initial sur ces mêmes sinistres graves. La raison n’est pas que l’indice couvre mal le risque covarié. C’est que ces ménages sont surtout exposés à un risque idiosyncratique, propre à chacun, là où on les croyait frappés par des chocs collectifs. Un indice ne peut pas, par construction, capter ce qui n’arrive qu’à un ménage. Les auteurs en concluent que le produit appelle une évaluation ex post rigoureuse avant toute promotion comme outil de réduction des risques.
Ces 72 % sont le seul ordre de grandeur mesuré sur le terrain dont je dispose pour situer ce que laisse un produit indiciel mature, étudié depuis plusieurs années. Je le retiens comme repère de comparaison, pas comme valeur transposable à un autre produit.
Une précision de périmètre, parce qu’elle conditionne la suite. Cette étude ne réplique pas celle de Stigler et ses coauteurs, présentée plus loin, et l’inverse est vrai aussi. Jensen, Barrett et Mude mesurent le niveau du risque résiduel sur un produit donné. Stigler et ses coauteurs démontrent un biais dans les estimateurs de ce risque. Deux objets distincts, deux littératures distinctes. Aucun des deux résultats ne confirme l’autre, et je ne les traite pas comme deux mesures convergentes du même fait.
3. Le paradoxe des grandes données : pourquoi la précision ne suffit pas
Le secteur promeut aujourd’hui les données satellitaires à haute résolution comme la solution au problème du risque de base. Plus de champs observés, des indices plus fins : la logique promet une meilleure corrélation entre paramètre et perte réelle. C’est ici que je trouve la pièce la plus contre-intuitive du dossier.
Stigler, Dey, Hobbs et Lobell sont chercheurs à Stanford et à l’université de San Francisco. Ils publient en 2022 un travail méthodologique qui identifie un biais statistique jusque-là passé inaperçu. Ce biais touche la mesure même du risque de base pour l’assurance indicielle agricole. Leur constat est net. Quand le nombre de parcelles observées (N) devient très supérieur au nombre d’années de données disponibles (T), le biais apparaît. Les estimateurs usuels du risque de base, fondés sur un R², sont alors systématiquement biaisés à la baisse. C’est exactement la situation que crée l’usage de données satellitaires récentes. Ce biais conduit alors à surestimer la qualité du produit. Les concepteurs de ces produits indiciels tendent à se croire plus précis qu’ils ne le sont. Ce résultat porte sur l’assurance indicielle agricole, un grand nombre de parcelles et une profondeur temporelle faible, avec des mesures de qualité fondées sur un R² ou une covariance. Les auteurs précisent eux-mêmes que leur démonstration analytique complète vaut pour les mesures linéaires, l’extension aux mesures non linéaires restant une piste de recherche. Le biais est d’autant plus fort que les rendements agricoles entre parcelles sont peu corrélés. C’est précisément le cas dans les systèmes de petites exploitations hétérogènes des pays en développement, le cœur de cible commercial et humanitaire du produit.
Source : tracé à partir du théorème 2 (cas « vanishing spike ») de Stigler, Dey, Hobbs & Lobell (2022), arXiv:2209.14611, où le biais asymptotique vaut 1/(T−1).
Les auteurs calculent qu’avec vingt années de données, un chiffre déjà optimiste pour la plupart des marchés, le biais reste significatif pour les zones à faible corrélation. Dans le cadre asymptotique qu’ils illustrent, il n’apparaît négligeable qu’autour de cent années de données. Les auteurs précisent eux-mêmes qu’un tel historique au niveau de la parcelle est irréaliste. Ils ajoutent que le changement climatique limiterait de toute façon l’utilité d’une série aussi longue. Ce n’est donc pas un standard actuariel à atteindre : leur objectif est de corriger ou de borner statistiquement le biais, pas d’imposer une profondeur d’historique. Cette étude est un préprint déposé sur arXiv, non encore publié en revue à comité de lecture à ma date de vérification. Cela n’affaiblit pas la solidité de la démonstration statistique elle-même. Elle repose sur une théorie asymptotique explicite et des simulations calibrées sur des données réelles, américaines et kenyanes.
Ce que j’en retiens : l’argument marketing selon lequel « plus de données satellitaires » résout mécaniquement le problème du risque de base est trop simple. Davantage de résolution spatiale sans davantage de profondeur temporelle peut, selon cette démonstration, aggraver le biais d’estimation de la qualité du produit plutôt que le corriger.
On peut opposer à ce diagnostic un argument sectoriel raisonnable : la profondeur d’historique des données satellitaires augmente chaque année, et le biais identifié par Stigler et ses coauteurs devrait donc s’atténuer mécaniquement avec le temps. Cet argument ne tient qu’en partie. Le seuil d’environ cent ans reste hors d’atteinte : les meilleurs jeux de données satellitaires actuellement mobilisés pour l’assurance indicielle agricole couvrent au mieux deux à trois décennies. Même en supposant une accumulation continue des séries, l’écart entre l’historique disponible et cet ordre de grandeur ne se referme pas à l’horizon de décision d’un souscripteur ou d’un État assuré aujourd’hui. L’argument du rattrapage par le temps est réel, mais il joue sur un horizon qui dépasse largement celui de toute décision de couverture actuelle.
