Quatre parts de freins : Deloitte classe-t-il le work design ?
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel
Non : la page n'énonce aucun classement des quatre freins. Elle les écrit de la plus forte part à la plus faible, sans aucun mot qui les classe entre elles. Elle range le « lack of work design » parmi ses « Other top barriers », sans le qualifier de premier ni de dernier. Ce communiqué de presse publie quatre parts associées à des freins, dans une phrase qui ne ferme pas la liste (« Other top barriers include ») ; il n'emploie aucun mot qui ordonne les quatre parts entre elles (« highest », « lowest », « No. 1 »…), et les trois dernières sont toutes introduites comme « Other top barriers ». Que la part du « lack of work design », 39 %, soit la plus faible des quatre parts publiées est un recalcul de cette pièce, non un énoncé de Deloitte.
- Aucun classement énoncé par la page, seulement un ordre d'écriture. Les valeurs sont écrites de la plus forte à la plus faible (51, 47, 41, 39) ; la page introduit les trois dernières comme « Other top barriers » et ne qualifie aucune des quatre de plus ou moins importante que les autres.
- Une liste qui reste ouverte. La page ne dit ni combien de freins ont été proposés ou mesurés, ni si plusieurs réponses étaient possibles, ni qui est le sujet de « 51% report ».
- Une thèse, aucune mesure d'effet. La page fait du work design sa thèse et publie 39 % pour le « lack of work design » cité comme frein : elle ne mesure aucun effet du work design sur le rendement de l'IA.
Non : la page n’énonce aucun classement des quatre freins. Elle les écrit de la plus forte part à la plus faible, sans aucun mot qui les classe entre elles. Elle range le « lack of work design » parmi ses « Other top barriers », sans le qualifier de premier ni de dernier. Ce communiqué de presse publie quatre parts associées à des freins, dans une phrase qui ne ferme pas la liste (« Other top barriers include ») ; il n’emploie aucun mot qui ordonne les quatre parts entre elles (« highest », « lowest », « No. 1 »…), et les trois dernières sont toutes introduites comme « Other top barriers ». Que la part du « lack of work design », 39 %, soit la plus faible des quatre parts publiées est un recalcul de cette pièce, non un énoncé de Deloitte.
- Aucun classement énoncé par la page, seulement un ordre d’écriture. Les valeurs sont écrites de la plus forte à la plus faible (51, 47, 41, 39) ; la page introduit les trois dernières comme « Other top barriers » et ne qualifie aucune des quatre de plus ou moins importante que les autres.
- Une liste qui reste ouverte. La page ne dit ni combien de freins ont été proposés ou mesurés, ni si plusieurs réponses étaient possibles, ni qui est le sujet de « 51% report ».
- Une thèse, aucune mesure d’effet. La page fait du work design sa thèse et publie 39 % pour le « lack of work design » cité comme frein : elle ne mesure aucun effet du work design sur le rendement de l’IA.
Un communiqué de presse, non un rapport
Le document est un communiqué de presse de Deloitte US, émis à New York et daté du 27 octobre 2025. Son titre affiché est « Deloitte: Work Design Essential to Realize AI Return on Investment ». Son sous-titre annonce un « report » Humans x Machines que la page ne reproduit pas.
Les métadonnées du HTML portent une date de publication du 27 octobre 2025 et une date de modification du 16 janvier 2026. Le texte lu ici est celui en ligne le 29 septembre 2026, pas nécessairement celui du 27 octobre 2025, et la page ne dit pas ce qui a été modifié.
Une section, « Unlock value with Deloitte’s Work Design solutions », présente l’offre de conseil de l’émetteur, la « Work Design Suite », déclinée en trois offres nommées. Le même communiqué publie donc les chiffres et présente l’offre. La page ne formule aucun intérêt ni conflit d’intérêts, et cette pièce n’en tire aucune conclusion sur les chiffres.
L’enquête tient en une phrase
La section « View from the C-suite » décrit l’enquête en une phrase : « A recent Deloitte survey of C-suite leaders at companies with more than 5,000 employees reinforces the need for a Humans × Machines approach: ».
La page ne donne ni effectif, ni période de terrain, ni pays, ni mode de collecte, ni libellé de question, ni nombre de réponses. Elle ne nomme pas l’enquête. « 5,000 » est la taille des entreprises visées, non celle de l’échantillon, et « recent » n’est pas daté.
Quatre parts publiées, sans classement énoncé
Une seule puce, « Leadership misalignment: », publie les quatre parts : « 51% report that leadership/strategic misalignment is a barrier to realizing value from AI at scale. Other top barriers include limitations of technology integration (47%), workforce readiness (41%), and a lack of work design (39%). »
| Frein, libellé de la page | Part |
|---|---|
| leadership/strategic misalignment | 51 % |
| limitations of technology integration | 47 % |
| workforce readiness | 41 % |
| a lack of work design | 39 % |
Tableau 1. Les quatre parts de la puce « Leadership misalignment: », dans l’ordre d’écriture. Le libellé est celui de la page, non traduit : elle n’en définit aucun. Source : « View from the C-suite ».
Le 51 % porte l’énoncé « a barrier to realizing value from AI at scale ». Les trois autres parts sont introduites par « Other top barriers include », et la page ne dit pas si la portée « at scale » s’étend à elles.
