Stablecoins : un risque pour la BRI, un levier pour le Trésor américain
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel
La BRI mesure que 99,4 % des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires, en valeur de marché, sont arrimés au dollar, et documente séparément un risque de dollarisation pour les économies émergentes et en développement. Onze mois plus tôt, le secrétaire au Trésor américain revendiquait cette croissance comme confortant le statut de monnaie de réserve du dollar. Rapprocher les deux est la lecture de cet article.
- 99,4 % des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires sont arrimés au dollar. En valeur de marché, selon la BRI, qui documente séparément un risque de dollarisation pour les économies émergentes et en développement.
- Les deux grands émetteurs déclarent une exposition majoritaire à la dette du Trésor. Tether environ 141 milliards de dollars au 31 mars 2026, soit 76,9 % de son passif adossé aux tokens ; la fiche du Circle Reserve Fund ne ventile, au 31 juillet 2026, que 88,0 % de pensions livrées et 12,0 % de bons du Trésor en direct.
- Le Trésor américain revendique cette croissance. Son secrétaire a présenté cette dynamique comme confortant le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar et comme un moteur de demande pour les bons du Trésor, onze mois avant la prise de parole de la BRI.
Ce dossier documente, pièce après pièce, un risque que la BRI nomme dollarisation : une demande étrangère croissante pour des stablecoins adossés au dollar, susceptible de contester la souveraineté monétaire de banques centrales locales. Le rapport en détaille les canaux : une demande étrangère montante pourrait rendre les flux de capitaux « plus volatils et potentiellement plus amples », et une substitution monétaire numérique généralisée pourrait « réduire fortement l’autonomie de la politique monétaire domestique » [1]. Deux faits déjà présents dans ce dossier, l’ancrage quasi exclusif de ces instruments au dollar et la signature du GENIUS Act en 2025, ne sont reliés par aucune page de ce dossier à l’intérêt de l’émetteur souverain de cette même monnaie. Le Trésor américain, lui, a dit publiquement ce qu’il attendait de la croissance de ces mêmes instruments. Que les deux institutions parlent du même canal est la lecture de cet article : ni l’une ni l’autre ne se réfère à l’autre, et onze mois séparent leurs deux prises de parole. Cette doctrine, dollar dominance via stablecoins, a été commentée par la presse spécialisée crypto avant la promulgation du GENIUS Act, dès juin 2025 [9], puis après elle [10] : ce que cet article ajoute à ce commentaire, autant que j’aie pu le constater, est la mise en tension de cette doctrine du Trésor avec la présence de la Federal Reserve Bank de New York parmi les sept banques centrales que le communiqué de lancement de Project Agorá nommait en avril 2024.
- Deux émetteurs de stablecoins dollar, Tether et Circle, déclarent une exposition majoritaire à la dette du Trésor américain, chacun sur une base de calcul qui lui est propre. Que cette exposition se traduise en demande supplémentaire pour cette dette est précisément ce qu’une banque de réserve fédérale ne tient pas pour acquis, et ce que la troisième section examine.
- Le secrétaire au Trésor américain a explicitement présenté cette dynamique comme confortant le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar et comme un moteur de demande pour les bons du Trésor, dans une déclaration officielle liée à la promulgation du GENIUS Act.
- Le Trésor présente le GENIUS Act comme apportant à ce marché la clarté réglementaire dont il a besoin pour croître, quand la BRI qualifie de risque le canal que cette croissance alimente. Cela peut justifier de lire la ligne de fracture du dossier non comme stabilité contre innovation, mais comme un désaccord entre une architecture multilatérale pilotée par les banques centrales et une doctrine qui sert l’intérêt stratégique américain à la dollarisation. Le contenu de la loi elle-même n’est pas examiné ici.