4. Quand l’écart se matérialise : Malawi, 2016
La théorie du risque de base cesse d’être abstraite quand on regarde ce qui s’est passé au Malawi durant la campagne agricole 2015-2016. Le pays avait souscrit une police de sécheresse auprès d’ARC Ltd, pour environ cinq millions de dollars de prime. Une sécheresse sévère a frappé, aggravée par un épisode El Niño exceptionnel. Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence nationale en avril 2016, avec 6,7 millions de Malawiens en insécurité alimentaire. Le modèle paramétrique d’ARC a pourtant initialement conclu qu’aucun paiement n’était justifié. Cette décision a provoqué un tollé. Le dénouement, lui, se raconte en deux versions incompatibles. Pour ActionAid, un accord a été trouvé en novembre pour verser environ 8 millions de dollars, sous la pression et hors du fonctionnement normal du contrat. ARC donne une autre lecture du même épisode, rapportée en novembre 2016 par la presse spécialisée du transfert de risque. Ses modélisateurs auraient constaté que les agriculteurs malawites étaient passés à un maïs à cycle de quatre-vingt-dix jours, là où le modèle supposait une variété à cent vingt ou cent quarante jours. Après re-paramétrage d’Africa RiskView sur la bonne hypothèse de culture, le seuil aurait été franchi et un paiement de 8,1 millions de dollars déclenché.
Deux détails de cette version, pourtant favorable à ARC, rapprochent les deux récits plus qu’ils ne les opposent. Le réexamen ne part pas du modèle : il part de la contestation par le gouvernement malawite de la conclusion initiale, et de sa demande de réévaluation. Et le paiement intervient au titre d’une police amendée, pas du contrat signé au départ. Le désaccord ne porte donc ni sur les montants, ni sur le fait que le contrat initial n’a pas payé, ni sur le fait qu’il ait fallu une contestation pour rouvrir le dossier. Il porte sur la nature de l’épisode : échec intrinsèque du modèle pour l’une des parties, erreur de calibration locale corrigée pour l’autre. Je ne peux pas trancher à partir des documents publics dont je dispose. La version d’ARC est recoupée par deux relais de presse indépendants (la presse spécialisée du transfert de risque en novembre 2016, et Reuters via VOA News en mai 2017), mais pas par un document technique d’ARC lui-même. Le paiement n’a été effectué qu’en janvier 2017, trop tardif, et il représente de fait une perte économique pour le Malawi. Le coût total de la réponse gouvernementale à la sécheresse est estimé à 395 millions de dollars.
- 2015-2016Campagne agricole : le Malawi souscrit une police de sécheresse auprès d'ARC Ltd, pour environ cinq millions de dollars de primeActionAid
- Avril 2016État d'urgence nationale déclaré, 6,7 millions de Malawiens en insécurité alimentaire
- Nov. 2016Après une conclusion initiale de non-déclenchement par le modèle d'ARC, accord trouvé pour verser environ 8 millions de dollars selon ActionAid ; ARC décrit de son côté un re-paramétrage d'Africa RiskView sur la bonne variété de maïs, ayant fait franchir le seuil au titre d'une police amendée, pour 8,1 millions de dollarsVersions disputées
- Janv. 2017Paiement effectué, trop tardif ; le coût total de la réponse gouvernementale à la sécheresse est estimé à 395 millions de dollars
D'après ActionAid International (2017), Anand et coauteurs (2025) et Artemis (2016) pour la version d'ARC. Le dénouement de novembre 2016 est disputé entre les deux parties, et cette analyse ne tranche pas entre les deux versions.
Source : d’après ActionAid International (2017), Artemis (2016) et Anand et al. (2025). Échelle logarithmique.
ActionAid est une ONG de plaidoyer. Elle est engagée dans une critique plus large des instruments de marché promus par le G7 pour le financement du risque de catastrophe dans les pays en développement. Ce n’est donc pas une évaluation neutre. Ce qui me permet malgré tout de traiter les faits bruts comme établis n’est pas leur reprise par des plateformes de republication : héberger le rapport d’ActionAid n’est pas le corroborer, c’est la même source à une seconde adresse. C’est qu’ARC, partie adverse et seule à avoir intérêt à les contester, ne les conteste pas. Le montant de la prime, le non-déclenchement initial du modèle, le montant final de 8,1 millions et sa date figurent dans les deux versions. Le contradicteur le mieux placé confirme les faits et ne discute que leur lecture : c’est le meilleur appui dont je dispose, et il vaut mieux qu’une republication.
Je réserve donc mon jugement sur la seule interprétation normative, sans étendre cette réserve aux faits eux-mêmes. L’épisode est par ailleurs cité comme référence empirique du risque de base d’ARC dans la littérature académique, notamment dans la bibliographie de Stigler et ses coauteurs.
5. Une relecture récente : la valeur ne vient peut-être pas d’où l’on croit
Le résultat le plus intéressant de l’article d’Anand et coauteurs n’est pourtant pas celui que j’attendais en commençant cette analyse. Les auteurs décomposent le bénéfice du produit d’assurance anticipatoire d’ARC en deux composantes distinctes. La première est le mécanisme assurantiel proprement dit : le paiement déclenché par la prévision. La seconde est le renforcement de capacité institutionnelle qui accompagne le produit : formation, procédures opérationnelles, coordination interinstitutionnelle. Leur conclusion s’appuie sur un modèle économique stylisé, calibré sur des entretiens de terrain et une revue d’une cinquantaine de documents opérationnels d’ARC. Dans ce modèle, l’essentiel du gain de bien-être modélisé provient de la composante de renforcement de capacité, pas du mécanisme de financement assurantiel lui-même. Dans plusieurs scénarios testés, un appui autonome au renforcement de capacité, sans produit d’assurance adossé, produit même un gain de bien-être supérieur au produit assurantiel complet. C’est particulièrement vrai quand le risque de base ou le chargement de prime sont élevés.
