Finance · 5 juillet 2026 · mis à jour le 2 octobre 2026
Un ETF S&P 500 diversifie-t-il autant que ses 500 lignes le laissent croire ?
Un ETF sur le S&P 500 repose sur 500 grandes sociétés américaines, et beaucoup d'investisseurs y voient une large diversification, selon RBC Wealth Management, partie prenante du sujet qu'elle commente. Ses chiffres racontent une histoire moins simple : fin 2025, dix sociétés pesaient 40,7 % de l'indice, ce qui ramenait sa concentration, par notre calcul, à celle d'au plus environ 58 lignes de poids égal.
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel en 3 points
- Fin 2025, dix sociétés pesaient 40,7 % du S&P 500. Fin 2025, les dix plus grosses sociétés de l'indice représentent 40,7 % de son poids, contre environ 19 % fin 2015, selon RBC Wealth Management, partie prenante du sujet qu'elle commente [3]. Par notre calcul, sa concentration équivaut alors à celle d'au plus environ 58 lignes de poids égal.
- Les actions plus détenues par des ETF sont plus volatiles. Dans une étude de 660 ETF actions américains entre 2000 et 2012, les actions les plus détenues par des ETF ont une volatilité nettement plus forte ; l'étude ne mesure ni la diversification ni son recul [1]. Les auteurs revendiquent une lecture causale et proposent l'arbitrage entre l'ETF et ses titres comme canal [1].
- La gestion active a surtout fait moins bien que l'indice, et la devise compte. À fin juin 2025, 91,03 % des fonds actifs de grandes capitalisations américaines ont fait moins bien que le S&P 500 sur vingt ans, selon le SPIVA, un tableau de bord dont l'éditeur tire des revenus de la licence de ses indices [2]. Sur 1975-2005 et hors coûts, couvrir intégralement le change d'un portefeuille mondial d'actions équiréparti réduit fortement son risque pour un investisseur suisse ou « Euroland », et l'accroît légèrement pour un Canadien [6].
Un ETF est un fonds coté en bourse, qui s’échange toute la journée [1]. Celui qui suit le S&P 500, un indice de 500 grandes sociétés américaines [2], passe pour une large diversification : beaucoup d’investisseurs le croient, selon RBC Wealth Management, une division de RBC Capital Markets, conseiller en investissement enregistré, partie prenante du sujet qu’elle commente [3].
Or ces 500 sociétés ne pèsent pas pareil. Fin 2025, les dix plus grosses réunissent 40,7 % de l’indice [3]. Nous avons voulu vérifier ce que cette concentration change à la promesse de diversification, parce que la réponse dit ce qu’on peut attendre d’un ETF classique, et ce que d’autres choix pourraient y changer.
La réponse courte
Dix sociétés pèsent 40,7 % du S&P 500 fin 2025, selon RBC Wealth Management [3].
Trois repères complètent le tableau : une majorité des fonds gérés activement qui investissent dans les plus grosses sociétés américaines a fait moins bien que l’indice [2], l’indice où chaque société pèse pareil a pris du retard depuis 2023 [3], et l’intérêt de neutraliser le risque de change dépend fortement de la devise de l’investisseur [6].
Dix sociétés, 40,7 % de l’indice
Le S&P 500 est pondéré par la capitalisation boursière, la valeur d’une société en bourse : plus elle vaut cher, plus elle pèse dans l’indice [2]. Fin 2025, les dix plus grosses sociétés représentent 40,7 % de l’indice, un record pour la série de RBC [3]. En dix ans, ce poids a plus que doublé [3].
| Fin d’année | Poids cumulé des dix premières sociétés |
|---|---|
| 1990 | environ 19 % |
| 2000 | environ 23 % (sommet d’environ 27 % en cours d’année) |
| 2015 | environ 19 % |
| 2025 | 40,7 % |
Tableau 1. Poids cumulé des dix plus grosses sociétés du S&P 500, fin d’année. De 1990 à 2015, ce poids a oscillé autour de 18 % à 23 %. Source : [3].
NVIDIA représente à elle seule près de 8 % de l’indice, et RBC en tire qu’une seule société peut peser sensiblement sur son rendement [3].
