Assurance · 4 juillet 2026 · mis à jour le 3 octobre 2026
Assurance et climat : un secteur solide absorbe-t-il vraiment le risque ?
Perspectives stables, capital solide : l'assurance mondiale semble tenir face au climat, et l'on en conclut vite que le risque est absorbé. Les documents publics montrent pourtant, en France, une surprime relevée pour les assurés, un réassureur public dont le résultat technique sur les catastrophes naturelles était déficitaire en 2023, et l'État garant du risque extrême. Qui paie au bout du compte, ces sources ne le chiffrent pas.
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel en 3 points
- Les mesures de solidité rassurent, mais elles portent sur le capital des assureurs. L'IAIS juge stables les perspectives du secteur pour 2026 et solides les positions de capital des assureurs non-vie [1]. Sur 18 assureurs et réassureurs écrivant surtout du non-vie, une perte catastrophe naturelle « de 1 sur 200 ans » réduirait le ratio de capital de 34 points en moyenne, de 239 % à 205 % [1].
- Le coût des catastrophes naturelles se lit dans le régime français. La surprime de l'habitation passe de 12 % à 20 % de la prime en 2025 [9][10], la CCR a dû puiser dans ses réserves pour la septième année depuis 2016 [8], et l'État apporte une garantie illimitée pour le risque extrême [9].
- Dans les projections à 2050 du test de l'ACPR, les assureurs ont eu un recours assez limité aux actions de gestion et très peu aux réallocations d'actifs, alors même que cette option leur était proposée [4]. L'ACPR avance deux explications : un scénario qu'elle juge insuffisamment adverse, et l'écart, signalé par certains assureurs, entre l'horizon 2050 du test et leur horizon de planification de trois à cinq ans [4]. Qui supporte la facture au bout du compte, ces documents ne le chiffrent pas [1][4][9][10].
Le secteur de l’assurance résiste au climat, entend-on volontiers. Les superviseurs vont dans ce sens : l’Association internationale des contrôleurs d’assurance (IAIS) juge stables les perspectives du secteur pour 2026 et prévoit que les assureurs non-vie garderont de solides positions de capital, même si la hausse des risques de catastrophes naturelles peut leur poser des défis [1]. D’où une conclusion qui paraît évidente : si le capital tient, le risque est absorbé.
Nous avons voulu vérifier ce que cette solidité dit vraiment, parce que la réponse oriente ce que chacun peut attendre : l’assuré de sa prime, l’assureur de son capital, les pouvoirs publics de leur garantie. Nous avons lu les rapports de l’IAIS, ceux de l’ACPR, le contrôleur français des banques et des assurances, ceux de la Caisse centrale de réassurance (CCR), le réassureur public du régime, et l’arrêté qui a relevé la surprime, la cotisation additionnelle que paient les assurés au titre des catastrophes naturelles.
La réponse courte
Les mesures de solidité sont rassurantes, mais elles portent sur le capital des assureurs [1]. Le coût des catastrophes naturelles se lit ailleurs : dans une surprime relevée pour les assurés [7][9], dans les déficits du réassureur public [8], dans une garantie de l’État qui couvre le risque extrême [2][9]. Qui supporte la facture au bout du compte, ces documents ne le chiffrent pas [1][4][9][10].
Un secteur qui tient
Le rapport de l’IAIS, le Global Insurance Market Report (« rapport sur le marché mondial de l’assurance », ou GIMAR), s’appuie sur deux collectes de données confidentielles couvrant la période jusqu’à fin 2024 : un suivi individuel de 57 des plus grands groupes d’assurance internationaux, venus de 18 juridictions, et un suivi agrégé du secteur, auquel 58 juridictions ont participé [1].
Son constat sur les assureurs non-vie : ils gardent de solides positions de capital, soutenus par un marché de la réassurance résilient, c’est-à-dire par des acteurs auxquels une partie du risque est transférée [1][4].
Un test chiffre ce que vaut ce soutien. Sur 18 assureurs et réassureurs écrivant surtout du non-vie, une perte catastrophe naturelle « de 1 sur 200 ans » réduirait le ratio de capital de 34 points en moyenne, de 239 % à 205 % (de 4 à 70 points selon l’organisme) ; sans réassurance, la baisse serait de 64 points en moyenne [1]. Après réassurance, cette perte extrême ne vaut plus en moyenne que 53 % de la perte brute, et le rapport en tire l’importance d’un marché mondial de la réassurance fonctionnel [1]. Pour les pertes moyennes, la part nette est plus forte : 70 % de la perte brute [1].