Ce que les réserves des émetteurs révèlent
Ce que les données établissent. Selon le communiqué de Tether annonçant son attestation trimestrielle, préparée par BDO, l’exposition directe et indirecte aux bons du Trésor américain atteignait environ 141 milliards de dollars au 31 mars 2026. Rapporté aux 183,4 milliards de passif adossé aux tokens déclarés à la même date, cela fait 76,9 % ; rapporté aux 191,8 milliards d’actifs totaux, 73,5 %. Je retiens le premier dénominateur, qui répond à la question de l’adossement des tokens émis, mais le second est tout aussi lisible dans le communiqué. Une exposition n’est d’ailleurs pas une détention : le communiqué compte l’indirect avec le direct, sans les séparer. Ces montants sont présentés par le communiqué comme des assertions de la direction de l’émetteur, couvertes par une attestation et non par un audit : le même texte indique que le processus d’audit venait seulement de commencer. Le communiqué ne publie lui-même aucun pourcentage, et écrit en qualitatif que la majorité des réserves est placée en instruments garantis par l’État américain et en facilités de liquidité à court terme, catégorie plus large que les seuls bons du Trésor. Tether s’y présente comme le dix-septième détenteur de dette publique américaine, sans dire à quelle liste il se compare [3] ; la presse spécialisée rapporte, elle, que l’entreprise se dit aussi premier détenteur non souverain [8]. Ce même article de presse rattache pourtant les 141 milliards à la clôture de 2025, quand le communiqué les donne au 31 mars 2026 : deux dates différentes pour un montant que l’arrondi rend indiscernable.
Circle suit une architecture différente. La fiche technique publiée par BlackRock pour le Circle Reserve Fund ne porte que deux lignes d’allocation au 31 juillet 2026 : 88,0 % de pensions livrées (des prêts garantis par des bons du Trésor mis en collatéral) et 12,0 % de bons du Trésor détenus en direct [4]. Ces deux postes sont les seuls que la fiche ventile, et elle avertit qu’ils « ne reflètent pas les autres créances et dettes » : ils ne décrivent donc pas la totalité du fonds. Ce fonds ne contient pas non plus toute la réserve d’USDC. Circle écrit qu’il en loge « la majorité », que le reste est en liquidités, pour l’essentiel auprès d’une poignée des plus grandes banques mondiales, et ne chiffre ni l’une ni l’autre part ; ces mentions sont à jour au 31 août 2026 [5].
Deux émetteurs, deux bases de calcul qui ne s'additionnent pas
Chaque barre est complète sur sa propre base, et ces bases sont différentes. Rien ici ne mesure le marché des stablecoins : ce sont deux émetteurs, chacun décrivant son propre bilan.
Tether (USD₮)
Base : 183,4 Md$ de passif adossé aux tokens au 31 mars 2026. Le montant compte l'exposition directe et indirecte, sans les séparer : ce n'est pas une détention. Assertions de la direction, couvertes par une attestation, pas par un audit.
Circle Reserve Fund (le fonds, pas l'USDC)
Base : la ligne « Asset allocation » de la fiche, au 31 juillet 2026, qui avertit qu'elle « ne reflète pas les autres créances et dettes » et n'épuise donc pas les 60,7 Md$ du fonds. Ce fonds loge « la majorité » des réserves d'USDC, part que Circle ne chiffre pas.
Bons du Trésor, ou exposition à ces bons Pensions livrées adossées au Trésor Solde que la source ne ventile pas
Les deux seuls postes que la fiche de Circle ventile sont adossés au Trésor, mais cette ventilation n'épuise pas le fonds, et le fonds n'épuise pas la réserve d'USDC. La part de Tether porte sur toute sa dette de tokens, mais elle est déclarée par l'émetteur. Aucune des deux ne se transpose à l'autre.
Ce que la méthode interprète. Ce que la BRI nomme un risque de dollarisation pour l’économie qui perd sa souveraineté monétaire est, vu depuis le pays émetteur du dollar, un mécanisme qui convertit une adoption étrangère de stablecoins en achats de dette du Trésor. Les deux émetteurs le font par des chemins différents, et les deux seuls postes que la fiche de Circle ventile sont l’un et l’autre adossés au Trésor. Mais aucun des deux chiffres ne se transpose à l’autre ni au marché : ce sont deux bilans, pas une population. La BRI mesure séparément que 99,4 % des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires sont arrimés au dollar, en valeur de marché [1] ; ce chiffre dit la devise d’ancrage, pas où logent les réserves. Rien de tout cela n’établit encore que la demande de dette ainsi créée est nette au niveau macroéconomique : une partie provient peut-être d’une simple réallocation depuis d’autres placements, un point que je reprends plus loin à partir des données de la Federal Reserve Bank of Kansas City.
