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Article courtLecture critique · 9 octobre 2026

L'outil PROTECT de l'EIOPA fera-t-il baisser le prix de l'assurance ?

Axel MorelAxel Morel · Fondateur & analyste, Probans
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L'essentiel

Le document ne l'établit pas. L'EIOPA y propose un outil d'information, non un tarificateur : il dirait que des mesures de prévention peuvent se refléter dans la prime tarifée au risque, et inviterait l'utilisateur à en parler à son distributeur. Le document n'imprime aucun pourcentage ni montant de baisse de prime, écrit que représenter exactement le niveau des primes réduites reste un défi, et ne donne ni date de mise en service, ni budget, ni opérateur désigné.

  1. Une proposition d'outil, non un outil en service. Le document parle d'un outil « tentatively named PROTECT » et d'une occasion de l'envisager (« There could be the opportunity »).
  2. Une fonction d'information sur la prime. Les fonctions décrites informent : aucune ne fixe une prime. Le document discute, sans trancher, l'affichage d'une estimation ou d'une fourchette de la réduction (f. 47, 49).
  3. Aucun chiffre de baisse. Ni pourcentage, ni montant de réduction, de rabais ou d'économie n'est imprimé dans le document.

Le document ne l’établit pas. L’EIOPA y propose un outil d’information, non un tarificateur : il dirait que des mesures de prévention peuvent se refléter dans la prime tarifée au risque, et inviterait l’utilisateur à en parler à son distributeur. Le document n’imprime aucun pourcentage ni montant de baisse de prime, écrit que représenter exactement le niveau des primes réduites reste un défi, et ne donne ni date de mise en service, ni budget, ni opérateur désigné.

  1. Une proposition d’outil, non un outil en service. Le document parle d’un outil « tentatively named PROTECT » et d’une occasion de l’envisager (« There could be the opportunity »).
  1. Une fonction d’information sur la prime. Les fonctions décrites informent : aucune ne fixe une prime. Le document discute, sans trancher, l’affichage d’une estimation ou d’une fourchette de la réduction (f. 47, 49).
  1. Aucun chiffre de baisse. Ni pourcentage, ni montant de réduction, de rabais ou d’économie n’est imprimé dans le document.

Un document qui propose un outil et en discute la conception

Le document est un texte de l’EIOPA qui propose un outil de sensibilisation et en discute la conception sous forme d’options, assorties de colonnes « Pro » et « Con ». Il intègre les retours d’une consultation publique, a été rédigé avec les autorités nationales compétentes et le réseau d’experts techniques de l’EIOPA sur les risques de catastrophe, et s’appuie sur une analyse comportementale réalisée par Verian.

Le PDF ne porte que l’année 2025. La date du 3 décembre 2025 et le mot « proposal » viennent de la page de publication de l’EIOPA, qui liste à côté du PDF une « Factsheet » et un tableur des outils cartographiés.

La conclusion du document reste au conditionnel. Il pourrait y avoir l’occasion d’envisager la mise en œuvre pratique de ses propositions dans un outil « tentatively named » PROTECT. Développement et maintenance exigeraient la coopération de plusieurs parties prenantes et institutions, et les mandats, le budget et les ressources restent à discuter. Le document ne donne ni date de mise en service, ni budget, ni opérateur désigné.

Une tribune d’une page de la présidente de l’EIOPA, Petra Hielkema, publiée dans la rubrique « VIEWS » du magazine d’un forum professionnel, écrit qu’en décembre 2025 l’EIOPA a « proposé le développement » de PROTECT. Ce n’est pas un rapport de l’EIOPA : la forme exacte est « la présidente de l’EIOPA écrit ». Le PROTECT de la tribune est le document lu ici : la note 6 en reproduit le titre.

Ce que l’outil ferait : informer, sur quatre couches

Le document prévoit quatre couches d’information : l’exposition du bien aux aléas selon la zone de résidence, les mesures de prévention par type d’aléa, l’information sur la couverture d’assurance, et l’information sur le fait que des mesures de prévention peuvent se refléter dans la prime tarifée au risque. Il liste au f. 4 cinq fonctions, dont la contribution à la culture financière.