Ces 18 organismes ne sont pas nommés et le rapport ne les ventile pas par pays [1]. Le test mêle aussi les périls : en moyenne 35 % de l’exposition catastrophe mesurée vient des séismes, que le changement climatique ne devrait pas modifier de façon significative [1].
Reste la crainte d’un retrait des assureurs. Le rapport la formule au conditionnel, puis la mesure : de 2019 à 2024, 77 % des variations annuelles de l’exposition catastrophe agrégée restent sous 10 %, seules 12 % sont des baisses de plus de 20 %, et 91 % des variations annuelles du niveau de réassurance restent sous 10 % [1]. Sa conclusion : une couverture agrégée globalement stable, avec des changements qui peuvent être plus marqués dans les zones les plus risquées [1].
Quant à l’écart de protection, la part des pertes qui n’est pas assurée [2], ce rapport ne le chiffre pas : il renvoie à une édition spéciale distincte [1], que l’IAIS date de novembre 2025 et qui examine comment des écarts croissants pourraient accroître les risques pour la stabilité financière [6].
Le rapport signale enfin que 14 membres de l’IAIS déclarent des partenariats public-privé contre le risque de catastrophe, et que 5 autres en préparent : assurances obligatoires pour certains périls météorologiques en partie subventionnées par l’État, régimes de réassurance adossés à des garanties d’État [1]. Aucun pays n’est nommé [1].
Le circuit de la surprime
En France, la garantie contre les catastrophes naturelles, dite CatNat (pour « catastrophe naturelle »), n’est jamais vendue à part : elle est toujours incluse dans des contrats d’assurance de biens [4]. Le régime partage le risque entre assurés, assureurs, réassureur public et État, avec une surprime dont le taux, fixé par catégorie de contrat, ne dépend pas de l’exposition de chacun [9][10].
Un papier d’analyse de l’Institut pour la stabilité financière (FSI) de la Banque des règlements internationaux (BRI), qui n’engage pas l’institution, décrit la mécanique [2]. Les régimes à primes prescrites comme le régime français ne différencient pas, ou seulement en partie, les assurés selon leur niveau de risque : les pertes sont mutualisées, par subventions croisées entre assurés [2]. La CCR, détenue à 100 % par l’État, ne cède pas ses risques au marché de la réassurance et bénéficie d’une garantie illimitée de l’État : le risque extrême est donc couvert par le secteur public [2]. Le même papier ne relève qu’un seul recours à cette garantie depuis 1982, en 2000, pour les pertes de 1999 [2].
Le 22 décembre 2023, un arrêté remplace trois taux de la surprime : 6 % par 9 %, 0,5 % par 0,75 % et 12 % par 20 %, sans nommer les contrats concernés [7]. Publié le 28 décembre 2023, il entre en vigueur le 1er janvier 2025, pour les contrats conclus ou renouvelés à partir de cette date [7]. La CCR, qui opère le régime et avait appelé cette hausse de ses vœux, y voit une « très bonne nouvelle » [8].
Au 1er janvier 2025, selon le schéma de financement de la CCR, la surprime se présente ainsi :
| Contrat | Surprime au 1er janvier 2025 |
|---|---|
| Assurance habitation des particuliers | 20 % de la prime |
| Assurance vol et incendie auto des particuliers | 9 % de la prime |
| Assurance des biens professionnels | 20 % de la prime |
Tableau 1. Surprime catastrophes naturelles selon le schéma de la CCR. Source : [9].
Le circuit, tel que la CCR le dessine, tient en quelques gestes. Les assureurs encaissent la surprime auprès des assurés et en reversent au moins la moitié à la CCR dans le cadre de leurs traités ; la CCR prend en charge 50 % des sinistres, et 100 % au-dessus d’un seuil ; l’État apporte sa garantie illimitée en cas de sinistralité extrême, en contrepartie d’un versement de 10,8 % des primes de réassurance, et intervient quand la sinistralité annuelle à la charge de la CCR dépasse 90 % de ses réserves [9].
La CCR sort d’années difficiles. En 2023, son résultat technique sur les catastrophes naturelles est de −112 M€ et sa sinistralité courante, 1 029 M€, dépasse les primes perçues ; pour la septième année depuis 2016, elle a dû puiser dans ses réserves [8]. La hausse doit lui permettre de reconstituer des réserves dès son entrée en vigueur, mais elle ne pourra commencer à le faire qu’à partir de fin 2025, quand les renouvellements de contrats auront intégré l’augmentation. Selon la CCR, dans son rapport d’activité, il faudra encore ajouter à l’horizon 2050 quelques points de pourcentage pour tenir compte du réchauffement [8].