Le poids a pris de l’avance sur les bénéfices. En 2025, les dix premières valeurs pèsent environ 41 % de l’indice mais devaient produire environ 32 % de ses bénéfices ; en 2015, poids et bénéfices étaient tous deux d’environ 19 % [3].
Pour RBC, ce qui ressemble à une large diversification fonctionne de plus en plus comme une allocation concentrée sur un seul thème, l’intelligence artificielle : plus de 40 dollars sur 100 investis dans un fonds S&P 500 vont à dix sociétés [3]. La banque nomme trois risques : un choc propre à une société, ce qu’elle appelle le « piège de la concentration passive », et une corrélation accrue liée à l’IA, c’est-à-dire des valeurs qui évoluent ensemble parce qu’elles partagent le même thème [3]. C’est un avis, qui reconnaît lui-même qu’une forte concentration ne suffit pas à prouver une bulle [3].
Deux autres sources, deux autres mesures. D’après le site Visual Capitalist, qui s’appuie sur des données de Finaeon, de S&P et de Citi Global Insights, les dix premières valeurs du S&P 500 ont pesé en moyenne environ un quart (24 %) de l’indice de 1880 à 2010, puis 19 % en 2010 et 38 % en 2024 [5]. Morgan Stanley Investment Management, la division de gestion d’actifs de Morgan Stanley, mesure le poids des dix premières valeurs de l’ensemble des sociétés cotées aux États-Unis : de 14 % à 27 % dans la décennie close en 2023, près du sommet de 30 % de 1963 ; c’est la hausse la plus rapide depuis 1950 [4]. Les séries de RBC et de Visual Capitalist portent toutes deux sur le S&P 500, avec des fournisseurs de données différents, FactSet pour RBC, et concordent là où elles se recoupent : environ 19 % et 20 % en 1990, 23 % pour l’une comme pour l’autre en 2000 [3][5]. Celle de Morgan Stanley porte sur tout le marché coté américain et se lit à part [4].
500 lignes, combien au plus ?
Quand les géants tirent l’indice
Un indice équipondéré donne à chacune des 500 sociétés la même part, environ 0,2 % [3]. D’après RBC, il a devancé le S&P 500 pondéré par la capitalisation d’environ 1,5 % par an de 2003 à 2022 [3]. Depuis début 2023, c’est l’inverse : sur trois ans, le S&P 500 pondéré par la capitalisation a devancé l’indice équipondéré d’environ 32 %, l’une des plus fortes surperformances sur trois ans jamais relevées, au-delà des quelque 31 % de la fin des années 1990 et du début des années 2000 [3].
Pour 2023, le SPIVA, un tableau de bord publié depuis 2002 par S&P Dow Jones Indices, relève que les 50 premières valeurs de l’indice (le S&P 500 Top 50) ont gagné 38 %, et l’indice équipondéré, qui sert d’approximation de la performance de l’action moyenne, a fait 12,4 % de moins que le S&P 500 [2]. En 2024, la contribution des cinq premiers titres à la performance de l’indice est passée de 39 % à 94 % au deuxième trimestre, puis est retombée à 10 % au troisième et remontée à 71 % au quatrième ; sur l’année, le quintile des plus grandes capitalisations a devancé le plus petit de 10 % [2].
Plus d’ETF, plus de volatilité ?
Un ETF vit grâce à des « participants autorisés », des courtiers liés par contrat à son promoteur, qui échangent avec lui des blocs de parts, typiquement 50 000, contre les titres du panier [1]. Quand l’ETF cote au-dessus de la valeur de ses titres, ils ont intérêt à acheter ces titres et à les apporter contre des parts neuves [1]. Ce va-et-vient laisse-t-il des traces sur les actions elles-mêmes ?
Ben-David, Franzoni et Moussawi ont cherché la réponse dans un document de travail du NBER (National Bureau of Economic Research), diffusé pour discussion et non évalué par les pairs [1]. Il porte sur 660 ETF actions américains « classiques » entre 2000 et 2012 [1]. Dans le S&P 500, la part moyenne de la capitalisation d’une action détenue par des ETF est passée de 0,27 % en 2000 à 3,78 % en 2012 [1].