Ce que le Trésor américain en dit lui-même
Ce que les données établissent. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré, dans une communication officielle liée à la promulgation du GENIUS Act le 18 juillet 2025, que cette technologie allait « conforter le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale, étendre l’accès à l’économie du dollar à des milliards de personnes à travers le monde, et provoquer une flambée de la demande de bons du Trésor américains, qui adossent les stablecoins » [2]. Ce n’est pas une inférence de ce dossier : c’est une déclaration institutionnelle qui relie explicitement, dans la même phrase, l’essor des stablecoins dollar et la demande de dette américaine.
La banque centrale des banques centrales documente un risque pour la souveraineté monétaire de pays tiers ; le Trésor américain attend de la même croissance qu’elle conforte le statut de réserve de sa propre monnaie. Les deux énoncés ne se répondent pas : c’est moi qui les mets côte à côte.
La même déclaration situe ce que le Trésor attend de la loi : elle « apporte au marché des stablecoins, en forte croissance, la clarté réglementaire dont il a besoin pour devenir une industrie de plusieurs milliers de milliards de dollars » [2].
Ce que la méthode interprète. Le Trésor ne présente donc pas le GENIUS Act comme un frein au canal que la BRI qualifie de risque, mais comme ce qui doit permettre à ce marché de croître. Ce que la loi impose ou interdit n’est pas examiné ici : je lis le discours de son promoteur, pas son dispositif.
Ce que les données établissent. Une banque de réserve fédérale va plus loin que la nuance, et jusqu’à l’annulation. La Federal Reserve Bank of Kansas City observe que les banques américaines détiennent environ 26 000 milliards de dollars d’actifs, dont 20 % en bons du Trésor, contre une proportion bien plus élevée, environ la moitié, chez les émetteurs de stablecoins. Elle pose surtout un cas de figure explicite : si les détenteurs qui perdent ces fonds vendent leurs bons du Trésor au rythme où les émetteurs de stablecoins en achètent, alors un marché des stablecoins plus grand n’a aucun effet net sur la demande de bons du Trésor. Le titre même du bulletin porte cette conclusion : la demande supplémentaire ne peut venir que d’une réduction de la demande d’autres actifs. Le report depuis les fonds monétaires y figure comme une autre source possible des fonds déplacés, pas comme le mécanisme mis en avant [6].
La demande annoncée par le Trésor, la réserve d'effet nul que pose la Fed de Kansas City, et l'écart que ses deux proportions laissent ouvert
Un dollar quitte un placement existant pour financer une réserve de stablecoin. Ce que devient la demande de bons du Trésor dépend entièrement de ce que fait le détenteur qui perd ce dollar.
« a surge in demand for US Treasuries, which back stablecoins »
Effet net nul
Si la source des fonds vend ses bons du Trésor au rythme où l'émetteur en achète
Le bulletin pose ce cas de figure explicitement. La demande n'augmente pas : elle change seulement de bilan.
« should the sources of the funds that are shifted toward stablecoins sell Treasuries at the same rate that stablecoin issuers purchase them, then a larger stablecoin market will have no net effect on Treasury demand at all »
Effet net partiel, construit ici et non publié
Si la source des fonds vendait au rythme de sa propre composition d'actifs
Les banques détiennent 20 % de leurs actifs en bons du Trésor, les émetteurs de stablecoins environ la moitié. Ces deux proportions sont du bulletin ; l'issue qu'on en tire ci-dessous ne l'est pas, il ne pose pas ce second cas de figure.
Illustration arithmétique, jamais un résultat publié : environ 30 cents par dollar déplacé (50 % moins 20 %). Elle suppose une réponse mécanique et proportionnée des banques à toute sortie de dépôts, hypothèse que le bulletin ne teste pas.
Ce que la méthode interprète. La déclaration du Trésor documente une intention stratégique affichée ; elle ne prouve pas, à elle seule, l’ampleur nette de l’effet macroéconomique revendiqué, et la seule source institutionnelle indépendante de ce dossier décrit un cas où cet effet est nul.