Jusqu’où l’État risque-t-il d’être appelé ? En mars 2024, la CCR estimait à environ 15 % la probabilité de l’appeler en garantie en 2024, et se disait capable de faire face à 1,8 Md€ de sinistralité à sa charge, et jusqu’à 3,5 Md€ à l’échelle du marché, sans cet appel [8]. Son rapport de durabilité donne 13 % pour 2024 et 8 % pour 2025, avec un seuil d’intervention de 1 784 M€ puis de 1 903 M€ [9]. Le papier de la BRI reprend le 15 % en citant la CCR [2].
Ces chiffres sont des calculs, pas des constats : la CCR définit cette probabilité comme un indicateur actuariel et prospectif, la chance que la sinistralité annuelle dépasse le seuil d’intervention, fixé à 90 % de ses réserves dédiées au régime [9].
Pour un ménage, l’Observatoire de l’assurabilité des risques naturels, conduit par la CCR à la demande des ministres, chiffre ainsi la charge : jusqu’à fin 2024, la prime catastrophes naturelles coûtait entre 10 et 50 € par an et par habitation selon le contrat, soit entre 0,04 % et 0,2 % du revenu médian annuel d’un ménage français ; à compter de 2025, avec la hausse de la surprime de 12 à 20 %, elle devrait en représenter entre 0,06 % et 0,3 % [10].
Un choc qui vient des marchés
En mai 2024, l’ACPR a publié les résultats de son second test de résistance climatique des assureurs. L’exercice repose sur le volontariat et sur une approche « bottom-up » : l’ACPR fournit les hypothèses et les scénarios, les organismes évaluent l’effet sur leurs bilans [4]. Quinze groupes, soit 22 entités représentant 90 % du total de bilan des assureurs français, y ont participé, contre 75 % lors de l’exercice pilote [4]. Tous les chiffres sont des projections sous scénario [4].
À court terme, dans un bilan statique, c’est-à-dire sans que les assureurs puissent agir pour atténuer les chocs, le ratio de couverture du SCR, qui mesure la capacité de couverture de l’exigence de capital, passe de 230 % fin 2022 à 170 % fin 2027, soit 60 points [4]. Le choc le plus lourd vient des marchés : les chocs financiers pénalisent le plus la solvabilité, avec une baisse de 28 % des fonds propres en 2025 par rapport à un scénario de référence sans changement climatique, et une perte de valeur des placements de l’ordre de 13 % [4]. La composante purement climatique, sécheresse et inondation, pèse bien moins sur le bilan que le choc financier [4].
Côté sinistres, la sinistralité catastrophes naturelles du scénario adverse, le plus défavorable, dépasse celle de la référence de 86 % en 2023, de 128 % en 2024 et de 141 % en 2025, année d’une rupture de barrage, événement peu probable mais possible, soit 3,51 Md€ de plus cette année-là, sur 13 organismes [4].
La réassurance transfère du risque sans suffire à compenser cette sur-sinistralité : dans le scénario adverse, le résultat technique catastrophes naturelles reste très dégradé, de l’ordre de −239 % des primes en moyenne en 2025, et il est déjà négatif dans le scénario de référence [4]. La part des prestations payées par les réassureurs passe de 58 % en 2023 à 43 % en 2025, alors que la part des primes qui leur sont cédées reste autour de 60 % [4]. En 2050, la réassurance fait passer le résultat technique de −1,81 Md€ à −1,43 Md€ [4].
Les organismes ont, dans leur grande majorité, choisi de ne pas réviser leur politique de réassurance, et les participants ne prévoient aucune difficulté particulière à se réassurer à l’horizon 2025 ; l’ACPR juge que la question du transfert de risque « reste donc à creuser » [4].
À court terme, dans ce bilan statique, les primes projetées par les assureurs restent en général très stables, notamment parce que la part de la prime catastrophes naturelles dans la prime d’assurance est fixée par arrêté ministériel [4]. La hausse de la surprime, décidée en décembre 2023 pour janvier 2025, n’entre pas dans les hypothèses de l’exercice, conçu avant [4].
Dans les projections, le risque extrême grossit
À l’horizon 2050, en France métropolitaine (13 organismes, sans l’outre-mer), la sinistralité des branches qui entrent dans le calcul de la contribution au régime catastrophes naturelles augmente de 105,3 % entre 2022 et 2050 dans le scénario adverse, et dépasse de 42 % en 2050 celle du scénario de référence [4]. Les montants de long terme sont en euros courants [4].
