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Assurance · 10 septembre 2026

Écart de protection climatique : le prix est-il le premier frein à l'achat d'une assurance catastrophe naturelle ?

L'explication paraît aller de soi : si l'on renonce à s'assurer contre les catastrophes naturelles, c'est que l'assurance coûte trop cher. Les chiffres publiés de deux enquêtes de l'EIOPA, l'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles, racontent une histoire moins simple : ceux qui s'en passent y invoquent en moyenne plus souvent le sentiment d'être à l'abri que chaque motif de prix pris seul. Face au prix pris en bloc, l'une des deux enquêtes ne permet pas de trancher.

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L'essentiel en 3 points

  1. Dans les chiffres publiés de deux enquêtes de l'EIOPA, se croire à l'abri passe en moyenne devant chaque motif de prix pris seul. En Belgique, en Roumanie, en Espagne et en Allemagne, 30 % des non-assurés donnent pour raison que les catastrophes naturelles sont très improbables, 19 % qu'ils connaissent l'assurance mais la trouvent trop chère [1]. Dans les 27 pays de l'Union, le Flash Eurobaromètre, une enquête en ligne demandée par l'EIOPA, compte parmi les personnes sans couverture 24 % qui ne se croient pas exposées, 19 % qui n'en ont pas les moyens et 14 % qui jugent le rapport qualité-prix insuffisant [2].
  2. Le prix pèse à l'achat ; face au prix pris en bloc, l'Eurobaromètre ne tranche pas. La prime, c'est-à-dire le prix du contrat, est souvent le facteur le plus important pour beaucoup de consommateurs au moment d'acheter [1]. Pour la Belgique, la Roumanie, l'Espagne et l'Allemagne, le Staff Paper, un document des équipes de l'EIOPA, range pourtant la prime et la capacité à la payer au deuxième rang des raisons de ne pas s'assurer [1]. Dans l'Eurobaromètre, où plusieurs réponses étaient possibles, les deux motifs de prix réunis concernent, par notre calcul, entre 19 % et 33 % environ des personnes sans couverture, contre 24 % pour le sentiment de ne pas être exposé [2].
  3. Dans les chiffres publiés, le motif en tête n'est pas le même d'un pays à l'autre, sans marge d'erreur pour dire si ces écarts sont réels. Le prix trop élevé des contrats est le motif le plus cité en Roumanie, l'improbabilité de la catastrophe en Belgique, en Allemagne et en Espagne [1]. Dans l'Eurobaromètre, le sentiment de ne pas être exposé arrive en tête dans 13 pays, le manque de moyens dans 10, dont l'Irlande, d'un point seulement, 23 % contre 22 % [2]. Le manque de moyens passe aussi devant chez les femmes, d'un point, chez les personnes de niveau d'éducation faible et chez les autres personnes qui ne travaillent pas [2].

Après une catastrophe naturelle, une partie de la facture échappe aux assureurs. C’est l’écart de protection : la différence entre les pertes économiques totales et les pertes assurées [4]. En Europe, environ un quart seulement des pertes dues aux événements extrêmes a été assuré entre 1980 et 2024, selon un tableau de bord de l’EIOPA cité par sa présidente [3].

Pourquoi si peu ? Le suspect habituel, c’est le prix. L’institution semble lui donner raison : la prime, c’est-à-dire le prix du contrat, est souvent le facteur le plus important pour beaucoup de consommateurs au moment d’acheter [1].

Peser sur l’achat ne dit pourtant pas pourquoi on y renonce. Nous avons voulu vérifier si les non-assurés, eux, placent le prix en tête de leurs raisons, parce qu’une facture trop lourde et un risque que l’on croit lointain ne sont pas le même problème. Leurs réponses disent ce qu’ils déclarent, pas ce qui les ferait acheter.

La réponse courte

Dans les chiffres publiés de deux enquêtes de l’EIOPA, les personnes sans assurance contre les catastrophes naturelles invoquent en moyenne plus souvent le sentiment d’être à l’abri que chaque motif de prix pris seul [1][2]. Face aux deux motifs de prix réunis, l’une des deux enquêtes ne tranche pas [2]. Et le motif en tête n’est pas le même d’un pays à l’autre, sans marge d’erreur pour dire si ces écarts sont réels [1][2].