Résultat : les actions les plus détenues par des ETF ont une volatilité nettement plus forte, d’un jour à l’autre comme dans la journée [1]. La volatilité quotidienne d’une action est ici l’écart-type de ses rendements journaliers sur un mois ; dans la journée, elle est calculée à partir de données seconde par seconde [1]. Les auteurs revendiquent une lecture causale et mettent en avant leurs estimations les plus prudentes [1]. L’étude mesure la volatilité des actions détenues, pas celle de l’ETF [1].
Pour les actions du S&P 500, une hausse de la détention par les ETF d’un écart-type, une mesure statistique de dispersion qui vaut ici 1,44 point, va avec 20 points de base de volatilité quotidienne en plus, soit 16 % d’un écart-type de cette volatilité [1]. Un point de base vaut un centième de point de pourcentage. Dans la journée, une hausse d’un écart-type de la détention par les ETF va avec une volatilité plus forte de 19 % d’un écart-type [1]. En élargissant l’échantillon aux plus petites actions, l’effet se dilue : environ 5 % d’un écart-type par jour, environ 8 % dans la journée [1].
Le canal proposé est l’arbitrage entre l’ETF et ses titres : des chocs nés sur le marché de l’ETF se propagent aux actions et ajoutent une volatilité qui ne vient pas des fondamentaux des sociétés ; pour le S&P 500, environ 45 % du choc initial s’est retourné après vingt jours de bourse [1]. Les effets sont plus forts pour les actions à faible écart entre prix d’achat et prix de vente et à faibles frais de prêt de titres, plus faibles quand l’arbitrage coûte plus cher ; les auteurs écrivent que ces résultats « appuient la conjecture » [1].
L’effet est moins marqué pour les petites actions [1]. La détention par l’ensemble des fonds communs a un effet au moins dix fois plus petit ; les fonds indiciels, qui ne sont pas cotés, ne sont pas exposés à l’arbitrage à haute fréquence [1].
La conclusion de l’étude s’ouvre sur ce constat : les ETF offrent une source de diversification à faible coût et forte liquidité ; elle relève ensuite un effet non voulu sur les prix des titres détenus [1]. L’étude ne mesure ni la diversification que procurent les ETF, ni son recul [1]. Les auteurs notent qu’une hausse de volatilité n’est pas forcément négative si elle vient d’une meilleure intégration de l’information dans les prix [1]. Ils rapportent aussi que Da et Shive (2013) trouvent un effet positif de la détention par les ETF sur le comouvement, c’est-à-dire le fait que des actions d’un même panier évoluent ensemble, et ils présentent ce résultat comme une implication directe du leur [1].
Ces résultats portent sur des ETF américains. Les auteurs avancent, sans le tester, que les mêmes mécanismes valent pour des ETF d’un autre type, plus répandus en Europe [1].
La gestion active fait-elle mieux ?
Si l’indice est concentré, des gérants qui ne se contentent pas de le suivre feraient-ils mieux ? Le SPIVA compare les fonds gérés activement à leur indice : il porte sur les fonds communs de détail et les ETF domiciliés aux États-Unis, et exclut les fonds indiciels, à levier, inverses et autres produits indexés [2]. Parmi les fonds actifs d’actions américaines de grandes capitalisations, c’est-à-dire de grande taille boursière, 60 % ont fait moins bien que le S&P 500 en 2023, 65 % en 2024, 54 % au premier semestre 2025 ; la moyenne annuelle est de 64 % sur 23 à 24 ans d’historique selon l’édition [2].
| Édition du SPIVA | Sous le S&P 500, sur l’année | Sur 15 ans | Sur 20 ans | Rendement annualisé sur 20 ans, fonds actifs contre S&P 500 | Fonds encore en vie après 20 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| Fin 2023 | 60 % | 87,98 % | 93,03 % | 7,98 % contre 9,69 % | 30,35 % |
| Fin 2024 | 65 % | 89,50 % | 91,99 % | 8,48 % contre 10,35 % | 32,95 % |
| 30 juin 2025 | 54 % (six premiers mois) | 88,29 % | 91,03 % | 8,77 % contre 10,73 % | 34,70 % |
Tableau 2. Part des fonds actifs de grandes capitalisations américaines qui ont fait moins bien que le S&P 500, rendement moyen annualisé à vingt ans et part des fonds encore en vie parmi ceux présents vingt ans plus tôt, trois éditions du SPIVA. Source : [2].