Cette hausse ne vient pas que de l’aggravation des risques physiques. L’ACPR la décompose sur un périmètre qui couvre 86 % de la sinistralité du scénario adverse en 2050 [4]. Sur ce périmètre, un peu plus de la moitié de la hausse entre 2022 et 2050 (51 %, soit 1,1 Md€ sur 2,1 Md€) vient de l’aléa, le reste de l’inflation et de l’augmentation des valeurs assurées ; en 2050, l’écart entre scénario adverse et référence y vaut 40,2 %, et 96 % de cet écart est dû à l’aléa [4].
Le papier de la BRI regarde un autre objet : des pertes assurées observées, qui ont augmenté en moyenne de 3,9 % par an, et dont le changement climatique n’expliquerait à ce jour qu’une plus petite part, même si l’on ne peut exclure que les modèles sous-estiment son impact actuel [2]. Dans la décomposition qu’il reprend de Swiss Re pour les orages aux États-Unis, après correction de l’inflation générale (2,2 %), la hausse des valeurs exposées est le principal moteur des pertes (2,3 %) [2].
Dans les projections à 2050, l’année extrême grossit plus vite que l’année moyenne. La sinistralité de période de retour 50 ans, celle d’un événement attendu une fois en cinquante ans, représente 7 fois la perte moyenne annuelle en 2022 et 9 fois en 2050 ; sa hausse (+168 %) dépasse celle de la sinistralité moyenne (+105 %), et ajuster les primes sur la sinistralité moyenne ne suffit pas à contenir la hausse de la sinistralité extrême [4].
Dans les départements les plus touchés, la sinistralité serait multipliée par 2 à 5 et les primes augmenteraient de 130 à 200 % sur 30 ans pour couvrir ces pertes, l’inflation étant incluse dans la variation des primes [3][4]. Ces deux fourchettes ne figurent qu’à un seul endroit du rapport [4].
Peu de décisions envisagées dans l’exercice
À long terme, les assureurs pouvaient adapter leur activité et leur bilan, ce que le test appelle l’hypothèse de « bilan dynamique » [4]. Ils y ont peu recouru : un recours assez limité aux actions de gestion, comme les réallocations géographiques, l’arrêt de couvertures dans les zones les plus exposées ou un changement de structure du bilan, et très peu aux réallocations d’actifs, alors que l’option leur était proposée [4].
L’ACPR avance deux explications. Le scénario de « transition tardive » reste insuffisamment adverse pour provoquer des changements de stratégie ou une prise de conscience, et conduit sans doute à sous-estimer les impacts. Et certains assureurs indiquent que l’écart entre l’horizon 2050 du test et leur horizon habituel de planification, de trois à cinq ans, rend difficile d’intégrer les risques climatiques dans leurs décisions, d’où le peu de décisions de gestion envisagées [4].
Le test mesure aussi, pour la première fois, le risque d’inassurabilité : le fait que certains biens ne puissent pas être couverts à cause de primes trop élevées. Il le mesure à l’aide d’un questionnaire d’auto-évaluation et d’une part de contrats résiliés au-delà d’un seuil fixé pour l’occasion par l’ACPR [3][4].
Sur les 15 assureurs concernés par l’assurance dommage, 2 trouvent un taux de résiliation non négligeable, 6 un taux nul ou négligeable, les autres n’ont pas fait le calcul ; le taux maximal en 2050 atteint 7,15 % dans les Côtes-d’Armor [4]. Au questionnaire, 12 des 13 organismes citent la hausse et l’ajustement tarifaire, dont 3 avec relèvement des franchises, et 6 pratiquent une exclusion en cas de forte exposition, contre 7 qui n’en pratiquent aucune [4]. L’ACPR précise que ce constat ne traduit en aucun cas un désengagement massif du secteur et qu’un contrat résilié n’est pas un bien inassurable ; elle conclut qu’un risque d’inassurabilité « pourrait effectivement émerger, si ces tendances se confirmaient » [4].
Certains assureurs appliquent déjà des politiques tarifaires dépendantes des risques encourus et de possibles exclusions géographiques [3].
Inertie ou prudence ?
Sur les horizons longs, rappelle l’IAIS, les actions de gestion seront un moteur principal des impacts mais sont très difficiles à prévoir [5]. Un article de marque publié sous le nom de Moody’s écrit que les scénarios climatiques ne doivent pas être traités comme des prévisions, et que les modèles fins requis pour l’ORSA, l’évaluation interne des risques et de la solvabilité (Own Risk and Solvency Assessment), ou pour les tests de capital peuvent être de valeur limitée pour l’allocation d’actifs [12]. Les faibles réallocations du test sont des réponses à un exercice, pas un comportement observé sur des portefeuilles réels [4]. La hausse de la surprime, elle, reste un fait quelle que soit la lecture retenue [7].