La page n’emploie aucun des mots « rank », « order », « lowest », « least », « highest », « biggest », « main obstacle », ni « No. 1 » ou « number one ». Le seul « top » du corps est dans « Other top barriers include ». La page n’énonce aucun classement : les parts y sont écrites dans l’ordre décroissant, et la puce porte l’intitulé « Leadership misalignment: », qui précède le premier frein, « leadership/strategic misalignment ».
Elle ne dit pas non plus qui est le sujet de « 51% report », ni si les quatre parts ont la même base. La section parle de « C-suite leaders » en introduction, alors que les deux puces précédentes parlent de « surveyed organizations ». Cette pièce ne choisit pas entre les deux : elle cite « 51% report » sans lui donner de sujet.
Ce que le recalcul ajoute, et ce qu’il n’établit pas
Parmi les quatre parts publiées, 39 % est la plus faible : 51 − 39 = 12 points, 47 − 39 = 8, 41 − 39 = 2. Cet énoncé est borné aux quatre parts que la page publie, dans une liste ouverte. Il ne fait pas du work design le dernier frein ni le moins cité de l’enquête.
Les quatre parts somment à 178 : elles ne forment pas une répartition à 100. La page n’en dit rien, et cette pièce n’en déduit ni réponses multiples ni base commune.
Aucun effectif ni marge n’est publié. Cette pièce ne qualifie donc aucun écart, en particulier les deux points entre 41 % et 39 %, de net ou de non significatif.
Une thèse que la page pose en titre et en section
La page fait du work design sa thèse. Une section le nomme « Work design as the missing link », et y écrit : « Deloitte’s research shows that while most organizations have invested heavily in technology, they have not made the corresponding shift in how work is designed. » L’expression « work design » compte 16 occurrences sur la page.
Dans « View from the C-suite », une citation signée de David Mallon, US Human Capital head of research and chief futurist chez Deloitte, dit : « The data underscores that AI’s potential is realized through work design. » La page ne précise pas que « the data » désigne la puce des freins, et aucune mesure d’effet du work design sur le rendement de l’IA n’y est publiée.
Le titre affiché fait du work design une condition (« Essential »). Le libellé du quatrième frein en désigne l’absence (« a lack of work design », 39 %). La page ne commente pas ce rapprochement.
Mon interprétation. Le rapprochement se lit, il ne se tranche pas : ce que la page publie, sur ce rapprochement, est une thèse en titre et en section, et une part de 39 % pour le « lack of work design » cité comme frein, parmi quatre parts écrites dans l’ordre décroissant, sans aucun mot qui les ordonne entre elles, dont les trois dernières sont introduites comme « Other top barriers ». Je ne dis pas que la page se contredit, et je ne prête aucune intention à la coprésence de l’offre et des chiffres.
Les autres chiffres de la page, à ne pas confondre
Un second 39 % figure sur la page, sans rapport avec les freins : 39 % des « surveyed organizations » déclarent que l’informatique pilote le work design à la suite de la mise en oeuvre de l’IA, contre 12 % pour les ressources humaines.
59 % des « surveyed organizations » déclarent une approche de l’investissement en IA centrée sur la technologie, et ces entreprises sont « 1.6x more likely » à déclarer que leurs investissements en IA ne dépassent pas les attentes. La page ne nomme pas le groupe de comparaison du « 1.6x », et cette pièce ne le recalcule pas.
La section « Key takeaways » publie aussi un 16 % : « just 16% reporting they have fully designed roles, processes, and operating models to integrate AI into work ». Il figure hors de la section qui décrit l’enquête et sa base n’est pas écrite. Ce n’est pas un frein.
La page porte onze occurrences de « % » : 59 et 16 dans « Key takeaways » ; 59, 39, 12, 51, 47, 41 et 39 dans « View from the C-suite » ; 80 dans une citation d’entreprise, où c’est un objectif ; 90 dans « About Deloitte » (« nearly 90% of the Fortune 500 »). Ni le 80 ni le 90 ne sont des résultats d’enquête.
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Ne pas écrire que Deloitte classe le work design en dernier : la page l’écrit en dernier, dans un ordre décroissant, sans aucun mot qui ordonne les quatre parts entre elles, et sa liste reste ouverte.
Citer les quatre parts telles que la puce les écrit, avec leurs libellés anglais et sans sujet : « 51% report ». Les dire « parts publiées » et non « freins de l’enquête ».
Écrire « 39 % est la plus faible des quatre parts publiées » seulement comme un recalcul, avec sa borne.
Citer le document comme un communiqué de presse de Deloitte US qui présente aussi l’offre de conseil de l’émetteur, non comme un rapport ni une étude.
Mes réserves
- Un communiqué, non le rapport. Le sous-titre annonce un « report » Humans x Machines que la page ne reproduit pas ; la page ne dit pas que l’enquête en est tirée.
- Une enquête sans description. Ni effectif, ni période, ni pays, ni mode de collecte, ni question, ni nombre de réponses.
- Des parts sans sujet ni base. Dirigeants ou organisations, la page ne tranche pas ; les quatre parts somment à 178.
- Une liste ouverte. « Other top barriers include » ne dit pas combien de freins ont été mesurés.
- Un texte qui a pu changer. La page porte une date de modification du 16 janvier 2026 sans dire ce qui a été modifié.
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