Le périmètre est l’exposition des bâtiments de l’Union européenne, en référence à l’assurance de biens, pour cinq aléas : séisme, crue de rivière, tempête, feu de forêt et, « potentiellement », submersion côtière. La grêle et la subsidence « could also be considered », sous réserve de trouver des données suffisantes (f. 19).

Sur la prime, le document prévoit une information : dire que des mesures de prévention « can have an impact » ou « can be reflected » dans la prime tarifée au risque, puis recommander à l’utilisateur de discuter avec son distributeur d’assurance « if/how » elles pourraient l’être (f. 4, 8, 19). Aucune des fonctions décrites ne tarifie.

Aucun pourcentage ni montant de baisse de prime dans le document

Le document n’imprime aucun pourcentage ni montant de baisse de prime, de rabais ou d’économie. Ses quatre valeurs en pourcentage sont 65 % (f. 6, besoin d’information, attribué par le document à un Eurobaromètre de la Commission), « Over 70 percent » (f. 16, outils cartographiés à interface interactive), 70 % et 50 % (f. 23, entretiens en Allemagne). Le seul montant en euros est « above EUR 10.000 » (f. 46), seuil de coût des mesures de prévention.

Relu occurrence par occurrence, le mot « premium » n’y est jamais écrit à l’indicatif pour dire que PROTECT, ou une mesure de prévention, fait baisser une prime. Les liens entre mesure et prime sont modalisés : « can have an impact » (f. 4), « can be reflected » (f. 8), « could reduce the insurance premium » (f. 48).

Le document écrit qu’évaluer l’efficacité des mesures de prévention « remains a challenge » et que représenter exactement le niveau des primes réduites restera un défi, les primes dépendant aussi d’autres facteurs. Il propose comme alternative de présenter une fourchette de réductions possibles. Trois colonnes « Con » (f. 47, 48, 49) portent qu’une option ne fournit pas de quantification exacte de l’effet de chaque mesure sur la prime. Il écrit aussi que des données fiables sont nécessaires, faute de quoi le consommateur risque d’être mal informé sur les économies possibles. Une note précise que l’idée ne serait pas nécessairement de montrer le montant exact de la réduction.

Dans la même section, le document envisage que l’outil transmette que la prévention peut avoir un effet positif sur la disponibilité et l’accessibilité financière de l’assurance, et que l’utilisateur voie « how implementing specific measures could reduce the insurance premium ». « Could » : c’est une possibilité, non une décision.

Au f. 23, une phrase sans énonciateur désigné écrit que toute tentative d’inclure des indicateurs détaillés ou de chiffrer des économies de prime liées aux mesures de prévention « should be avoided ». Elle suit un paragraphe qui restitue des avis de parties prenantes. Le document porte donc les deux orientations, sans les réconcilier : il n’a pas tranché, et les deux passages coexistent.

Pourquoi la question se pose : des primes attendues à la hausse

Le document écrit que les citoyens feront « probablement » face à des primes plus élevées avec le changement climatique. Il relaie un communiqué de 2023 de l’association allemande des assureurs (GDV), selon lequel les primes d’assurance de biens « might double » en dix ans. Il présente l’approche proactive de prévention comme une clé pour maintenir la disponibilité et l’accessibilité financière de l’assurance de biens.

La projection du doublement est celle du GDV, non celle de l’EIOPA, et aucun passage ne la relie à PROTECT. La tribune de la présidente relaie la même alerte, avec un autre verbe (« could double within a decade ») : ce n’est qu’une source tierce, relayée par le document de l’EIOPA, puis par sa présidente dans une tribune.

L’effet attendu sur l’écart de protection : des modalités qui varient selon le folio

Le document énonce l’effet attendu de la sensibilisation sur l’écart de protection avec des modalités qui varient d’un folio à l’autre, sans donnée chiffrée adossée à l’endroit où il l’énonce. Sur l’outil lui-même, il écrit un potentiel et déclare en propre des limites.