Ma lecture est la suivante. Ce produit est vendu comme une innovation actuarielle de transfert de risque. Mais dans le seul cas où sa valeur a été modélisée finement, un produit souverain d’assurance anticipatoire, l’essentiel du gain vient d’une externalité de renforcement de capacité. La promesse technologique originelle n’est donc pas ce qui justifie le produit dans ce cas précis. Je souligne la limite de portée : ce résultat ne se transpose pas automatiquement à un propriétaire californien couvert contre l’incendie, à une usine couverte contre le vent, à un chantier ou à une couverture séisme. Le renforcement de capacité n’est même pas nécessairement présent dans ces produits. C’est un déplacement de la thèse de vente qui mérite d’être nommé explicitement pour un décideur souverain ou institutionnel. Acheter une couverture paramétrique sécheresse en s’attendant à un remboursement fidèle de la perte revient à se fier à une seule dimension du produit. C’est précisément la dimension la moins bien établie par la recherche disponible.
6. Où le pari technologique tient, où il ne tient pas
En croisant les cas d’usage documentés, une ligne de partage assez nette se dessine. Le produit se rapproche le plus de sa promesse quand le péril produit une perte fortement concentrée et homogène entre assurés. Trois exemples : l’incendie total d’un bâtiment, un vent au-delà d’un seuil destructeur, une magnitude sismique locale. Le paramètre et la perte convergent alors étroitement, sans se confondre. C’est le registre où l’OCDE documente un usage croissant. C’est aussi celui où la rapidité de paiement pèse le plus lourd dans la balance. Cela ne dispense pas de comparer le reste des termes du contrat.
Le produit peine à tenir sa promesse quand le péril est diffus, cumulatif et hétérogène entre assurés. Trois exemples : sécheresse agricole, rendement de récolte, sinistralité climatique étalée dans le temps. C’est la structure de corrélation faible qui rend le biais d’estimation le plus sévère dans les cas étudiés par Stigler et ses coauteurs, sur l’assurance indicielle agricole.
Je distingue ici deux problèmes qu’on confond souvent. Le premier est général : le risque de base existe dans tout produit paramétrique, quel que soit le péril. Le second est particulier : c’est le biais statistique d’évaluation de ce risque de base, documenté sur des indices agricoles à forte dimension spatiale et faible profondeur d’historique. On ne peut pas en déduire que le marché paramétrique catastrophe dans son ensemble sous-estime son risque de base. Un produit séisme calibré sur un réseau sismologique, une magnitude, une distance et une courbe de paiement n’a pas nécessairement la même structure statistique qu’un indice de rendement agricole.
C’est aussi le registre où s’est joué l’épisode malawite de 2016, et celui où Jensen, Barrett et Mude mesurent au Kenya les 72 % de risque initial que conservent les assurés d’un produit indiciel mature. L’épisode malawite ne relève d’ailleurs pas du seul risque de base. Dans un produit paramétrique, la qualité du déclencheur dépend non seulement de sa corrélation théorique avec la perte, mais aussi des données, du modèle et de sa calibration locale. Ces quatre registres se cumulent et ne se corrigent pas de la même façon.
Périls à perte concentrée et homogène
- Incendie total d'un bâtiment, vent au-delà d'un seuil destructeur, magnitude sismique locale
- Le paramètre et la perte convergent alors étroitement, sans se confondre
- Registre où l'OCDE documente un usage croissant, et où la rapidité de paiement pèse le plus lourd dans la balance
- Ne dispense pas de comparer le reste des termes du contrat : prime, franchise, limite, exclusions, pertes indirectes, frais d'expertise et coût du capital
Périls diffus, cumulatifs et hétérogènes
- Sécheresse agricole, rendement de récolte, sinistralité climatique étalée dans le temps
- C'est la structure de corrélation faible qui rend le biais d'estimation le plus sévère dans les cas étudiés par Stigler et ses coauteurs, sur l'assurance indicielle agricole
- Registre de l'épisode malawite de 2016, et de la mesure de Jensen, Barrett et Mude au Kenya : 72 % du risque initial reste chez l'assuré sur les sinistres les plus graves
Ces deux constats se résument en une grille à deux axes que j’appellerai ici la grille de convergence paramètre-perte. D’un côté, le caractère concentré ou gradué de la perte assurée. De l’autre, son homogénéité ou son hétérogénéité entre assurés. Plus la perte est concentrée et homogène, plus le paramètre et la perte convergent et plus le risque de base se réduit. Plus la perte est graduée et hétérogène, plus le risque de base devient un coût structurel, indépendamment de la résolution des données utilisées pour calibrer l’indice. Cette grille est une lecture que je propose pour ordonner les cas, pas un résultat démontré par les sources citées. C’est elle, plutôt que la rapidité de paiement, qui devrait gouverner la décision de structuration d’un produit paramétrique.