Les trois éditions se recouvrent : ce ne sont pas trois confirmations indépendantes [2]. À quinze ans, dans les éditions de fin 2023 et de fin 2024, aucune catégorie n’a vu une majorité de gérants actifs battre son indice [2].
Les rendements des fonds sont nets de frais, hors droits d’entrée ; les fonds liquidés ou fusionnés restent comptés, ce qui supprime le biais du survivant, celui qui consiste à ne compter que les fonds encore en vie [2]. On ne peut pas investir directement dans un indice, et dans l’édition de mi-2025, la performance de l’indice ne tient compte ni des coûts de transaction ni des frais [2].
Quand les plus grandes valeurs d’un indice devancent le reste, la gestion active peut devenir particulièrement difficile, juge S&P, parce que les gérants actifs sous-pondèrent souvent ces grandes valeurs [2]. Pour Morgan Stanley Investment Management, les gérants actifs, dont les portefeuilles ont en général une capitalisation moyenne inférieure à celle de leur indice, peinent à battre celui-ci quand la concentration monte [4]. Le même rapport s’ouvre sur un autre message : la situation de la gestion active n’est pas aussi sombre que certains titres le disent, et le talent de gérant existe [4]. Il cite, parmi plusieurs inquiétudes, l’effet néfaste possible des flux vers les fonds indiciels, et juge certaines de ces inquiétudes difficiles à quantifier [4].
Sur la pondération elle-même, les économistes interrogés par le Clark Center de l’université de Chicago, dans une enquête que rapporte Morgan Stanley Investment Management, se partagent : 30 % approuvent de chercher des alternatives à la pondération par la capitalisation, 45 % non, 25 % sont incertains [4]. Qui parle compte : S&P Dow Jones Indices tire des revenus de la licence de ses indices [2], et Morgan Stanley Investment Management est la division de gestion d’actifs de Morgan Stanley [4].
La devise change le risque
Pour qui investit à l’étranger, la devise ajoute une exposition au portefeuille d’actions, qui peut en accroître ou en réduire le risque selon la devise de l’investisseur [6]. Détenir des actions étrangères sans couverture revient à détenir aussi la devise étrangère, pour le même montant ; une couverture intégrale, qui neutralise tout le risque de change implicite, ramène cette exposition à zéro [6]. Campbell, Serfaty-de Medeiros et Viceira ont cherché les positions de change qui minimisent le risque d’un portefeuille d’actions ou d’obligations étrangères, sur sept devises développées, de juillet 1975 à décembre 2005, à l’horizon d’un trimestre [6].
Pour un portefeuille mondial d’actions équiréparti, l’intérêt d’une couverture intégrale dépend fortement de la devise de l’investisseur : très grand pour un investisseur « Euroland » (un panier Allemagne, France, Italie et Pays-Bas pondéré par les capitalisations) ou suisse, très faible pour un Australien ou un Canadien, et même négatif pour ce dernier : elle accroît son risque [6].
| Devise de l’investisseur | Risque sans couverture | Risque avec couverture intégrale |
|---|---|---|
| Suisse | 19,19 | 13,86 |
| Euroland | 17,67 | 13,86 |
| Japon | 17,08 | 13,86 |
| Royaume-Uni | 16,78 | 13,86 |
| États-Unis | 15,05 | 13,86 |
| Australie | 15,00 | 13,86 |
| Canada | 13,74 | 13,86 |
Tableau 3. Écart-type annualisé des rendements d’un portefeuille mondial d’actions équiréparti, en points de pourcentage, selon la devise de l’investisseur. Source : [6].
La stratégie de change qui minimise le risque réduit l’écart-type d’un portefeuille mondial d’actions de 135 points de base par rapport à la couverture intégrale, et de plus de 250 pour un investisseur américain par rapport à l’absence de couverture [6]. Elle mise à la hausse sur le dollar et l’euro et fortement à la baisse sur le dollar canadien ; les auteurs l’expliquent par le fait que l’euro, le franc suisse et le dollar tendent à s’apprécier quand les marchés d’actions internationaux baissent [6]. Pour un portefeuille mondial d’obligations, la stratégie de moindre risque est proche d’une couverture intégrale, et la stratégie optimale ne gagne que 19 points de base sur elle [6].