Deux voies, et une banque de réserve fédérale présente des deux côtés
Ce que les données établissent. La BRI, elle, a lancé en avril 2024 Project Agorá, qui examine « comment la tokenisation de la monnaie de banque centrale de gros et des dépôts bancaires commerciaux sur des plateformes programmables peut améliorer le système monétaire ». C’est une autre voie que celle du marché privé, sans que le communiqué de lancement la présente comme une réponse aux stablecoins. Le communiqué de lancement nommait sept banques centrales : la Banque de France pour l’Eurosystème, la Banque du Japon, la Banque de Corée, la Banque du Mexique, la Banque nationale suisse, la Banque d’Angleterre, et la Federal Reserve Bank of New York [7]. Ce que la méthode interprète. Cette dernière participation nuance la lecture d’une opposition franche entre les États-Unis et une exploration multilatérale : la Réserve fédérale de New York figure, aux côtés de six autres banques centrales, parmi les participants au lancement de cette exploration pilotée par la BRI, pendant que le Trésor américain promeut le GENIUS Act. Causalité plausible non démontrée d’une position à l’autre. Rien dans les sources consultées n’indique un conflit ouvert entre le Trésor et la Réserve fédérale sur ce dossier, seulement une coexistence, au sein même de l’appareil d’État américain, d’une exploration multilatérale technique et d’une doctrine ouvertement revendiquée.
Qui gagne quoi : trois institutions, trois lectures du même mécanisme
| Institution | Ce qu’elle documente ou promeut | Ce qu’elle gagne à cette lecture |
|---|---|---|
| BRI | La dollarisation comme risque pour la souveraineté monétaire des économies émergentes et en développement | Justifie l’exploration qu’elle pilote elle-même avec sept banques centrales, Project Agorá |
| Trésor américain | La même dollarisation, revendiquée comme moteur de demande pour la dette et de domination du dollar | Une demande de bons du Trésor financée par du capital privé étranger, sans coût budgétaire direct |
| Réserve fédérale de New York | Aucune position publique dans les sources de ce dossier ; nommée parmi les participants au lancement de Project Agorá | Optionnalité : figure dans l’exploration multilatérale sans que rien ici ne l’oppose à la doctrine du Trésor |
Ce tableau ne résout pas la tension qu’il documente ; il la rend explicite.
Mes réserves
- Deux bilans ne font pas un marché. Les chiffres de composition qui portent cette page décrivent Tether et le fonds de réserve de Circle, pas la population des émetteurs de stablecoins. Aucune statistique de supervision sur la composition agrégée de ces réserves ne figure dans ce dossier, et je n’ai pas établi qu’il n’en existe pas.
- Les deux pourcentages ne sont pas comparables entre eux. Le 76,9 % de Tether se calcule sur la totalité de son passif adossé aux tokens ; les 88 % et 12 % de Circle portent sur un fonds qui ne loge qu’une partie non chiffrée des réserves d’USDC. Le second ne dit donc rien du taux d’adossement de l’USDC lui-même.
- Les deux déclarants ont intérêt à leur propre chiffre. Les montants de Tether sont des assertions de sa direction, non auditées au trimestre concerné ; la composition du fonds de Circle est publiée par le gestionnaire de ce fonds. Le communiqué de l’émetteur et la fiche du gestionnaire sont notés P dans la bibliographie de cette page, parties prenantes. Proches de la source primaire, mais ni l’un ni l’autre n’est le rapport d’attestation.
- Une intention affichée n’est pas un effet mesuré. La déclaration du secrétaire au Trésor établit une doctrine revendiquée, pas l’ampleur de la demande qu’elle annonce. La seule source indépendante de ce dossier décrit au contraire un cas où l’effet net serait nul, et ne mesure pas l’effet réel.
- Le texte du GENIUS Act n’est pas au dossier. Ce que cette page établit est le discours que le Trésor tient sur cette loi, jamais ce que la loi impose. Les obligations de réserves qu’on lui prête couramment ne sont pas vérifiées ici.
- Onze mois séparent les deux pièces mises en tension. La déclaration du Trésor est du 18 juillet 2025, le rapport de la BRI du 23 juin 2026. Ce n’est pas un échange : ce sont deux prises de position successives, dont aucune ne répond à l’autre dans les documents consultés.
- Une exposition n’est pas une détention. Le montant de Tether agrège l’exposition directe et l’indirecte sans les séparer, et son communiqué ne donne aucune maturité.
- L’écart arithmétique porté par la figure ci-dessus n’est pas un résultat. Les 30 cents par dollar déplacé qu’elle affiche se construisent sur deux proportions publiées par la Federal Reserve Bank of Kansas City et sur une hypothèse de réponse mécanique et proportionnée des banques à toute sortie de dépôts, que le bulletin ne teste pas et ne pose pas.
- La participation de la Fed de New York à Agorá est un fait de gouvernance. Elle ne permet pas de conclure à une position institutionnelle unifiée ou divisée de l’appareil d’État américain, et n’est pas une déclaration d’intention comparable à celle du Trésor.
