Le rapport annuel 2026 de la BRI chiffre-t-il la part des stablecoins dans l'activité illicite ?
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel
Pas dans son chapitre III. Celui-ci écrit que l'expérience à ce jour « suggère » que les stablecoins représentent une part significative de l'activité illicite on-chain. L'énoncé ne porte ni chiffre, ni période, ni méthode, ni dénominateur mesuré. Le chapitre ne chiffre l'activité illicite nulle part et renvoie l'analyse empirique à deux travaux extérieurs, dont il ne rapporte aucun résultat.
- Un énoncé au conditionnel de l'expérience. Le sujet de la phrase est « Experience to date », le verbe « suggests ». Elle porte sur la part des stablecoins dans l'activité illicite on-chain, non sur la part illicite de l'activité en stablecoins.
- Aucun montant d'activité illicite dans le chapitre. Le mot « illicit » y figure 5 fois, et aucune occurrence n'est accompagnée d'un montant, d'un pourcentage ou d'une période.
- Un renvoi, sans résultat rapporté. Pour l'analyse empirique de l'usage illicite, le chapitre renvoie en note à Chainalysis (2026a) et à Griffin et al (2025), « eg », sans reprendre aucun de leurs résultats.
Pas dans son chapitre III. Celui-ci écrit que l’expérience à ce jour « suggère » que les stablecoins représentent une part significative de l’activité illicite on-chain. L’énoncé ne porte ni chiffre, ni période, ni méthode, ni dénominateur mesuré. Le chapitre ne chiffre l’activité illicite nulle part et renvoie l’analyse empirique à deux travaux extérieurs, dont il ne rapporte aucun résultat.
- Un énoncé au conditionnel de l’expérience. Le sujet de la phrase est « Experience to date », le verbe « suggests ». Elle porte sur la part des stablecoins dans l’activité illicite on-chain, non sur la part illicite de l’activité en stablecoins.
- Aucun montant d’activité illicite dans le chapitre. Le mot « illicit » y figure 5 fois, et aucune occurrence n’est accompagnée d’un montant, d’un pourcentage ou d’une période.
- Un renvoi, sans résultat rapporté. Pour l’analyse empirique de l’usage illicite, le chapitre renvoie en note à Chainalysis (2026a) et à Griffin et al (2025), « eg », sans reprendre aucun de leurs résultats.
Une phrase, dans la section sur l’intégrité financière
L’énoncé se trouve au folio 89, dans la section « Financial integrity and moneyness » : « Financial integrity concerns are a central consideration for any role stablecoins might play in the current and future monetary system. Experience to date suggests that stablecoins account for a significant share of illicit on-chain activity. » Aucun appel de note n’y est attaché.
Le chapitre définit l’intégrité comme la prévention des activités illicites dans le système monétaire, par exemple le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (f. 81). Il la présente comme un fil complémentaire, qui s’ajoute aux deux propriétés fondatrices de la monnaie : l’unité de compte et l’unicité (f. 79).
Cinq occurrences de « illicit », aucun montant
Les cinq occurrences se trouvent aux folios 81 (la définition de l’intégrité), 88, 89 (l’énoncé), 112 (la note 30) et 120 (le titre d’un document de référence). Le folio 89 ne contient aucun nombre hors en-tête et appels de note. Les termes « per cent », « criminal », « ransom », « darknet », « scam », « fraud », « hack » et « theft » n’apparaissent nulle part dans le chapitre.
Le chapitre ne dit pas qu’il ne chiffre pas, ni pourquoi. La pièce s’en tient donc à ce qui est vérifiable : le chapitre ne donne aucun chiffre de l’activité illicite. De ce silence, on ne peut conclure ni que l’activité illicite est faible, ni qu’elle est forte.
La seconde mention isolée est au folio 88 : « Risks of use for illicit transactions also looms. » (graphie de l’original). Elle suit une phrase sur la performance des stablecoins comme instruments de paiement transfrontière, sans appel de note. Elle énonce un risque, non un constat ni une mesure.
Le chapitre renvoie ailleurs, sans rapporter de résultat
La note 30 (f. 112) dit : « For empirical analysis of illicit use of stablecoins, see eg Chainalysis (2026a) and Griffin et al (2025). » Elle est appelée à la fin de la phrase sur les mélangeurs et les ponts inter-chaînes (f. 89), non après l’énoncé sur la part significative. Le chapitre ne dit donc pas que l’énoncé s’appuie sur ces travaux.
Chainalysis (2026a) est le rapport sur la criminalité, cité aussi en note 27 pour les usages des stablecoins en général. Chainalysis (2026b), distinct, est cité en note 29 pour des volumes de transactions ajustés. Griffin et al (2025) figure aux références comme « mimeo ». Le « eg » indique que ces deux renvois ne sont pas présentés comme exhaustifs.
Aucun chiffre de Chainalysis (2026a), de Griffin et al (2025) ni du GAFI sur l’activité illicite n’est repris par le chapitre. Ces documents ne sont pas lus pour cette pièce.