FolioObjetFormulationModalité
4la sensibilisation« will help to reduce the insurance protection gap »futur affirmatif
6la sensibilisation« EIOPA’s work has demonstrated that raising the awareness among citizens about natural hazards and climate risk is crucial, as it can increase insurance uptake and help closing the NatCat protection gap »passé affirmatif (« has demonstrated »), effet au « can », sans appel de note
7la sensibilisation« could be decisive in closing the insurance protection gap »conditionnel
8la sensibilisation« will effectively help to reduce the insurance protection gap »futur affirmatif
5l’outil« has the potential to significantly improve the awareness and understanding of these risks among citizens »potentiel
5l’outil« will not be a panacea »limite déclarée

Tableau 1. Formulations du document sur l’effet attendu de la sensibilisation (f. 4, 6, 7 et 8) et sur la portée de l’outil (f. 5), extraites de phrases plus longues, sauf au f. 6. Source : f. 4 à 8.

Au f. 5, le document écrit que l’impact de l’outil sera limité par divers facteurs, dont la volonté des individus d’agir et l’efficacité des mesures de prévention, et qu’il peut y avoir des cas extrêmes où des biens sont jugés inassurables. Les phrases des f. 4, 6, 7 et 8 portent sur la sensibilisation des citoyens, non sur l’outil ; celles du f. 5 portent sur l’outil. La phrase du f. 6 ne porte aucun appel de note.

Ce que la cartographie de 77 outils rapporte

Le document s’appuie sur une analyse de 77 outils privés et publics, menée avec Verian. Pour les outils dont des données significatives étaient disponibles, il écrit : « The current reach of the analysed tools for which meaningful data was available appears to be limited with a relatively low number of users. There have been no evidence of any of the tools gaining a wide popularity. » Il ajoute qu’il est rare que ces outils renseignent sur le lien entre travaux sur le bien et baisse de prime, que l’expérience pratique de test de l’efficacité semble limitée (f. 18), et que, le plus souvent, les propriétaires d’outils ne suivent ni leurs utilisateurs ni leurs actions.

Il écrit aussi que de nombreux outils « do not seem to be contributing materially » à empêcher l’élargissement des écarts de protection (f. 51). Au f. 4, la plupart des outils ne donnent pas de recommandations de prévention et manquent d’une vraie composante interactive. Au f. 10, des études antérieures ont trouvé que les outils de communication du risque peuvent accroître la conscience du risque et la propension à agir. Ces constats portent sur d’autres outils que PROTECT.

Une expérience sur un personnage fictif, sans effectif par groupe

L’annexe I décrit une expérience en ligne avec questionnaire, auprès de 1 600 participants en Allemagne et en Grèce, par essai randomisé : un groupe de contrôle et trois groupes de traitement correspondant à trois maquettes (« blueprints »). Tous les répondants ont vu le même scénario hypothétique, celui d’une personne imaginaire qui vient d’acheter une maison, et une maquette d’outil. Ils ont ensuite répondu sur le niveau de risque de la maison et sur ce que le personnage fictif devrait faire.

Le corps du document en cite un constat qualitatif : les répondants qui percevaient un risque élevé étaient significativement plus susceptibles de s’intéresser à l’assurance et aux modifications du bien, quelle que soit la visualisation du risque qu’ils avaient vue.

Le document ne publie ni effectif par groupe, ni taille d’effet, ni test, ni intervalle pour cette expérience. Le seul effectif donné est le total de 1 600. Il renvoie à une étude Verian (EIOPA/2024/07) qui n’a pas été lue pour cette pièce.

Cette expérience ne mesure donc ni souscription réelle, ni adoption réelle de mesures, ni prime : ce sont des maquettes et un personnage fictif.

Le document rapporte aussi que 70 % des personnes interrogées en Allemagne dans l’étude comportementale se disaient sceptiques envers les assureurs et préféreraient qu’une autorité publique crée l’outil, et que 50 % préféraient une consultation en personne avec un expert. L’annexe mentionne 30 entretiens dans deux pays, sans répartition par pays : aucun nombre de personnes ne peut être déduit de ces pourcentages.

Le document cite le coût des travaux comme frein à la prévention ; la tribune, un prix de l’assurance perçu comme trop élevé

Selon l’analyse comportementale citée au f. 46, indépendamment de la présentation des mesures, leur coût, en particulier au-dessus de 10 000 euros, est le principal obstacle aux travaux, et l’incertitude sur leur efficacité est perçue comme l’autre obstacle principal. Ce coût est celui des travaux de prévention, non le prix de l’assurance. Le paragraphe se termine par « requiring all conclusions to be taken with the necessary caution ».