Les horizons, eux, ne s’accordent pas. L’IAIS conseille, dans un document d’application qui ne crée aucune exigence, que l’analyse de scénarios climatiques de l’ORSA dépasse les cycles de planification de trois à cinq ans, et note qu’un assureur non-vie peut fonder sa tarification sur un horizon d’un à cinq ans [5]. Côté contrôle, l’ACPR a mené en 2025 sa première inspection sur place d’un groupe d’assurance consacrée à la gestion des risques de durabilité [11].
Jusqu’où le partage peut aller
La CCR nomme elle-même deux risques structurants pour la soutenabilité du régime. Le premier est une hausse non anticipée de la fréquence et de l’intensité des sinistres. Le second, une progression des sinistres si les critères techniques n’étaient pas appliqués de manière homogène et rigoureuse [9]. Elle recommande, à terme, des révisions progressives de la surprime après une première phase d’ajustement [9]. Le communiqué de l’Observatoire annonce une réévaluation quinquennale de la surprime, pour adapter régulièrement le régime à la sinistralité et assurer une juste répartition de la charge entre les assurés, notamment entre entreprises et particuliers [10].
Sur les trente dernières années, les sinistres des particuliers représentent 79 % de la sinistralité et seulement environ 50 % des primes encaissées [10].
Le papier de la BRI décrit une réforme du régime français commandée par le gouvernement. Les propositions comprennent le maintien du principe de solidarité des primes, le relèvement de la surcharge et son indexation sur un indice à définir, et la réduction de l’aléa moral par un relèvement possible des franchises [2]. Un système est exposé à l’aléa moral quand une assurance obligatoire mutualise le risque sans primes ajustées au risque et sans inciter à le réduire [2]. En général, ses auteurs jugent que les régimes publics paraissent plus durables quand ils intègrent la réduction du risque et une assurance obligatoire, et que la réassurance seule ne suffit pas à garantir la disponibilité et l’accessibilité financière de la couverture climatique [2].
En 2025, l’ACPR a souligné que les efforts de prévention et l’accompagnement des assurés restent insuffisants [11].
L’IAIS décrit, en termes généraux et au conditionnel, comment le coût peut glisser. Les assureurs retarifieraient probablement leurs produits, d’où une baisse possible de la disponibilité ou de l’accessibilité financière des couvertures ; des écarts croissants pourraient contraindre les gouvernements à jouer un rôle plus direct d’« assureur de dernier ressort », avec une pression budgétaire supplémentaire ; et des décisions logiques pour chaque assureur, retarifier, réduire ou retirer une couverture, peuvent ensemble creuser d’importants écarts de protection [5].
L’Observatoire apporte un premier contrepoids. Il porte sur l’assurance habitation des maisons individuelles, environ 19 millions de contrats, avec les données 2022 de 41 assureurs couvrant plus de 90 % du marché [10]. Aucune commune ne présente une absence préoccupante d’assureurs, et il n’existe pas, à ce jour, de retrait généralisé des assureurs des zones à risque [10]. En métropole, 97,7 % des communes (33 983 sur 34 794) sont dans la classe la plus favorable, 568 dans la suivante et 243 en jaune ; outre-mer, les 92 communes étudiées sont toutes classées en jaune [10]. Au total, 903 communes, environ 2,6 %, ressortent en tension [10]. Dans les communes où les sinistres dépassent 90 % des primes collectées au titre du régime, il y a légèrement moins d’assureurs, ce qui, « bien que modeste », pourrait indiquer un début de désengagement, non critique à ce stade [10].
Ce rapport est conduit par la CCR, l’opérateur du régime, qui y voit l’apport du régime CatNat au bon fonctionnement du marché [10]. Il mesure la présence des assureurs, pas les prix : il exclut l’analyse des prix des contrats et de la surprime, n’a conduit aucune analyse temporelle et n’a pas pu mesurer le taux de non-assurance [10].
Trois mesures éclairent le sujet, sur des échelles qui ne se superposent pas :
| Mesure | Ce qu’elle mesure | Périmètre | Horizon |
|---|---|---|---|
| GIMAR, IAIS [1] | Capital des assureurs, exposition catastrophe et réassurance agrégées | 57 grands groupes internationaux, 58 juridictions | Données jusqu’à fin 2024 |
| Test de résistance, ACPR [4] | Projections de bilans sous scénarios | 15 groupes (22 entités), 90 % du total de bilan des assureurs français | Court terme (fin 2027) et 2050 |
| Observatoire, CCR [10] | Présence des assureurs, commune par commune | Assurance habitation des maisons individuelles, 41 assureurs | Données 2022, sans analyse dans le temps |
Tableau 2. Trois mesures, trois échelles. Sources : [1][4][10].