Le mécanisme décrit : des capacités, pas des fréquences
Le chapitre oppose la finance traditionnelle, où des intermédiaires supervisés assurent la conformité LBC/FT (identification des clients, surveillance des transactions, déclarations de soupçon, possibilité d’arrêter ou d’annuler un paiement), aux chaînes publiques sans permission. Sur ces dernières, écrit-il, le pseudonymat et les portefeuilles non hébergés « peuvent » affaiblir cette conformité et créer des voies de contournement, par exemple via des mélangeurs et des ponts inter-chaînes.
Ce sont des capacités, non des fréquences : le texte ne dit pas combien de transactions passent par ces voies. Le chapitre ajoute un argument prudentiel distinct : une grande part de l’activité en stablecoins passe par des intermédiaires crypto multifonctions, typiquement sans coussins de capital ou de liquidité ni supervision consolidée. Il en conclut à des cadres prudentiels et de conduite, en plus des contrôles LBC/FT, et non à un constat sur l’activité illicite.
Mesures en cours et limites que le chapitre reconnaît
Le chapitre écrit que des mesures sont en cours. Les émetteurs contrôlent les soldes en circulation et ont, « dans de nombreux cas », gelé des soldes à des adresses précises. Des sociétés d’analyse de chaîne appuient les forces de l’ordre dans des affaires très médiatisées. Il qualifie ces mesures de « positive developments », puis écrit qu’elles ne peuvent pas remplacer des contrôles LBC/FT courants à grande échelle dans les paiements quotidiens. Aucun émetteur n’est nommé et les gels ne sont pas chiffrés.
Certaines juridictions, non nommées, « are moving towards » des cadres qui restreignent la circulation à des adresses vérifiées. Le caractère sans frontières des chaînes publiques crée, selon le chapitre, un risque persistant d’arbitrage réglementaire. Au folio 105, il écrit aussi que la coopération réglementaire sur l’intégrité financière est déjà bien développée.
Pour la suite, le chapitre écrit que des plateformes à permission, intégrant préfiltrage LBC/FT, filtrage des sanctions et pistes d’audit, « pourraient » préserver l’intégrité à grande échelle. Il écrit que de nouveaux outils d’intelligence artificielle et le registre public des transactions « peuvent » apporter des solutions, mais que les défis d’intégrité restent substantiels.
Le jugement, dans les points clés et la conclusion
Le chapitre reprend le sujet sous forme de jugement. Dans ses points clés (f. 77), il écrit que les conceptions actuelles des stablecoins « threaten financial integrity ». En conclusion (f. 104), la phrase « Most critically, they threaten financial integrity and provide channels for regulatory evasion » vient après une phrase qui pose le cadre : « widespread adoption of stablecoins in their current form would also come with macroeconomic and financial risks ». Elle se cite avec la phrase qui la précède, et « threaten » y est une appréciation, non un constat chiffré.
Les chiffres voisins ne portent pas sur l’illicite
Le seul graphique d’usages du chapitre, le graphique 1.A, répartit la valeur estimée des transactions en stablecoins en 2024 en quatre usages : négociation on-chain 88 %, paiements 5 %, entrée et sortie de l’écosystème crypto 4 %, règlement d’actifs tokenisés 3 %. Les quatre parts somment 100 %, et aucune catégorie illicite n’y figure. Aucune cellule texte des neuf feuilles du classeur des graphiques ne contient « illicit », « crime », « launder » ni « fraud ».
La nomenclature ne dit pas comment elle traite les transactions illicites. On peut seulement écrire que ce graphique n’a pas de catégorie illicite.
Les grandeurs chiffrées du folio 88 et de la note 29 portent sur la capitalisation (environ 320 milliards de dollars fin mai 2026), sur un volume annuel estimé à 28 000 milliards en 2025 et sur des valeurs ajustées de 390 milliards. Elles n’ont ni valeur ni dénominateur commun avec l’énoncé sur l’activité illicite, et aucun montant illicite ne s’en déduit.
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Ne pas citer le chapitre comme une mesure de l’activité illicite en stablecoins : il écrit que l’expérience à ce jour « suggère » une part significative, et ne la chiffre pas.
Citer l’énoncé avec son sujet, son verbe et son périmètre : la part des stablecoins dans l’activité illicite on-chain. Ne pas l’inverser en une part illicite des transactions en stablecoins, ni le convertir en ordre de grandeur.
Pour une analyse empirique, la note 30 renvoie, entre autres, à Chainalysis (2026a) et Griffin et al (2025), non lus ici ; rien ne dit qu’ils chiffrent cette part.
Mes réserves
- Un énoncé sans méthode. Le chapitre ne donne ni chiffre, ni période, ni méthode, ni dénominateur mesuré pour l’activité illicite. Cette pièce n’en conclut rien sur son niveau réel.
- Des travaux cités, non lus. Chainalysis (2026a), Griffin et al (2025), le rapport du GAFI et les publications de la BRI en notes ne sont pas au dossier. La pièce ne dit rien de leur contenu.
- Un chapitre de rapport annuel. Il se clôt sur l’avertissement que les vues exprimées ne reflètent pas nécessairement celles des banques centrales membres (f. 121). Il ne dit rien de son propre mode de relecture.
- Un graphique sans catégorie illicite. La nomenclature du graphique 1.A ne dit pas comment les transactions illicites y sont traitées.
- Un seul chapitre. La pièce ne porte que sur ce que ce chapitre écrit, pas sur l’activité illicite en stablecoins elle-même.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.

Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
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