7. Ce que j’en retiens pour un décideur
Un assureur, un réassureur ou un directeur des risques qui évalue une couverture paramétrique gagnerait à exiger du fournisseur une mesure explicite du risque de base. Ce chiffre compte plus qu’une promesse de rapidité de paiement, qui n’est pas, dans les documents rassemblés ici, le point de fragilité mis en avant. Il gagnerait aussi à interroger la profondeur temporelle des données ayant servi à calibrer l’indice. Un historique court est un signal d’alerte plutôt qu’un gage de qualité, même couplé à une résolution spatiale impressionnante. C’est ce que montre la démonstration statistique de Stigler et ses coauteurs.
Reste la question que personne ne pose : une fois le chiffre obtenu, à quoi le comparer ? Je n’ai pas de norme de marché à proposer, elle n’existe pas. J’ai un seul point de comparaison mesuré sur le terrain, et c’est celui de Jensen, Barrett et Mude. Sur un produit indiciel mature, déployé et étudié pendant huit saisons, les assurés conservent 72 % de leur risque initial sur les sinistres les plus graves. Ce n’est pas un seuil à atteindre, et ce chiffre ne se transpose pas tel quel à un autre péril. C’est un ordre de grandeur qui permet de tenir deux raisonnements simples.
Le premier : un fournisseur qui annonce un risque résiduel très inférieur, sur un péril lui aussi diffus et hétérogène, doit pouvoir expliquer ce que sa structure de perte a de différent. Si l’explication tient à la finesse de ses données plutôt qu’à la nature du péril, c’est précisément le raisonnement que Stigler et ses coauteurs invalident.
Le second : un fournisseur qui produit un chiffre issu d’un R² calculé sur beaucoup de sites et peu d’années annonce, si leur démonstration tient, une borne optimiste plutôt qu’une valeur. Ce chiffre se lit alors comme un plafond de qualité, pas comme une mesure. Et un fournisseur incapable de produire le moindre chiffre a répondu, lui aussi.
Pour les périls à perte concentrée et homogène (catastrophe naturelle à seuil clair, incendie total, paramètre météorologique unique), le produit se rapproche le plus de sa promesse. Il y est particulièrement prometteur, sans que la comparaison complète des termes du contrat avec l’assurance dommages classique ait été établie ici. Cette comparaison suppose de mettre en regard prime, franchise, limite, exclusions, risque de base, frais d’expertise, coût du capital et traitement des pertes indirectes. La vitesse de règlement n’en est qu’un critère. Pour les périls diffus et hétérogènes entre assurés (agriculture, sécheresse, cumul climatique), le risque de base doit être budgété comme un coût structurel du produit. Ce n’est pas un défaut résiduel corrigible par plus de données. La composante de renforcement de capacité éventuellement associée mérite, elle, d’être évaluée et négociée séparément de la composante assurantielle. C’est elle qui, dans le produit souverain modélisé par Anand et coauteurs, porte l’essentiel du bénéfice modélisé. Ce résultat vaut pour ce type de produit, pas pour l’assurance paramétrique en général.
Enfin, toute documentation commerciale émanant d’un réassureur ou d’un courtier sur ce sujet doit être lue avec un filtre. Elle valorise structurellement la rapidité et la simplicité, rarement l’économie du risque de base. Ce n’est pas un vice de la source, c’est sa fonction. Mais cela impose de la croiser systématiquement avec une source indépendante avant toute décision de couverture.
8. Implications à trois horizons
À court terme (zéro à douze mois), la vigilance porte sur la lecture de la fiche technique de tout produit paramétrique. Cela vaut pour tout produit déjà en portefeuille ou en cours de souscription. Deux chiffres sont à faire certifier en priorité : la profondeur d’historique de l’indice et le taux de corrélation paramètre-perte historique annoncé. Le délai de règlement annoncé, lui, reste une donnée du vendeur. Il n’est pas le point de fragilité du produit, ce qui ne le rend pas vérifié pour autant.
À moyen terme (un à trois ans), la question stratégique porte sur la segmentation du portefeuille de couverture catastrophe. Pour les périls à perte concentrée et homogène, le paramétrique peut prendre une part croissante, à condition que la comparaison des termes du contrat soit faite au cas par cas. Pour les périls diffus, il devrait rester un complément de liquidité rapide, pas un substitut à l’indemnisation classique.
À long terme (au-delà de trois ans), l’enjeu est méthodologique et sectoriel. Les auteurs proposent des corrections statistiques du biais qu’ils identifient, mais celles-ci n’existent pas encore comme standard de marché. Un acteur qui investirait tôt dans une méthodologie de correction en tirerait un avantage informationnel réel sur la tarification du risque de base. Il pourrait aussi l’exiger contractuellement de ses fournisseurs d’indices. Là où l’historique est court et les sites observés nombreux, les méthodes usuelles conduisent en effet à sous-estimer ce risque.