Ce que la CCR range côte à côte
Parmi les impacts de son propre engagement, la CCR classe l’augmentation des primes d’assurance pour les assurés, du fait de la surprime, du côté des impacts négatifs, et la préservation des ressources de l’État, par un recours limité à sa garantie, du côté des impacts positifs, sans relier les deux [9]. Elle ne chiffre pas l’impact sur les assurés [9].
Des relais qui vont plus loin
Les relais du test de l’ACPR et du GIMAR vont plus loin que leurs sources. Le cabinet Forvis Mazars, qui commente le test, déclare que toutes ses illustrations viennent du rapport de l’ACPR et présente sa propre démarche pour intégrer ces risques dans l’ORSA ; il écrit que la hausse de primes de 130 à 200 % « confirme l’existence d’un risque d’inassurabilité significatif », et parle de « 2 à 5 organismes » et de 7,5 % de résiliations au maximum [13]. Le rapport de l’ACPR compte 2 organismes, un maximum de 7,15 % et un risque qui « pourrait effectivement émerger, si ces tendances se confirmaient » [4].
Un résumé secondaire du GIMAR écrit que le rapport montre un secteur « financièrement solide et résilient » et que l’IAIS juge « une sérieuse préoccupation » l’écart croissant entre pertes assurées et non assurées ; ces formules ne figurent pas dans le rapport [14][1]. Le rapport parle, lui, de solides positions de capital, soutenues par un marché de la réassurance résilient [1].
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Avant de conclure qu’un secteur solide absorbe le risque, regardez ce que la mesure sous vos yeux mesure vraiment : le capital des assureurs [1], des projections de bilans sous scénario [4], ou la présence des assureurs sur le terrain [10]. Aucune de ces trois mesures ne dit qui supporte la facture au bout du compte [1][4][10]. Selon votre place, la lecture change :
| Profil | Ce que cette analyse implique | Enjeu | Réversibilité |
|---|---|---|---|
| Direction technique et actuariat (assureur non-vie) | Dans le scénario de court terme de l’ACPR, le choc financier pèse davantage que la sinistralité sur le ratio de couverture ; dans l’exercice, la réassurance ne suffisait pas à compenser la sur-sinistralité ; dans les projections à 2050, ajuster les primes sur la sinistralité moyenne ne suffit pas à contenir la hausse de la sinistralité extrême [4]. | Modéré | Partiellement réversible |
| Direction des risques et gestion actif-passif | La surprime est entrée en vigueur le 1er janvier 2025, la CCR estime qu’il faudra encore ajouter quelques points de pourcentage à l’horizon 2050 et une réévaluation quinquennale est annoncée [7][8][10] ; le test de l’ACPR, conçu avant la hausse, ne la compte pas dans ses hypothèses [4]. | Modéré | Réversible |
| Direction générale et comité exécutif | Le capital solide des assureurs non-vie [1] ne dit pas qui supporte le coût : le régime français repose sur une surprime relevée et une garantie de l’État pour le risque extrême [2][9], et l’IAIS décrit, au conditionnel, une pression budgétaire possible sur les gouvernements si les écarts de protection se creusent [5]. | Critique | Partiellement réversible |
| Investisseur institutionnel exposé au secteur | Les ratios de capital d’aujourd’hui [1] et les projections de l’ACPR ne disent pas la même chose : dans le scénario de court terme de l’ACPR, le choc financier pèse plus que le choc climatique ; à l’horizon 2050, les assureurs ont très peu recouru aux réallocations d’actifs [4] ; un article de marque rappelle que les scénarios ne sont pas des prévisions [12]. | Modéré | Réversible |
| Régulateur et pouvoirs publics | Le taux n’est pas le seul levier : le papier de la BRI cite le relèvement possible des franchises et la réduction du risque [2], l’ACPR juge insuffisants les efforts de prévention et l’accompagnement des assurés [11], et la CCR recommande des révisions progressives de la surprime [9]. | Critique | Réversible |
Tableau 3. Lecture par profil. Sources de la colonne « Ce que cette analyse implique » : [1][2][4][5][7][8][9][10][11][12]. Enjeu et réversibilité : appréciation de l’auteur, non tirée des sources.
Mes réserves
- Des sources qui jugent leur propre régime. La CCR, qui fournit le circuit de financement, les probabilités d’intervention de l’État et l’Observatoire, est l’opérateur du régime qu’elle décrit [8][9][10]. L’article de marque publié sous le nom de Moody’s est un texte commercial [12], et le cabinet qui commente le test de l’ACPR présente sa propre démarche [13].