- La BRI nuance elle-même son propre risque. Le rapport ajoute que la pression de substitution monétaire peut, à la marge, renforcer les incitations à ancrer des politiques macroéconomiques saines et à moderniser les moyens de paiement domestiques. Cette page ne retient pas ce contrepoint dans sa lecture, et il figure ici pour qu’on ne me prête pas de l’avoir écarté.
- Le cadre réglementaire européen n’est pas traité. L’Eurosystème figure ici comme participant à Agorá, rien de plus : les sources de ce dossier ne portent pas le règlement MiCA, et cette page ne le compare donc pas au GENIUS Act.
L’implication concrète : un régulateur ou un investisseur qui lit le rapport de la BRI sur la dollarisation gagne à le confronter systématiquement à la position, publique et assumée, que le Trésor américain a prise sur ce même canal, avant de traiter la dollarisation comme un effet secondaire non désiré plutôt que comme un objectif partiellement recherché par une partie de l’appareil d’État américain. Un signal concret à surveiller pour trancher le caractère net ou substitutif de cette demande : le prochain bulletin de la Federal Reserve Bank of Kansas City ou une publication équivalente de la Fed sur l’évolution conjointe des dépôts bancaires et des avoirs en bons du Trésor des banques américaines, qui permettrait de vérifier si les banques vendent effectivement leurs bons du Trésor à mesure que les dépôts migrent vers les stablecoins.
Retour au dossier Stablecoins et tokenisation · Lire la Décision possible du dossier.
ISP-F19/100· 0-30 % · Preuves très limitées · L'information neuve de cette page est le rapprochement de deux positions institutionnelles, et ce rapprochement ne tient que si le canal qu'il suppose existe : la preuve à noter est donc celle de ce canal, c'est-à-dire la composition du bilan de deux émetteurs nommés, et non le rapprochement lui-même, qui n'est adossé à aucun dispositif de mesure. L'échelle de la finance range au sixième barreau la « comparaison d'un couple de produits réels », et avertit que présenter un calcul sur un ou deux cas comme une mesure de population est le glissement le plus fréquent vers son barreau 4. C'est exactement le risque de cette page, et je la note donc au sixième barreau, pas au cinquième. Les deux grandeurs institutionnelles du dossier ne portent pas davantage la thèse : celle de la BRI mesure la devise d'ancrage, pas la composition des réserves ; celle de la Federal Reserve Bank of Kansas City donne un ordre de grandeur, environ la moitié, sur les actifs des émetteurs, sans population, sans méthode et sans date publiées. La convergence est donnée pour mitigée, et le mot porte sur les instruments : la BRI mesure un ancrage, les émetteurs déclarent une composition de bilan, la Federal Reserve Bank of Kansas City raisonne sur un effet net. Aucune de ces trois grandeurs n'est la même, elles ne peuvent donc pas se recouper ; et la quatrième source, la déclaration du Trésor, annonce un effet que la troisième tient pour conditionnel, jusqu'à envisager qu'il soit nul. La réplication est nulle : aucune mesure indépendante ne reprend les chiffres de réserves de Tether ni ceux du fonds de Circle. La puissance est notée sur les unités effectivement observées par l'affirmation centrale, deux émetteurs, et non sur la taille du marché qu'ils occupent.
L'Indice de Solidité des Preuves évalue la base empirique de cette analyse sur quatre critères pondérés : type de preuve (40 %), convergence (30 %), réplication (20 %), puissance (10 %). L'axe type de preuve est calibré par champ : 100 y désigne le meilleur dispositif que l'échelle ISP-F sache produire, et non une preuve absolue.