Application par profil de décision
| Profil | Ce que cette analyse implique | Enjeu | Réversibilité |
|---|---|---|---|
| Assureur ou réassureur souscripteur (péril à perte concentrée) | Le produit se rapproche le plus de sa promesse quand la perte est homogène et fortement concentrée ; le risque de base est réduit sans être supprimé, et la comparaison complète des termes du contrat avec l’assurance classique reste à faire au cas par cas. | Faible | Réversible |
| Assureur ou réassureur souscripteur (péril diffus et hétérogène) | Les méthodes usuelles fondées sur un R² peuvent sous-estimer structurellement le risque de base quand l’historique est court et les sites observés nombreux ; la profondeur d’historique des données doit être exigée avant toute tarification. | Modéré | Partiellement réversible |
| État ou organisme souverain assuré (couverture sécheresse type ARC) | L’épisode malawite de 2016 montre qu’un non-déclenchement, qu’il vienne du risque de base ou d’une calibration locale erronée, peut coïncider avec une urgence alimentaire nationale ; dans le produit souverain modélisé par Anand et coauteurs, la valeur tient surtout au renforcement de capacité associé, pas au mécanisme assurantiel lui-même. | Critique | Partiellement réversible |
| Courtier ou conseil en gestion des risques recommandant le produit | Le seul document commercial de ce dossier valorise la rapidité de règlement et ne mentionne jamais l’économie du risque de base ; la recommandation doit être étayée par une mesure indépendante avant transmission au client. | Modéré | Réversible |
Anand, V., Poole-Selters, L., Spognardi, A. G., Bekele, B. T., Coughlan de Perez, E. (2025). When does forecast-based insurance benefit? An economic analysis of drought risk anticipatory insurance. The Geneva Papers on Risk and Insurance, DOI 10.1057/s41288-025-00355-2. Conflit d’intérêt déclaré. pmc.ncbi.nlm.nih.gov
Stigler, M., Dey, A., Hobbs, A., Lobell, D. (2022). With big data come big problems: pitfalls in measuring basis risk for crop index insurance. Preprint arXiv:2209.14611. arxiv.org
Jensen, N. D., Barrett, C. B., Mude, A. G. (2016). Index Insurance Quality and Basis Risk: Evidence from Northern Kenya. American Journal of Agricultural Economics, 98(5), 1450-1469, DOI 10.1093/ajae/aaw046. Étude empirique sur données de panel, sans lien avec les autres sources de cet article ; deux de ses trois auteurs ont conçu le produit IBLI qu’elle évalue et le troisième signe depuis l’institution qui porte le pilote, ce qui appelle la même prudence renforcée que pour Anand et ses coauteurs. doi.org
ActionAid International (2017). The wrong model for resilience: How G7-backed drought insurance failed Malawi, and what we must learn from it. Source de plaidoyer. Les faits bruts qu’elle rapporte ne sont pas contestés par ARC. actionaid.org
Artemis (17 novembre 2016). African Risk Capacity in $8m parametric insurance payout to Malawi. Presse spécialisée du transfert de risque, relayant la version d’ARC sur le re-paramétrage d’Africa RiskView et la police amendée. artemis.bm
OCDE (2026). Financial Protection Against Catastrophic Risks. Direction des affaires financières et des entreprises. oecd.org
EIOPA. Towards a European system for natural catastrophe risk management. The possible role of European solutions in reducing the impact of natural catastrophes stemming from climate change. Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles. Source de supervision, indépendante des vendeurs du produit. eiopa.europa.eu
Swiss Re Corporate Solutions. What parametric insurance can do for the construction industry. Source commerciale. corporatesolutions.swissre.com
Mes réserves
Ce qui invaliderait cette lecture
- Ma phrase d'ouverture cartographie le point aveugle de la documentation existante à partir des deux seules sources que je mobilise déjà, Swiss Re et l'OCDE. L'observation reste vraie sur ce périmètre restreint, mais elle ne démontre pas, à l'échelle du marché éditorial, que l'angle du risque de base est réellement sous-traité ailleurs : je n'ai balayé ni les cabinets de conseil, ni la presse spécialisée, ni les autres guides sur le paramétrique.
- J'ai par ailleurs confronté ma thèse centrale à son meilleur contre-argument, le rattrapage par l'accumulation de données satellitaires, que je réfute par le seuil d'environ cent ans identifié par Stigler et ses coauteurs. Je n'en ai pas fait autant pour ma seconde thèse, celle qui attribue la valeur documentée d'ARC au renforcement de capacité plutôt qu'au mécanisme assurantiel.
- La revue systématique du risque de base publiée dans International Journal of Disaster Risk Reduction (2018) ne couvre que 18 études empiriques comparables et reste volontairement qualitative, faute de définition unifiée du risque de base dans la littérature qu'elle recense : elle ne fournit donc aucune estimation agrégée de son ampleur moyenne, seulement un état des méthodes de mesure (corrélation ex ante entre indice simulé et sinistre, ou écart ex post entre fréquence de versement observée et attendue).
- Le rapport OCDE 2026 ne quantifie jamais le risque de base : il l'évoque une seule fois, comme un risque potentiel pour le marché californien du feu de forêt, sans mesure ni tableau chiffré à l'appui.
- Les résultats quantitatifs d'Anand et coauteurs sont ceux d'un modèle économique stylisé et calibré, pas d'une mesure empirique directe du bien-être réellement observé chez les bénéficiaires.
- Les deux chiffres de Jensen, Barrett et Mude (2016) que je cite sont ceux du texte intégral, pas de son seul résumé : une précision moyenne de l'indice de 63 % sur le risque covarié (tableau 5), et un risque initial conservé de 72 % en moyenne une fois l'ensemble des risques pris en compte, y compris idiosyncratique (complément d'une couverture moyenne de 28,4 %, tableau 4). Cette moyenne masque un écart net entre les quatre divisions étudiées, où le risque conservé va de 63 % à 82 % selon le tableau 4.