- Des échelles qui ne se superposent pas. Le test de choc du GIMAR porte sur 18 organismes non nommés, sans ventilation par pays, et le rapport n’analyse pas la France [1] ; le test de l’ACPR repose sur la participation volontaire de 15 groupes [4] ; l’Observatoire porte sur les maisons individuelles en 2022 [10].
- Des projections, pas des constats. Tous les chiffres du test de l’ACPR sont des projections sous scénario, et les probabilités d’intervention de l’État sont des calculs de la CCR [4][9].
- Des chiffres qui se ressemblent. Les 34 points du GIMAR et les 34 % cités par le papier de la BRI viennent d’échantillons différents [1][2] ; les 60 points du test de l’ACPR reçoivent deux descriptions dans le rapport, une évolution entre 2022 et 2027 et un écart entre scénarios en 2027 [4].
- Une édition spéciale non relevée. L’édition spéciale du GIMAR sur les écarts de protection, publiée en novembre 2025, n’est pas relevée ici : aucun de ses chiffres n’est repris [6].
- Un champ borné. Je n’ai relevé ni les publications des réassureurs privés, ni celles des agences de notation ; les seuls textes d’acteurs privés sont l’article de marque de Moody’s et la note du cabinet Forvis Mazars [12][13].
Lexique
- SCR· Solvency Capital Requirement / capital de solvabilité requis↗
- Capital réglementaire qu'un assureur doit détenir pour absorber un choc à horizon un an sous Solvabilité II. Le ratio de couverture du SCR rapporte les fonds propres disponibles à ce montant ; le seuil réglementaire minimal est de 100 %. En dessous, l'assureur est en situation de non-conformité réglementaire.
- CatNat· Régime d'indemnisation des catastrophes naturelles↗
- Dispositif légal français d'indemnisation des sinistres causés par des phénomènes naturels d'intensité anormale (inondations, sécheresse, submersion marine…). Repose sur une surprime obligatoire adossée aux contrats multirisque habitation et professionnel, réassurée par la Caisse centrale de réassurance (CCR) avec garantie illimitée de l'État.
- Protection gap· écart de couverture assurantielle↗
- Écart entre les pertes économiques totales causées par un sinistre (catastrophe naturelle, événement climatique) et la part effectivement couverte par une assurance. Un protection gap élevé signifie que la majorité du coût est supportée directement par les ménages, les entreprises ou les États plutôt que mutualisée via le secteur assurantiel.
- GIMAR· Global Insurance Market Report↗
- Rapport annuel de l'IAIS (Association internationale des superviseurs d'assurance) agrégeant les données de suivi des risques des 57 plus grands groupes d'assurance internationaux, représentant plus de 90 % des primes brutes émises dans le monde. Couvre la solvabilité, la liquidité, la rentabilité et le risque systémique du secteur.
- ORSA· Own Risk and Solvency Assessment↗
- Évaluation interne des risques et de la solvabilité, obligation réglementaire au titre de Solvabilité II. Chaque assureur doit y documenter sa propre appréciation des risques auxquels il est exposé, y compris les risques climatiques et de durabilité, et vérifier que sa capitalisation reste adéquate dans ses scénarios propres.
- Risque d'inassurabilité↗
- Situation dans laquelle le coût ou la fréquence d'un risque rend sa couverture assurantielle économiquement non viable pour l'assureur ou l'assuré. L'ACPR a mesuré pour la première fois ce risque dans son stress-test 2023-2024, avec une forte disparité selon les aléas (sécheresse, submersion marine, inondation) et les zones géographiques.
Indice de solidité des preuves · le détail
32 / 100 · Preuves limitées · fourchette 31-55 %
Score établi le 29 août 2026. Une révision ultérieure est une réévaluation datée, pas une correction masquée.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.
Modification apportée · mis à jour le 3 octobre 2026
- Pièce reconstruite en entier à partir des documents sources eux-mêmes, relevés intégralement : rapports de l'IAIS et de l'ACPR, arrêté du 22 décembre 2023, publications de la CCR.
- Le titre pose la question de départ, un secteur solide absorbe-t-il le risque ?, et le chapô y répond.
- Les trois taux de la surprime, issus de l'arrêté et du schéma de financement de la CCR, remplacent le seul passage de 12 % à 20 %.
Voir les 26 autres
- Les probabilités d'intervention de l'État sont présentées comme des calculs prospectifs de la CCR, et non comme des constats.
- Retirés : le simulateur de choc sur le ratio SCR, les trois figures, le suivi à deux cadrans, la cartographie des producteurs concurrents et la recommandation de différer toute réallocation d'actifs, que les documents sources ne portent pas.
- Ajoutés : le rapport technique complet de l'ACPR, les rapports de la CCR (durabilité, Observatoire de l'assurabilité) et l'Application Paper de l'IAIS, cités avec leur périmètre.