Les auteurs préviennent que leurs comparaisons de rendement par unité de risque reposent sur des moyennes d’échantillon bruitées : aucune devise n’a un rendement excédentaire moyen significativement différent de zéro face au dollar au seuil de 5 % [6]. L’étude minimise un risque, elle ne promet pas de rendement [6]. Ses chiffres décrivent un portefeuille mondial théorique de 1975 à 2005, sans aucun coût de couverture : ils montrent le poids de la devise, pas le prix d’une couverture aujourd’hui [6].
Ce prix, UBS en parle. Elle se présente comme le deuxième fournisseur d’ETF couverts en devise du marché européen, et sa page est une communication marketing [7]. La couverture passe d’ordinaire par des contrats de change à terme, des accords d’échanger un montant fixé d’une devise contre une autre à un cours fixé d’avance pour une date future, renouvelés à intervalles réguliers [7]. Le premier facteur du coût ou du gain est l’écart de taux d’intérêt entre les deux devises, le « coût de portage » : couvrir vers une devise à taux plus élevé rapporte, l’inverse coûte [7]. S’y ajoutent des coûts de transaction et de renouvellement [7].
Sur douze mois jusqu’au 28 novembre 2025, l’indice d’actions américaines MSCI USA a rapporté 14,31 % en dollars ; pour un porteur en livres, 9,66 % sans couverture et 14,43 % avec [7]. Pour des obligations d’entreprises américaines, un porteur en euros a eu 6,23 % en dollars, −3,32 % sans couverture et 4 % avec [7]. UBS attribue principalement au coût de portage l’écart entre le rendement de l’indice en dollars et le rendement couvert, et écrit que couvrir le dollar vers l’euro coûte parce que les taux en euros sont, à la date de sa page, plus bas qu’aux États-Unis [7].
UBS reconnaît que la couverture peut aussi priver d’un gain, comme lors de la hausse du dollar de juin à décembre 2014. Elle la présente comme une décision de gestion avec des contreparties, non comme une réduction de risque gratuite, et ajoute qu’il n’y a pas de réponse universelle [7].
Et si l’on élargit au monde ?
Si l’indice américain est concentré, pourquoi ne pas élargir au monde ? Les États-Unis pèsent plus de 70 % du S&P World Index, un indice des grandes et moyennes capitalisations de 24 marchés développés [2], et environ 60 % de la capitalisation mondiale en 2023 [4]. L’indice MSCI All Country World, qui regroupe les grandes et moyennes capitalisations de 23 pays développés et 24 pays émergents, soit environ 85 % du marché actions mondial investissable, avait environ 19 % de son poids dans ses dix premières valeurs fin 2023, dont neuf américaines [4]. Sur douze grands marchés fin 2023, les États-Unis sont le quatrième où les dix premières valeurs pèsent le moins, ce que Morgan Stanley Investment Management appelle le quatrième marché le plus diversifié [4].
Reste à savoir si les marchés se compensent quand tout se passe mal. Deux études de Longin et Solnik mesurent comment les grands marchés évoluent ensemble. La première suit sept grands marchés (Allemagne, France, Royaume-Uni, Suisse, Japon, Canada, États-Unis) de janvier 1960 à août 1990 : la corrélation entre marchés, c’est-à-dire la façon dont ils évoluent ensemble, est instable, augmente sur trente ans (hausse moyenne de 0,36) et monte dans les périodes de forte volatilité [8]. Les corrélations vont de 0,24 (Allemagne et Japon) à 0,71 (Canada et États-Unis) ; les auteurs jugent les marchés nationaux pas fortement corrélés sur la période et les effets modestes, mais souvent significatifs [8]. Pour la paire France et États-Unis, la corrélation est estimée à 0,331 en volatilité faible et 0,525 en volatilité forte [8]. Ces rendements sont des rendements en monnaie locale au-dessus du taux sans risque, ce qui revient à des rendements couverts du change [8].