L'information neuve de cette page est le rapprochement de deux positions institutionnelles, et ce rapprochement ne tient que si le canal qu'il suppose existe : la preuve à noter est donc celle de ce canal, c'est-à-dire la composition du bilan de deux émetteurs nommés, et non le rapprochement lui-même, qui n'est adossé à aucun dispositif de mesure. L'échelle de la finance range au sixième barreau la « comparaison d'un couple de produits réels », et avertit que présenter un calcul sur un ou deux cas comme une mesure de population est le glissement le plus fréquent vers son barreau 4. C'est exactement le risque de cette page, et je la note donc au sixième barreau, pas au cinquième. Les deux grandeurs institutionnelles du dossier ne portent pas davantage la thèse : celle de la BRI mesure la devise d'ancrage, pas la composition des réserves ; celle de la Federal Reserve Bank of Kansas City donne un ordre de grandeur, environ la moitié, sur les actifs des émetteurs, sans population, sans méthode et sans date publiées. La convergence est donnée pour mitigée, et le mot porte sur les instruments : la BRI mesure un ancrage, les émetteurs déclarent une composition de bilan, la Federal Reserve Bank of Kansas City raisonne sur un effet net. Aucune de ces trois grandeurs n'est la même, elles ne peuvent donc pas se recouper ; et la quatrième source, la déclaration du Trésor, annonce un effet que la troisième tient pour conditionnel, jusqu'à envisager qu'il soit nul. La réplication est nulle : aucune mesure indépendante ne reprend les chiffres de réserves de Tether ni ceux du fonds de Circle. La puissance est notée sur les unités effectivement observées par l'affirmation centrale, deux émetteurs, et non sur la taille du marché qu'ils occupent.
Ce qui manque n'est pas une source de plus, c'est un producteur d'un autre genre. Les deux chiffres de réserves qui portent cette page viennent chacun de l'entité qui a intérêt à les publier : l'émetteur pour Tether, le gestionnaire du fonds pour Circle. Compléter le dossier avec les rapports d'attestation eux-mêmes, que je n'ai pas ouverts, rendrait sans doute ces montants plus contestables, ce qui serait un progrès réel, mais ne changerait ni le déclarant ni le fait que deux émetteurs ne font pas une population. Monter de barreau suppose une mesure sur la population des émetteurs, produite par qui a accès à des remontées réglementaires : une statistique de supervision sur la composition agrégée des réserves de stablecoins, que je n'ai pas trouvée dans les sources de ce dossier, et dont je n'ai pas établi qu'elle n'existe pas.
Score de 19/100 (0-30 %) établi le 3 septembre 2026.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.
Lexique
- Financement circulaire↗
- Structure d'investissement réciproque où, selon la définition de la BRI, des fabricants de puces et des hyperscalers prennent des participations dans des laboratoires d'IA ou des fournisseurs neocloud, qui s'engagent en retour à des achats pluriannuels de puces ou de capacité de calcul. Le capital versé revient ainsi à l'investisseur sous forme de revenu.
Modification apportée · mis à jour le 3 septembre 2026
Trois pourcentages que j'attribuais à la fiche technique du Circle Reserve Fund n'y figurent pas. J'écrivais que les réserves d'USDC se répartissaient en 33,6 % de bons du Trésor en direct, 50,8 % de pensions livrées et 14,2 % de dépôts bancaires. En rouvrant la fiche le 3 septembre 2026, je ne retrouve aucun de ces trois nombres, et leur somme ne fait d'ailleurs pas 100. Le document porte deux lignes et deux seulement : 88,0 % de pensions livrées adossées au Trésor et 12,0 % de dette du Trésor détenue en direct, au 31 juillet 2026. Il ne porte aucune ligne de dépôts bancaires, parce que ce fonds n'est pas l'endroit où Circle loge sa trésorerie. Le chiffre corrigé va dans le sens inverse de ce que j'avais publié : ce fonds est intégralement adossé au Trésor américain, et non à 84 %. Mais il ne couvre pas toute la réserve d'USDC, et Circle n'en chiffre pas la part, se bornant à écrire « la majorité ». J'ai réécrit le passage pour dire cela, et retiré la comparaison directe entre Tether et Circle, qui rapportait deux pourcentages calculés sur des bases différentes. Deux affirmations voisines sont tombées avec elles. J'écrivais que cette fiche détaillait les bons du Trésor détenus ligne par ligne par identifiant CUSIP : elle ne détaille rien, et le seul CUSIP qu'elle porte est celui du fonds lui-même. Je lui attribuais aussi une attestation mensuelle de Deloitte : le mot n'y figure pas, et la page de transparence de Circle ne nomme pas davantage son attestateur, écrivant seulement « une firme du Big Four », selon les normes de l'AICPA. Le taux de 80 % que j'avais retiré du texte le 29 août pour