- L'indice de solidité de la preuve est posé à nouveau sur ces relevés, à la date de cette reconstruction, et abaissé : la thèse sur qui paie repose sur des documents de l'opérateur du régime et sur un arrêté, pas sur un exercice du superviseur, et les trois mesures, sur des échelles qui ne se superposent pas, ne permettent pas de mesurer une convergence.
- Le sous-titre écrivait « un réassureur public déficitaire » : les sources relevées portent un résultat technique sur les catastrophes naturelles déficitaire en 2023, pas un résultat d'ensemble.
- Le résumé écrivait que, dans le test de l'ACPR, « savoir le risque change peu les décisions envisagées » : le test ne compare pas une situation où le risque est connu à une autre ; il est remplacé par le constat et les deux explications de l'ACPR.
- Le corps écrivait que les primes ne différencient pas les assurés selon leur risque : le papier cité écrit « pas du tout ou seulement en partie » pour les régimes à primes prescrites.
- Le tableau par profil prêtait à la CCR une hausse prévue d'ici 2050 : c'est une estimation de la CCR, le taux étant fixé par arrêté.
- Le tableau par profil présentait comme des constats, pour les directions techniques, des résultats du test de l'ACPR : ce sont des sorties de scénario, désormais rattachées à l'exercice.
- Le corps donnait la part de l'aléa dans la hausse de la sinistralité (51 %, 1,1 Md€ sur 2,1 Md€) sans son périmètre : la décomposition de l'ACPR couvre 86 % de la sinistralité du scénario adverse en 2050, et non l'ensemble de la sinistralité des 13 organismes sur laquelle porte la hausse de 105,3 %.
- Un intertitre affirmait que les assureurs savent sans agir : le test ne porte que des décisions envisagées dans un exercice.
- Un intertitre et une phrase prêtaient à la CCR le rapprochement entre la hausse des primes pour les assurés et la préservation des ressources de l'État : la CCR classe ces deux impacts côte à côte sans les relier ; y lire un déplacement du coût est notre interprétation.
- Le tableau par profil donnait les colonnes enjeu et réversibilité sous une légende de sources : ces deux colonnes sont une appréciation de l'auteur, non tirée des sources, et la légende le dit.
- Le corps écrivait que le papier de la BRI « va dans le même sens » que la décomposition de l'ACPR : l'un porte sur des pertes assurées observées et attribue au climat une plus petite part de leur hausse, l'autre sur une projection française à 2050 où l'aléa en explique un peu plus de la moitié ; les deux mesures sont désormais présentées séparément.
- Le tableau par profil rattachait aux projections de 2050 la prédominance du choc financier, que le test de l'ACPR établit pour le seul scénario de court terme.
- Notre calcul de 47 % portait, sans le dire, sur la perte extrême à 1 sur 200 ans ; pour les pertes moyennes, la part nette est de 70 %, désormais donnée.
- Le corps parlait d'un « taux de surprime unique » : le taux est fixé par catégorie de contrat.
- La phrase « l'assuré paie d'abord, la CCR amortit, l'État garantit le pire » effaçait les assureurs et posait un ordre qu'aucune source n'établit : elle devient une image de l'auteur, assureurs compris.
- Les « quelques points de pourcentage » à ajouter d'ici 2050 sont une estimation de la CCR, désormais attribuée.
- La stabilité des primes projetées à court terme est rattachée à sa cause, la part fixée par arrêté.
- Retirés : l'intégration des plans de durabilité aux rapports ORSA, qui relève de projets de normes non publiés, et une reprise par le papier de la BRI de l'enquête de l'ACPR, présentée comme un constat distinct.
- Le corps écrivait que le document de l'IAIS « ne cite pas la France » : il cite le test de l'ACPR.
- Le corps donnait les 903 communes en tension à côté d'une part de communes métropolitaines : les 92 communes d'outre-mer étudiées, toutes classées en jaune, sont désormais distinguées de la métropole.
- Le jugement « le commentaire force le trait » visait aussi la formule de résilience, proche de celle du rapport : il est limité à ce que le rapport n'écrit pas.
- Des sorties de scénario à 2050 étaient écrites au présent : elles sont rattachées aux projections.
- Le résumé écrivait, sans horizon, que dans le test de l'ACPR les assureurs avaient peu recouru aux actions de gestion et que l'option leur était pourtant proposée : ce constat ne vaut que pour les projections à 2050, le volet de court terme ne laissant aux assureurs aucune action possible ; le résumé le borne désormais à ces projections.

Axel Morel · Fondateur & analyste, Probans
Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
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