Quatre sources, une seule maison

Toutes nos sources viennent de l’EIOPA ou ont été commandées par elle [1][2][3][4]. Le Staff Paper (mot à mot « document de personnel »), daté du 29 février 2024, est un texte des équipes de l’EIOPA, soumis à consultation publique, puis révisé [1]. Il rapporte deux études menées avec des prestataires : l’une sur l’expérience des consommateurs, en Belgique, en Allemagne, en Roumanie et en Espagne ; l’autre sur ce qui freine l’achat, en Grèce, en France, en Italie et en Suède [1]. Chaque chiffre ne vaut que pour les quatre pays de son étude [1].

Le Flash Eurobaromètre 2025 est une enquête en ligne demandée par l’EIOPA, menée par Ipsos en mai 2025 auprès de 25 846 citoyens de l’Union de 18 ans et plus [2]. Une tribune de mars 2026 et un discours d’avril 2026, tous deux de la présidente de l’EIOPA, Petra Hielkema, énumèrent des freins sans en chiffrer aucun [3][4].

Quatre pays : l’improbable devant le prix

Premier terrain : la Belgique, la Roumanie, l’Espagne et l’Allemagne, couvertes par la première étude du Staff Paper. Sur sept raisons de ne pas être assuré, le risque jugé très improbable arrive en tête, devant le prix [1].

Raison de ne pas être assuréPart des non-assurés
Je pense que de tels événements sont très improbables30 %
Je connais l’assurance, mais elle est trop chère19 %
Je ne connaissais pas ces produits18 %

Tableau 1. Trois premières des sept raisons, Belgique, Roumanie, Espagne et Allemagne. Source : [1].

En moyenne sur ces quatre pays, plus de 30 % des répondants donnent pour raison principale de ne pas être assurés que ces événements sont très improbables [1]. Le prix arrive deuxième, dans cette étude comme, à 24 %, dans celle menée en France, en Grèce, en Italie et en Suède [1].

De quel prix parle-t-on ? Le Staff Paper distingue un prix inabordable, lié au revenu ou au patrimoine, d’un prix jugé trop élevé au regard de la couverture offerte [1]. Le libellé « je connais l’assurance, mais elle est trop chère » ne dit pas lequel [1].

Le prix : vrai frein ou frein perçu ?

Le prix n’est pas pour autant un figurant. Les deux études montrent que la prime est un frein important à l’achat, et le Staff Paper écrit que le prix et sa perception sont des obstacles nets, sans en donner la valeur [1].

Même le fameux « facteur le plus important » demande une lecture attentive. C’est une affirmation sur la décision d’achat, où la prime détermine largement le choix d’assurer, pas un classement des raisons de ne pas s’assurer, où le prix vient deuxième [1].

Autre nuance. Ceux qui n’ont jamais eu d’assurance habitation ou catastrophe naturelle la croient souvent plus chère qu’elle ne l’est [1]. Le document enchaîne sur une autre grandeur, le prix que les consommateurs interrogés se disent prêts à payer, qui ne mesure pas le prix qu’ils croient en vigueur : en France, en Grèce, en Italie et en Suède, ce prix est identique au prix moyen payé dans l’État de plus faible couverture de l’échantillon comme dans celui de plus forte couverture ; dans les deux autres, les deux prix diffèrent, et un seul écart dépasse 50 % [1]. Ce n’est donc pas la mesure d’une surestimation générale.

Vingt-sept pays, plusieurs réponses possibles

Second terrain, l’Union entière. Dans le Flash Eurobaromètre, la question sur les principales raisons s’adresse à 21 140 répondants sans couverture, plusieurs réponses étant possibles : le total dépasse 100 % [2].

Raison de ne pas avoir de couverturePart des personnes sans couverture
Ne pas se croire exposé à une catastrophe naturelle24 %
Ne pas pouvoir payer ce type d’assurance19 %
Ne pas faire confiance à l’assureur pour bien couvrir ses pertes15 %
Juger que le rapport qualité-prix n’y est pas14 %
Ignorer qu’une telle couverture existe10 %

Tableau 2. Cinq premières raisons nommées (hors « autre », 12 %, et « ne sait pas ou refus », 11 %), 27 pays de l’Union, mai 2025. Source : [2].

Les deux mesures ne se superposent pas : quatre pays contre 27, des formulations différentes, plus d’un an d’écart [1][2]. Dans chacune, pourtant, le risque jugé improbable ou absent passe devant chaque motif de prix pris isolément [1][2].