- Le chiffre de délai de paiement de quinze à trente jours avancé par Swiss Re est une donnée auto-rapportée par le vendeur du produit, sans audit indépendant que j'aie pu identifier.
- La documentation technique du modèle Africa RiskView d'ARC est propriétaire et non publiée : mon analyse de l'épisode malawite de 2016 s'appuie donc sur ce que les parties prenantes externes en ont rapporté, pas sur le modèle lui-même.
- Si un fournisseur démontrait que sa méthode d'estimation du risque de base tient compte du rapport entre la profondeur temporelle des séries et la dimension spatiale de l'indice, et fournissait une analyse de sensibilité ou une correction explicite du biais, la mise en garde centrale de cette analyse perdrait une grande partie de sa portée.
- Le dénouement de l'épisode malawite de 2016 est disputé entre ActionAid et African Risk Capacity. Je n'ai pas pu trancher entre les deux versions à partir des documents publics dont je dispose.
- La version d'ARC est recoupée par deux relais de presse indépendants, Artemis (17 novembre 2016) et Reuters via VOA News (25 mai 2017), mais pas par un document technique d'ARC lui-même. Si ARC a publié ailleurs une réfutation plus complète, ou si ces relais ont déformé son propos, ma restitution de sa position est à corriger.
- Aucun des deux résultats qui portent cette analyse, le biais de mesure de Stigler et ses coauteurs et l'arbitrage d'Anand et coauteurs, n'a été répliqué indépendamment à ma connaissance. Le premier est de surcroît toujours un préprint à ma date de vérification. C'est ce qui explique le niveau modeste de l'indice de solidité des preuves affiché en tête d'article.
Biais cognitifs que cette situation peut déclencher
- Heuristique de représentativité (Kahneman et Tversky, 1974) : l'abondance de données satellitaires peut donner une impression de précision qui n'est pas corroborée par la profondeur temporelle réelle des séries utilisées.
- Heuristique de disponibilité (Kahneman et Tversky, 1974) : le délai de paiement, chiffre simple et facilement mémorisable, peut capter l'attention du décideur au détriment du risque de base, plus abstrait et plus difficile à évaluer.
- Biais de confirmation (travaux de Wason sur le raisonnement, 1960) : une documentation commerciale qui vend le produit qu'elle décrit peut renforcer une conviction déjà favorable à la souscription plutôt qu'inciter à la vérifier de façon indépendante.
Lexique
- Assurance paramétrique↗
- Contrat dont le paiement se déclenche automatiquement dès qu'un paramètre observable (vitesse de vent, magnitude sismique, indice de sécheresse, prévision météorologique) franchit un seuil fixé à l'avance, indépendamment de la perte réellement subie par l'assuré. S'oppose à l'assurance dommages classique, indemnitaire, où le paiement correspond à la perte constatée par un expert.
- Risque de base· basis risk↗
- Écart entre ce que mesure le paramètre déclencheur et la perte réellement subie par l'assuré. Se matérialise dans deux directions : l'assuré subit une perte sans percevoir d'indemnité, ou perçoit une indemnité sans avoir subi de perte. C'est le principal risque actuariel propre au produit paramétrique.
- Seuil· trigger / attachment point↗
- Valeur du paramètre à partir de laquelle le paiement se déclenche. Le choix du seuil détermine la fréquence de paiement et, indirectement, le niveau de risque de base accepté.
- ARC· African Risk Capacity↗
- Organisme intergouvernemental de l'Union africaine et sa filiale assurantielle ARC Ltd, qui commercialisent des polices souveraines d'assurance sécheresse indexée auprès de gouvernements africains.
- R²· coefficient de détermination↗
- Mesure statistique de la part de variance des pertes individuelles expliquée par l'indice utilisé comme paramètre. Un R² proche de 1 signifie un risque de base faible. C'est la mesure dont Stigler et ses coauteurs (2022) montrent qu'elle est structurellement biaisée à la hausse dans les configurations HDLSS, conduisant à une sous-estimation du risque de base.
- HDLSS· High-Dimension, Low-Sample-Size↗
- Cadre statistique où le nombre de variables observées (ici, de parcelles agricoles) dépasse très largement le nombre de périodes temporelles disponibles (ici, d'années de récolte). C'est la situation typique créée par les données satellitaires récentes, riches en couverture spatiale mais pauvres en historique.
- Chargement de prime· premium loading↗
- Majoration appliquée au tarif actuariellement juste d'une police d'assurance pour couvrir les frais de gestion, la marge de l'assureur et le coût du capital. Un chargement de 35 % signifie que la prime facturée vaut 1,35 fois la perte moyenne attendue.
- Prime actuariellement juste↗
- Prime théorique strictement égale à l'espérance mathématique du paiement attendu, sans marge ni frais. Sert de référence pour mesurer le chargement de prime réel d'un contrat.
- Renforcement de capacité· capacity building↗
- Ensemble des actions non assurantielles associées à un produit paramétrique (formation, procédures opérationnelles, coordination interinstitutionnelle) qui permettent à un pays ou une organisation d'agir effectivement sur la base d'une prévision ou d'un déclenchement de paiement.
- E&S· Excess and Surplus lines↗
- Segment du marché de l'assurance américain qui couvre les risques que les assureurs agréés classiques refusent ou tarifient hors norme. C'est via ce segment que la couverture paramétrique incendie s'est développée en Californie après les incendies de Los Angeles (2025).