La seconde étude suit cinq marchés (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon) de janvier 1959 à décembre 1996. Elle trouve que la corrélation n’est pas liée à la volatilité en soi mais à la tendance : elle augmente dans les marchés baissiers, pas dans les haussiers [9]. Avec les États-Unis, la corrélation des fortes baisses vaut en moyenne 0,505, contre 0,124 pour les fortes hausses, un écart significatif à 5 % dans trois cas sur quatre [9]. Pour les États-Unis et le Royaume-Uni, la corrélation habituelle des rendements mensuels est de 0,519, celle des hausses au-delà de +10 % de 0,189 [9]. La probabilité de lourdes pertes simultanées sur deux marchés est ainsi bien plus grande que ne le suggère l’hypothèse de normalité des rendements [9]. Les auteurs n’explorent pas les conséquences pour la construction de portefeuille et en font l’étape suivante [9].
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Avant de juger qu’un ETF sur le S&P 500 diversifie bien ou mal, regardez ce que pèsent ses dix premières lignes, la devise dans laquelle vous raisonnez et la période sur laquelle on le compare à la gestion active [2][3][6]. Selon votre place, la lecture change :
| Profil | Ce que cette analyse implique | Enjeu | Réversibilité |
|---|---|---|---|
| Particulier, horizon long, en accumulation | Le nombre de lignes dit peu de la façon dont le poids se répartit : fin 2025, dix sociétés pesaient 40,7 % du S&P 500, selon RBC Wealth Management, partie prenante du sujet qu’elle commente [3], soit, par notre calcul, au plus environ 58 lignes égales. Couvrir le dollar vers l’euro coûte quand les taux en euros sont plus bas qu’aux États-Unis, comme l’écrit UBS dans sa page de janvier 2026 [7]. Point de vigilance : L’indice équipondéré a devancé l’indice pondéré de 2003 à 2022, puis reculé depuis 2023 [3] ; la gestion active se mesure en moyennes nettes de frais, face à un indice qu’on ne peut pas acheter tel quel [2]. | Modéré | Réversible |
| Particulier proche de la retraite ou en décaissement | Dans les marchés baissiers, la corrélation entre grands marchés monte : en moyenne 0,505 pour les fortes baisses contre 0,124 pour les fortes hausses, avec les États-Unis [9]. RBC nomme comme risques un choc propre à une société et une corrélation liée à l’IA [3]. Point de vigilance : Les auteurs ne chiffrent pas ce que cela change pour un portefeuille, et leurs données s’arrêtent en 1996 [9]. | Critique | Partiellement réversible |
| Allocataire institutionnel | Le classement entre pondération par la capitalisation et parts égales a changé avec la période : l’équipondéré a devancé de 1,5 % par an de 2003 à 2022, puis a été distancé d’environ 32 % sur trois ans depuis 2023 [3]. Selon une enquête du Clark Center (université de Chicago) rapportée par Morgan Stanley Investment Management, les économistes interrogés se partagent : 30 % pour chercher des alternatives, 45 % contre, 25 % incertains [4]. Point de vigilance : Le rapport qui cite l’enquête n’en décrit pas l’échantillon [4] ; la sous-performance de la gestion active vient d’un tableau de bord dont l’éditeur tire des revenus de la licence de ses indices [2]. | Critique | Partiellement réversible |
| Décideur produit, société de gestion | Les actions plus détenues par des ETF sont plus volatiles : pour le S&P 500, la part détenue par les ETF est passée de 0,27 % à 3,78 % entre 2000 et 2012 [1]. UBS, qui vend des ETF couverts, présente elle-même la couverture comme une décision de gestion avec des contreparties [7]. Point de vigilance : L’étude porte sur des ETF américains de 2000 à 2012, et la causalité est celle que revendiquent les auteurs, dans une version de travail non évaluée par les pairs [1]. | Modéré | Partiellement réversible |
Tableau 4. Lecture par profil. Sources : [1][2][3][4][7][9].
Mes réserves
- RBC, partie prenante. Le poids de 40,7 % et la croyance prêtée aux investisseurs viennent d’une note de commentaire de RBC Wealth Management, conseiller en investissement enregistré, qui exprime un point de vue sur le « piège de la concentration passive » [3].