Selon le pays, le motif en tête change

Une moyenne ne décrit pas chaque pays. Dans le Staff Paper, le motif le plus cité est l’improbabilité de la catastrophe en Belgique, en Allemagne et en Espagne, le prix trop élevé des contrats en Roumanie [1]. Un graphique du même document, aux pays anonymisés, met le prix en tête dans un seul pays sur quatre, à 33 %, et l’improbabilité dans les trois autres, à 42 %, 43 % et 35 % [1]. Ses valeurs ne reprennent pas celles du premier graphique, et le document ne l’explique pas [1].

Dans l’Eurobaromètre, le sentiment de ne pas être exposé arrive en tête dans 13 pays, dont la France, l’Espagne et la Suède ; le manque de moyens dans 10, dont la Grèce, l’Italie et la Roumanie ; la méfiance envers l’indemnisation dans 3 ; en Allemagne, c’est la réponse « autre » qui domine, à 32 % [2]. Le manque de moyens va de 8 % au Danemark à 40 % en Grèce et à Chypre, et la différence tient parfois à presque rien : 23 % contre 22 % en Irlande [2].

Le Staff Paper ne nomme le motif de tête que pour quatre pays, tous présents dans l’Eurobaromètre [1][2].

PaysStaff Paper : motif le plus citéEurobaromètre : réponse en tête
BelgiqueRisque jugé improbableNe pas se croire exposé
EspagneRisque jugé improbableNe pas se croire exposé
AllemagneRisque jugé improbable« Autre » (32 %)
RoumanieContrats trop chersNe pas pouvoir payer

Tableau 3. Motif de tête dans les quatre pays pour lesquels le Staff Paper le nomme. Les questions et les formulations diffèrent. Sources : [1][2].

Entre groupes, même constat : le manque de moyens ne passe devant que chez les femmes (22 % contre 21 %), les personnes de faible niveau d’éducation (21 % contre 18 %) et les autres personnes qui ne travaillent pas (26 % contre 21 %), sans marge d’erreur publiée [2].

Les jamais-assurés : « je ne veux pas dépenser »

Dans l’étude menée en France, en Grèce, en Italie et en Suède, les personnes qui n’ont jamais eu d’assurance habitation ou catastrophe naturelle donnent d’abord « je ne veux pas dépenser d’argent pour cela », dans trois des quatre pays anonymisés (16,3 %, 14,8 % et 16,1 %) ; dans le quatrième, « l’État couvrira les dommages à mon bien » (14,7 %) [1].

Méfiance et attentes envers l’État

Dans l’étude française, grecque, italienne et suédoise, la moitié seulement des répondants faisait confiance aux assureurs pour payer les pertes, et moins de 35 % là où la couverture est la plus faible [1]. Dans l’étude belge, allemande, roumaine et espagnole, 59 % jugent que les pouvoirs publics devraient être responsables des pertes, et 68 % que les assureurs devraient l’être : les deux réponses ne s’excluent pas [1].

Tribune et discours : le prix en tête de liste

La tribune résume la recherche de l’institution, que sa note identifie comme le Staff Paper, en trois constats : une couverture perçue comme trop chère ou inabordable, une transparence limitée sur les coûts et l’étendue de la couverture, des attentes d’indemnisation publique qui réduisent l’incitation à acheter [3]. Elle les dit cohérents d’un État membre à l’autre, sans les classer [3] ; dans le Staff Paper, le motif placé en tête varie selon le pays [1]. Le discours cite le revenu et l’inabordabilité perçue, le manque de clarté des conditions, les expériences négatives de sinistre et les attentes d’intervention de l’État [4]. Ni chiffre ni rang dans les deux textes [3][4].

Et si les primes montaient ?

Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire

Avant d’écrire que le prix est le premier frein, précisez de quel frein vous parlez : à l’achat, la prime est souvent le facteur le plus important pour beaucoup de consommateurs [1] ; comme raison de s’en passer, dans les chiffres publiés de deux enquêtes de l’EIOPA et sans marge d’erreur, chaque motif de prix pris seul arrive en moyenne derrière le sentiment d’être à l’abri, et face au prix pris en bloc l’Eurobaromètre ne tranche pas [1][2]. Selon votre place, la lecture change :