Indice de solidité des preuves · le détail
22 / 100 · Preuves très limitées · fourchette 0-30 %
Score établi le 17 septembre 2026. Une révision ultérieure est une réévaluation datée, pas une correction masquée.
Pourquoi ce score. Ce barreau ne vaut pas uniformément pour les deux résultats qui structurent la page, et le dire ici est nécessaire : le biais d'estimation du risque de base repose sur une mesure indépendante sur échantillon, Stigler et ses coauteurs d'un côté, Jensen et les siens de l'autre, quand l'arbitrage entre le produit d'assurance anticipatoire et un appui autonome au renforcement de capacité, sans composante assurantielle, repose sur un modèle économique stylisé et calibré, sans données empiriques, que la grille exclut explicitement de ce barreau. Le seul des deux résultats qui entre dans cette échelle est donc retenu ; l'autre, modélisé, en est exclu par la grille et requalifié en modèle à chaque fois qu'il apparaît dans le corps. La convergence n'est pas mesurable : les trois travaux versés ici ne mesurent pas le même objet, un biais dans les estimateurs du risque de base chez Stigler et ses coauteurs, un écart de versement mesuré au Kenya chez Jensen et les siens, un arbitrage modélisé chez Anand et les siens, de sorte qu'ils ne peuvent ni se confirmer ni se contredire. La réplication est nulle sur les deux résultats qui portent cette page, le biais d'estimation de Stigler et ses coauteurs et l'arbitrage modélisé d'Anand et les siens : aucun tiers ne les a refaits à ma connaissance. Sur l'étude kényane de Jensen, Barrett et Mude, aucune source de ce dossier ne dit si elle a été répliquée ou non, et je n'étends donc pas ce constat jusqu'à elle. L'effectif est sans objet : les unités sont une poignée de programmes d'assurance indicielle documentés, pas une population d'assurés qu'on pourrait dénombrer.
- L'écart entre le versement déclenché par l'indice et la perte réellement subie serait relevé sur les portefeuilles réels des organismes supervisés, contrat par contrat, et non sur des échantillons d'assurés reconstitués par des équipes de recherche.L'EIOPA, ou une autorité nationale de contrôle telle que l'ACPR · un dispositif approchant existe, sans remplir la condition
- Un protocole commun de mesure du risque de base serait imposé aux entités du périmètre, tenant compte du rapport entre la profondeur temporelle des séries et le nombre de sites observés, pour que la grandeur relevée se compare d'un produit indiciel à l'autre.L'EIOPA, qui décrit déjà le mécanisme du risque de base sans le nommer dans son rapport sur la gestion européenne du risque de catastrophe naturelle · un dispositif approchant existe, sans remplir la condition
- Le périmètre et le taux de couverture du marché seraient déclarés et les résultats publiés, avec la documentation technique du modèle d'indice qui déclenche les versements.African Risk Capacity pour son modèle Africa RiskView, via la remontée à son autorité de tutelle · existe, mais n’est pas consultable
Ce dispositif porterait l'indice à 36 sur 100, dans le palier « Preuves limitées ». Les trois autres axes restent à leur valeur actuelle : un dispositif ne fait monter ni la convergence d'une littérature ni sa réplication.
Modification apportée · mis à jour le 4 septembre 2026
- La convergence de l'indice était déclarée modérée alors que les sources ne mesurent pas le même objet : cotation corrigée. Trois formulations en « jamais » sont ramenées à ce que la documentation réunie ici permet de dire.
- J'ajoute trois encadrés « En clair » qui expliquent en langue courante les mécanismes des trois premières sections : ce qui rend le versement rapide, ce qu'est le risque de base, et pourquoi observer plus de parcelles sans allonger l'historique flatte la qualité apparente de l'indice.
- **Portée des résultats.** Plusieurs constats valaient pour une sous-classe du produit et je les écrivais pour l'assurance paramétrique en général. La perte quasi binaire réduit le risque de base sans le supprimer. Le renforcement de capacité mesuré chez Anand et ses coauteurs ne vaut que pour le produit souverain anticipatoire étudié. Le biais de Stigler et ses coauteurs ne vaut que pour les mesures linéaires en assurance indicielle agricole à forte dimension spatiale et faible profondeur d'historique. La « parité » avec l'assurance dommages classique est retirée : elle appelle une comparaison des termes du contrat que je n'ai pas faite.
Voir les 12 autres
- **Nature de la preuve.** Le « bénéfice observé » d'Anand et ses coauteurs devient un bénéfice modélisé. Mon test de falsification des cent ans d'historique est remplacé par une exigence de correction du biais et d'analyse de sensibilité. Et je présentais l'étude kényane de Jensen, Barrett et Mude comme documentant « la même réalité » que celle de Stigler : c'est faux, l'une mesure le niveau du risque résiduel, l'autre un biais dans les estimateurs de ce risque. Aucune ne réplique l'autre. Faute de réplication indépendante de mes deux résultats porteurs, l'indice de solidité des preuves passe de 48 à 38.
- **Attribution des sources.** J'attribuais la définition du produit à l'EIOPA et à l'OCDE « conjointement » : le rapport que je cite est publié par l'EIOPA seule. J'écrivais aussi, juste après cette attribution, que le marché emploie des formes hybrides où une vérification subsiste avant paiement : ce rapport ne dit rien de tel, et la prudence sur le mot « automatique » s'appuie désormais sur l'épisode malawite, que je peux montrer. La version d'ARC sur le dénouement malawite est enfin sourcée, avec le fait que le paiement soit intervenu au titre d'une police amendée et non du contrat initial.