- Un plafond, pas une valeur. Le nombre de 58 lignes est notre calcul à partir du seul poids des dix premières valeurs : c’est un maximum, pas la concentration réelle, dont les poids individuels ne sont pas publiés dans mes sources [3]. Il décrit la répartition des poids, pas l’indépendance des rendements.
- Trois séries qui ne se chaînent pas. La série de Morgan Stanley porte sur tout le marché coté américain ; celles de RBC et de Visual Capitalist portent sur le S&P 500, avec des fournisseurs de données différents ; je n’ai aucune valeur du S&P 500 pour 2023 [3][4][5].
- Des écarts en rendement de prix. Les chiffres de RBC sur l’indice équipondéré et l’indice pondéré par la capitalisation sont des données de rendement de prix, mensuelles [3].
- Une étude ancienne, lue dans sa version de travail. L’étude sur la volatilité est un document de travail de 2014 sur 2000-2012, non évalué par les pairs dans cette version ; sa version parue en revue n’a pas été lue. Elle mesure la volatilité des actions détenues, ni la diversification ni la corrélation [1].
- Un tableau de bord américain et intéressé. Le SPIVA porte sur des fonds domiciliés aux États-Unis, son éditeur tire des revenus de la licence de ses indices, et ses éditions se recouvrent [2]. L’écart de rendement à vingt ans n’est pas le coût des frais.
- Une devise sans prix. L’étude de Campbell et ses coauteurs s’arrête en 2005 et ne compte aucun coût de couverture, et je n’en ai lu que le document de travail révisé de janvier 2009 [6]. Les chiffres d’UBS viennent d’une page marketing, sur une fenêtre de douze mois [7].
- Des corrélations anciennes. Les deux études de Longin et Solnik s’arrêtent en 1990 et en 1996, sur sept et cinq marchés, et ne chiffrent pas la perte de diversification d’un portefeuille [8][9].
- Un sondage sans fiche. Morgan Stanley Investment Management rapporte une enquête du Clark Center auprès d’économistes, mais le rapport qui la cite ne décrit pas son échantillon [4].
- Hors périmètre. Les chiffres de concentration mondiale portent sur le S&P World Index et le MSCI All Country World, pas sur le MSCI World [2][4]. Cette analyse ne dit pas combien de titres suffisent à diversifier : aucune source que j’ai lue ne le permet.
Lexique
- ETF· Exchange Traded Fund↗
- Fonds coté en continu sur un marché boursier, répliquant la performance d'un indice, d'un secteur ou d'une thématique.
- Couverture de change· Hedging devise↗
- Usage de contrats à terme sur devises pour neutraliser l'effet des variations de change sur la performance perçue par le porteur.
- Biais du survivant↗
- Surestimation de la performance moyenne d'une catégorie de fonds lorsque l'échantillon étudié exclut les fonds fermés ou fusionnés en cours de route.
- Comouvement· Synchronicité des rendements↗
- Tendance d'un titre à évoluer dans le même sens que l'indice ou que d'autres titres, indépendamment de ses fondamentaux propres.
- SPIVA· S&P Indices Versus Active↗
- Étude semestrielle de S&P Dow Jones Indices comparant la performance des fonds gérés activement à celle de leurs indices de référence.
Indice de solidité des preuves · le détail
30 / 100 · Preuves très limitées · fourchette 0-30 %
Score établi le 30 août 2026. Une révision ultérieure est une réévaluation datée, pas une correction masquée.
Pourquoi ce score. Le barreau retenu est celui de la mesure sur données de marché complètes : le poids des dix premières valeurs d'un indice, calculé sur tous ses constituants, dont mon calcul tire le plafond d'environ 58 lignes. Pour 2025, ce chiffre vient d'un seul producteur, RBC Wealth Management. Les autres blocs de la pièce (volatilité des actions détenues par des ETF, sous-performance de la gestion active, devises, corrélations entre marchés) relèvent d'autres natures de preuve et ne se confirment ni ne se contredisent : la convergence n'est pas mesurable. Aucune réplication n'est versée, et l'effectif noté est celui des 500 constituants de l'indice.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.