ProfilCe que cette analyse impliqueEnjeuRéversibilité
Journaliste, analyste ou rédacteur qui cite « le prix, premier frein »Dire de quelle grandeur on parle : à l’achat, la prime compte souvent le plus pour beaucoup de consommateurs ; comme raison de non-assurance, dans les chiffres publiés de deux enquêtes de l’EIOPA et sans marge d’erreur, chaque motif de prix pris seul vient en moyenne derrière le sentiment d’être à l’abri ; pris en bloc, l’Eurobaromètre ne tranche pas [1][2]. Citer 30 % contre 19 % pour quatre pays, 24 % contre 19 % pour l’Union, sans additionner 19 % et 14 % [1][2].ModéréRéversible
Autorité ou acteur public qui envisage une aide au paiement des primesLes deux enquêtes classent des motifs déclarés ; elles ne disent pas quel effet aurait une mesure de prix sur l’achat. Le sentiment d’être à l’abri passe en moyenne devant chaque motif de prix pris seul [1][2] et, face au prix pris en bloc, l’Eurobaromètre ne tranche pas [2].CritiquePeu réversible
Assureur ou distributeurLes raisons déclarées ne se réduisent pas au prix : 15 % des personnes sans couverture ne font pas confiance à l’assureur, 10 % ignoraient qu’une telle couverture existe [2], et, dans l’étude menée en France, en Grèce, en Italie et en Suède, là où la couverture est la plus faible des quatre, moins de 35 % des répondants pensaient que leur sinistre serait payé [1].ModéréPartiellement réversible
Responsable d’un pays ou d’une régionN’appliquer à aucun pays l’ordre d’ensemble : le sentiment d’être à l’abri arrive en tête dans 13 pays, le manque de moyens dans 10, la méfiance dans 3, et l’écart tient parfois à un point (23 % contre 22 % en Irlande), sans marge d’erreur publiée [2].ModéréRéversible

Tableau 4. Lecture par profil. Sources : [1][2].

Mes réserves

  • Des écarts sans marge. Aucune des deux enquêtes ne publie de marge d’erreur, et le Staff Paper ne donne pas l’effectif de ses pourcentages de motifs [1][2]. Je donne les écarts moyens, entre pays ou entre groupes, comme l’ordre des chiffres publiés, non comme des écarts établis.
  • Ni l’Europe entière, ni des ménages. Le Staff Paper porte sur des États choisis sur critères, le Flash Eurobaromètre sur des citoyens de 18 ans et plus interrogés en ligne ; aucun des deux ne se présente comme représentatif [1][2].
  • Un autre public, un autre classement. Chez les jamais-assurés de la seconde étude, le risque jugé improbable n’arrive en tête dans aucun pays [1].
  • Pas de revenu dans l’Eurobaromètre. Aucune ventilation par revenu ou par statut de propriétaire ou de locataire : impossible de savoir si le manque de moyens pèse davantage sur les plus modestes [2].
  • Un seul producteur. Les quatre sources viennent de l’EIOPA, de sa présidente ou d’une enquête qu’elle a demandée [1][2][3][4].
  • Des chiffres sans appui net. Le 24 % attribué à la seconde étude du Staff Paper n’est imprimé dans aucune figure ni aucun tableau [1]. Le quart des pertes assurées vient d’un tableau de bord de l’EIOPA que je n’ai pas consulté [3].
  • Un indice au plancher. L’indice de preuve est posé au plus bas de l’échelle, faute d’atteindre un niveau supérieur : des enquêtes déclaratives, qui ne se présentent pas comme représentatives, n’y suffisent pas. Son libellé, « transposition non validée », ne décrit pas la nature de cette preuve.

Indice de solidité des preuves · le détail

13 / 100 · Preuves très limitées · fourchette 0-30 %

Score établi le 29 septembre 2026. Une révision ultérieure est une réévaluation datée, pas une correction masquée.

Type de preuve · 40 %Transposition non validée ou dispositif non éprouvé8
Convergence · 30 %Convergence non mesurable15
Réplication · 20 %Pas de réplication connue10
Effectif observé · 10 %Petite (100 – 1 000)35
Ce que le champ n'a pas produit

Type de preuve : des enquêtes déclaratives qui ne se présentent pas comme représentatives, qu'aucun barreau de l'échelle ISP-ASS ne qualifie. Le plancher est retenu faute de barreau qui les qualifie ; son libellé, « transposition non validée », ne décrit pas cette preuve.

Bibliographie

I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.

LinkedIn
Axel Morel

Axel Morel · Fondateur & analyste, Probans

Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.

Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.

Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.

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