- **Indépendance des sources.** Je m'appuyais sur la reprise du rapport d'ActionAid par des plateformes de republication pour en traiter les faits comme établis. Héberger un rapport n'est pas le corroborer. L'appui retenu est qu'ARC, partie adverse, ne conteste aucun de ces faits. J'ajoute par ailleurs le passage où l'EIOPA décrit elle-même le mécanisme du risque de base sans le nommer.
- **Chiffres repris à leur source.** Les résultats kényans sont corrigés et complétés : la réduction du risque covarié est de 63 %, et les assurés conservent 72 % de leur risque initial sur les sinistres les plus graves, parce que ce risque est surtout idiosyncratique. Je citais le premier de façon approximative et j'omettais le second, qui est pourtant le plus parlant. Le résumé dit enfin du délai de quinze à trente jours ce que disent mes réserves : la rapidité générale est documentée, ce chiffre précis est auto-rapporté par le vendeur.
- **Vocabulaire et distinctions.** Le « paiement automatique » devient un versement contractuellement prédéterminé par un déclencheur observable. Le risque de base est distingué du risque de modèle, de données et de calibration locale, ces quatre registres ne se corrigeant pas de la même façon.
- **Ce que l'analyse conclut, et ce qu'elle montre.** La section décision n'invite plus à différer une souscription : ce que mes sources autorisent, c'est d'exiger une méthode de mesure avant de signer. Elle répond en revanche à la question qu'elle posait sans y répondre, à savoir à quoi comparer le risque de base une fois mesuré. Les deux graphiques sont refaits : leur texte était rendu en tracés vectoriels, donc illisible par un moteur de recherche comme par un lecteur d'écran. La courbe du biais est désormais tracée à partir de la formule exacte du théorème 2 de Stigler et ses coauteurs, et non plus d'un tracé que personne ne pouvait reproduire.
- **Un titre qui dépassait ses propres réserves.** J'écrivais le risque de base « absent des deux documents institutionnels mobilisés », quand mes réserves écrivent au même moment que le rapport de l'OCDE l'évoque une fois. Les deux ne pouvaient pas être vrais ensemble : le titre dit désormais ce que mon dossier autorise, à savoir qu'aucun de ces deux documents ne le quantifie.
- **Un objet confondu dans la note de niveau de preuve.** Je présentais le résultat modélisé comme un arbitrage entre indemnisation indicielle et indemnisation indemnitaire : le modèle oppose en réalité un produit d'assurance anticipatoire à un appui autonome au renforcement de capacité, sans composante assurantielle. La même note présentait une exclusion de la grille comme un simple écart de score, et ne nommait que deux des trois travaux sur lesquels elle fonde l'absence de convergence. Les trois points sont corrigés sans source nouvelle.
- **Réserves reformulées pour dire ce qui est établi.** La revue systématique du risque de base publiée dans *International Journal of Disaster Risk Reduction* (2018) a été lue en entier : elle ne couvre que 18 études empiriques comparables et reste volontairement qualitative, faute de définition unifiée du risque de base dans la littérature qu'elle recense. Le rapport OCDE 2026 ne quantifie le risque de base qu'une seule fois, comme un risque potentiel pour le marché californien du feu de forêt, sans mesure ni tableau chiffré. La lecture du texte intégral de Jensen, Barrett et Mude corrige aussi un chiffre : le risque initial conservé par les assurés sur les sinistres les plus graves est de 72 % en moyenne, pas 69 %, avec un écart net entre les quatre divisions étudiées (de 63 % à 82 %). La documentation technique du modèle Africa RiskView d'ARC reste propriétaire et non publiée, ce qui est désormais dit directement plutôt que comme un regret. La version d'ARC sur l'épisode malawite est recoupée par un second relais de presse indépendant (Reuters, mai 2017), qui cite directement l'organisme sur le motif du refus initial de versement et sur son rejet des conclusions du rapport ActionAid.
- **Deux documents rangés sous la même étiquette dans le titre.** Le titre disait le risque de base « jamais quantifié dans les deux documents institutionnels mobilisés », alors que le corps qualifie l'un de commercial et de registre promotionnel et l'autre d'institutionnel. Les deux documents sont désormais nommés, Swiss Re et l'OCDE, sans l'adjectif générique qui effaçait cette distinction.
- **Un périmètre de non-réplication plus large que ce que mes réserves posent.** La note de niveau de preuve écrivait qu'aucun tiers n'avait refait ces mesures, quand mes réserves restreignent ce constat à deux travaux, ceux de Stigler et ses coauteurs et d'Anand et les siens. Aucune source de ce dossier ne dit si l'étude kényane de Jensen, Barrett et Mude a été répliquée : la note le dit maintenant et n'étend plus le constat jusqu'à elle. L'indice publié ne change pas.
- **Un effectif coté au-dessus de ce que ma propre note affirme.** La note de niveau de preuve écrit que les unités observées ici sont une poignée de programmes d'assurance indicielle documentés, quand l'axe d'effectif restait coté dans la bande des cent à mille observations. La cotation descend au barreau le plus bas, seul cohérent avec ce que la note affirme au même endroit : l'indice publié baisse de deux points.

Axel Morel · Fondateur & analyste, Probans
Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
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