le remplacer par celui de la source subsistait dans un paragraphe d'interprétation. Il est corrigé à 76,9 %, le seul rapport que les montants du communiqué autorisent. Mon sous-titre faisait porter au chiffre de 99,4 % de la BRI deux grandeurs distinctes : la devise d'ancrage des stablecoins, que ce chiffre mesure, et la composition de leurs réserves, qu'il ne mesure pas. Le rapport le dit à deux pages différentes, et je les avais fondues en une phrase. Le sous-titre est réécrit, avec les deux restrictions de périmètre que la BRI pose et que j'omettais : les stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires, mesurés en valeur de marché. J'écrivais que le GENIUS Act « ne régule pas » les stablecoins privés, quand le même article dit trois paragraphes plus haut qu'il « les organise et les sécurise ». La seconde formulation est la juste : le texte régule, ce qu'il ne fait pas est endiguer le canal de dollarisation. Une source rendait ma conclusion plus forte, et je ne l'exploitais pas. La Federal Reserve Bank of Kansas City n'écrit pas seulement que l'effet du report est incertain : elle décrit un cas de figure où il est nul, si les détenteurs qui perdent ces fonds vendent leurs bons du Trésor au rythme où les émetteurs en achètent. Ce verbatim est désormais dans le texte et dans une figure. Je présentais deux articles de presse comme ayant relayé « déjà » cette exposition sur la base de l'attestation du trimestre précédent : l'un d'eux est du 24 mai 2026, soit après le communiqué de l'émetteur, et il rattache les 141 milliards à la clôture de 2025. La chronologie est rétablie. Enfin, mes réserves désignaient les sources de Tether et de Circle comme notées S, alors que la bibliographie de cette même page les note P, ce qui est le classement juste : un émetteur et le gestionnaire de son fonds sont parties prenantes. Deux figures nouvelles portent la composition des réserves des deux émetteurs sur leurs bases respectives, et les deux issues que la Federal Reserve Bank of Kansas City distingue. J'affirmais aussi, sur le titre et le sous-titre, que la BRI et le Trésor parlaient du même objet. Ni l'une ni l'autre institution ne se réfère à l'autre, et onze mois séparent leurs deux prises de parole : le rapprochement est ma lecture, et le texte le dit désormais là où il le fait. J'attribuais au Trésor le mot « domination », qui est celui de la presse spécialisée ; la déclaration dit « conforter le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale », et c'est cette formule qui est reprise. J'écrivais que la Federal Reserve Bank de New York participait « simultanément » à l'architecture concurrente : la seule source dont je dispose est le communiqué de lancement d'avril 2024, qui la nomme parmi sept banques centrales et ne dit rien de 2025 ni de 2026. La simultanéité est retirée. Mon sous-titre perdait la précision « en valeur de marché » que la BRI attache à ses 99,4 %, et laissait lire une part en nombre. Ma note d'indice affirmait que le seul agrégat institutionnel du dossier ne portait pas sur la composition des réserves, alors que la Federal Reserve Bank of Kansas City, citée trois paragraphes plus haut, en donne un ordre de grandeur : la justification est corrigée, le barreau ne bouge pas. Le tableau de synthèse attribuait à la BRI un « ledger unifié » qu'aucun de mes extraits ne porte, et écrivait de la Fed de New York qu'elle n'avait « aucune position publique tranchée » quand je ne peux dire que l'absence de position dans mes propres sources. Les deux lignes sont réécrites. Trois passages du rapport de la BRI qui étaient à mon dossier ne figuraient pas dans le texte : les deux canaux par lesquels elle décrit le risque, flux de capitaux plus volatils et autonomie monétaire réduite, et le contrepoint qu'elle pose elle-même, à savoir qu'une pression de substitution peut à la marge inciter à de meilleures politiques. Les trois sont désormais écrits, le contrepoint compris. Une dernière relecture a coupé quatre formulations qui affirmaient encore plus que mes extraits : le mot « domination » prêté au Trésor dans un de mes trois points d'entrée, alors que sa déclaration dit « conforter le statut de monnaie de réserve » ; et le « bras de fer » de mon intertitre et de deux phrases voisines, quand le communiqué de lancement de Project Agorá ne présente pas ce projet comme une réponse aux stablecoins. L'indice de solidité de la preuve est noté pour la première fois, à 19 sur 100. J'ai ajouté deux encadrés « En clair » : l'un sur la façon dont une réserve adossée à de la dette d'État convertit une adoption étrangère en placement dans cette dette, l'autre sur le cas où cet achat est compensé par une vente ailleurs.

Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
En savoir plus