Modification apportée · mis à jour le 2 octobre 2026
- Le sous-titre, la présentation, le résumé et le tableau par profil donnaient le poids de 40,7 % et la croyance prêtée aux investisseurs sans dire que RBC Wealth Management est partie prenante du sujet qu'elle commente, alors que ce statut était signalé pour S&P Dow Jones Indices, Morgan Stanley Investment Management et UBS : il l'est désormais, et une réserve le rappelle. La phrase « la devise s'ajoute au risque des actions » était fausse pour un investisseur canadien, dont le risque baisse sans couverture : la devise ajoute une exposition qui peut accroître ou réduire le risque selon la devise de l'investisseur. La mise en garde des auteurs sur les moyennes bruitées porte sur leurs comparaisons de rendement par unité de risque, pas sur les réductions de risque : elle est bornée à ces comparaisons. Indice inchangé.
- Le sous-titre et l'ouverture présentaient comme un constat que beaucoup d'investisseurs voient dans un fonds S&P 500 une large diversification : c'est une affirmation de RBC Wealth Management, sans donnée sur les investisseurs, désormais attribuée à RBC. La phrase sur le cas obligataire d'UBS imputait au coût de portage l'écart entre rendements couvert et non couvert pour un porteur en euros : le portage ne porte que sur l'écart entre le rendement de l'indice en dollars et le rendement couvert, et la phrase est bornée à cet écart. Indice inchangé.
- Le sous-titre et le tableau par profil donnaient au présent, sans date, le poids de 40,7 % des dix premières sociétés : c'est une valeur de fin 2025, désormais datée. Le rang des États-Unis sur douze marchés était présenté comme une mesure de diversification : c'est un classement selon le poids des dix premières valeurs, que Morgan Stanley Investment Management appelle diversification. La différence entre les trois séries de concentration est précisée (seule celle de Morgan Stanley porte sur un autre univers que le S&P 500) ; l'écart-type de 1,44 point ne s'applique plus qu'à l'effet sur la volatilité quotidienne ; « en général » est rétabli pour les portefeuilles des gérants actifs ; l'effet des flux vers les fonds indiciels n'est plus donné comme jugé difficile à quantifier, le rapport ne le disant que de certaines de ses inquiétudes ; la phrase sur l'absence d'asymétrie face aux chocs dans l'étude de 1995 est retirée, ses auteurs la tenant pour peu significative ; l'échantillon non décrit est attribué au rapport qui cite l'enquête ; le SPIVA est cité sur ses trois éditions datées. Indice inchangé.
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- J'ai repris l'analyse à partir des documents sources, relus en texte intégral. Le titre devient une question et le texte part du sujet, pas des chiffres.
- Le « plafond à environ 58 lignes équipondérées » est présenté comme mon calcul, tiré du seul poids des dix premières valeurs du S&P 500 (40,7 % fin 2025, chiffre de RBC Wealth Management). C'est un maximum, qui décrit la répartition des poids et non l'indépendance des rendements.
- Trois mesures du poids des dix premières valeurs (RBC, Visual Capitalist, Morgan Stanley) sont distinguées au lieu d'être rapprochées en une seule série.
- Les taux de sous-performance de la gestion active viennent de trois éditions du SPIVA ; l'écart de rendement à vingt ans est donné comme mon calcul. Les chiffres sur les capitalisations moyennes et petites ne sont plus repris.
- Les deux études de Longin et Solnik sur la corrélation entre marchés sont citées d'après leur texte et non de mémoire, avec leurs périodes et leurs limites.
- Sont retirés, faute de document source relevé : les nombres de titres d'Evans et Archer et de Statman, l'étude d'Israeli, Lee et Sridharan, le paragraphe sur le PEA et les contrats d'échange, les chiffres sur le MSCI World, le simulateur et les biais cognitifs.
- Le résumé disait la couverture de change « négative pour un Canadien » : seule la couverture intégrale accroît son risque, mesuré en écart-type sur 1975-2005 et hors coûts. Il disait aussi que l'éditeur du SPIVA « vit » de la licence de ses indices : il en tire des revenus. L'enquête auprès d'économistes est attribuée au Clark Center de l'université de Chicago, que Morgan Stanley rapporte. RBC et Morgan Stanley sont classés parties prenantes, comme S&P Dow Jones Indices. Indice inchangé.

Axel Morel · Fondateur & analyste, Probans
Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
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