Pour l’assurance, la tribune de la présidente rapporte, parmi trois constats tirés d’une recherche de l’EIOPA et listés sans ordre, que les consommateurs « perceive coverage as too expensive or unaffordable ». C’est une perception de consommateurs, et la tribune les liste sans les classer.

Parmi les quatre options discutées aux f. 52 et 53 pour amener l’utilisateur à agir figure un comparateur indépendant, qui classerait les offres d’assurance selon leur prix et leur couverture des risques climatiques ; ses inconvénients listés sont l’influence commerciale, la couverture limitée et la surcharge d’information. C’est une option parmi quatre, non un élément acquis de l’outil.

La mesure de l’impact n’est pas arrêtée

Le document liste des options de mesure d’impact, dont le suivi du taux de pénétration de l’assurance, pour lequel les avis des parties prenantes étaient partagés (« mixed »). Il rapporte une majorité en faveur des options 3 puis 1, et, parmi les autres pistes proposées par des parties prenantes, un pilote restreint à un public et à une zone. Il n’arrête ni indicateur d’impact ni pilote.

L’Observatoire européen de l’assurabilité : un passage de la tribune, sans lien écrit avec PROTECT

La tribune de la présidente écrit, au conditionnel, que la création d’un Observatoire européen de l’assurabilité « could » améliorer le suivi systématique des écarts de couverture et des ratios de sinistralité par aléa et par région, développer des mesures d’adéquation des investissements de résilience et intégrer des indicateurs d’alerte précoce. Elle écrit que l’Observatoire « could build on » les travaux de l’EIOPA. Le passage renvoie, par sa note 8, à un titre de rapport d’un « Reflection group » ; seul ce titre est cité ici.

Le passage sur l’Observatoire ne parle ni de prix, ni de prime, ni de coût d’assurance, et la page ne mentionne pour lui ni décision, ni mandat, ni budget, ni date. Elle n’écrit donc rien sur son effet sur le prix.

Le document PROTECT ne mentionne pas l’Observatoire. Dans la tribune, PROTECT et l’Observatoire figurent dans deux paragraphes distincts, séparés par un paragraphe sur l’étude des documents d’information produit. Aucune des deux sources ne relie l’un à l’autre.

Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire

Ne pas écrire que PROTECT fixe, calcule, garantit ou baisse une prime : le document décrit une fonction d’information, au conditionnel, sans aucun chiffre de baisse.

Ne pas écrire que PROTECT est lancé, en ligne ou opérationnel : le document propose, et la tribune parle de « proposed the development ».

Citer ensemble les formulations des f. 4, 6, 7 et 8 sur l’effet attendu de la sensibilisation, dont « has demonstrated » au f. 6, sans appel de note, avec le potentiel et les limites que le f. 5 écrit pour l’outil, sans en choisir une seule.

Ne pas rapporter l’expérience de l’annexe I à un effet de l’outil sur la souscription : elle porte sur un personnage fictif et une maquette, sans effectif par groupe.

Ne pas présenter l’Observatoire comme existant, ni comme lié à PROTECT par l’une des deux sources.

Mes réserves

  • Une proposition, non une décision. Le document discute des options avec leurs avantages et inconvénients, et ses « Pro » et « Con » ne sont pas des positions arrêtées de l’EIOPA.
  • Des documents liés non lus. La Factsheet, le tableur des outils, l’étude Verian (EIOPA/2024/07) et le rapport du « Reflection group » n’ont pas été lus pour cette pièce.
  • Une phrase sans voix. Celle du f. 23 sur les économies de prime se cite comme une phrase du document.
  • Un périmètre borné. Bâtiments de l’Union, assurance de biens, cinq aléas.
  • Un chiffre relayé. Le doublement des primes est celui du GDV, relayé par le document de l’EIOPA, puis par sa présidente dans une tribune.
Axel Morel
Axel Morel
Fondateur & analyste · Probans

Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.

Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.

Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.

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