17 % des Européens couverts contre les catastrophes naturelles : l'Eurobaromètre le mesure-t-il ?
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel
Non. Le 17 % est la part des répondants qui cochent, dans une liste de douze modalités à choix multiple, l'item « Coverage for damage to property from natural catastrophe events » : une détention déclarée, recueillie en ligne. Le diaporama de résultats (55 pages) ne définit pas cet item, ne nomme aucun péril et ne dit rien de son rapport au contrat habitation. Il ne publie ni marge d'erreur ni questionnaire, et la page qui l'héberge ne propose pas de questionnaire.
- Une déclaration de détention. À la question Q2, posée aux 25 846 répondants, 17 % (moyenne EU27 pondérée) choisissent l'item. La question autorise plusieurs réponses.
- Un item sans définition. Sur les 55 pages, aucun péril n'est nommé et rien n'est dit de l'item par rapport au contrat habitation : inclus, optionnel ou vendu seul.
- Une reprise qui écrit « respondents ». Une contribution d'une page de la présidente de l'EIOPA cite ce 17 % sans la question, sans la base et sans le choix multiple. La valeur concorde avec l'enquête.
Non. Le 17 % est la part des répondants qui cochent, dans une liste de douze modalités à choix multiple, l’item « Coverage for damage to property from natural catastrophe events » : une détention déclarée, recueillie en ligne. Le diaporama de résultats (55 pages) ne définit pas cet item, ne nomme aucun péril et ne dit rien de son rapport au contrat habitation. Il ne publie ni marge d’erreur ni questionnaire, et la page qui l’héberge ne propose pas de questionnaire.
- Une déclaration de détention. À la question Q2, posée aux 25 846 répondants, 17 % (moyenne EU27 pondérée) choisissent l’item. La question autorise plusieurs réponses.
- Un item sans définition. Sur les 55 pages, aucun péril n’est nommé et rien n’est dit de l’item par rapport au contrat habitation : inclus, optionnel ou vendu seul.
- Une reprise qui écrit « respondents ». Une contribution d’une page de la présidente de l’EIOPA cite ce 17 % sans la question, sans la base et sans le choix multiple. La valeur concorde avec l’enquête.
Une enquête en ligne, commandée par l’EIOPA
Le document est un diaporama de 55 pages, « Flash Eurobarometer », dont la première page écrit : « Survey requested by the European Insurance and Occupational Pensions Authority ». Le terrain est confié à Ipsos European Public Affairs. Les entretiens sont menés en ligne (CAWI), sur les panels d’Ipsos et leur réseau de partenaires, une part des répondants de Malte et du Luxembourg étant recrutée par les réseaux sociaux.
Le terrain va du 14 au 22 mai 2025, auprès de citoyens de l’UE de 18 ans et plus, pour 25 846 entretiens : environ 500 au Luxembourg, à Chypre et à Malte, environ 1 000 dans les autres pays. Les données sont pondérées par calage sur l’âge, le sexe, l’éducation, le statut d’emploi et la région. La moyenne EU27 est pondérée par la population de 18 ans et plus de chaque pays.
L’unité est donc le répondant individuel, non le ménage, le logement ou le propriétaire. Le document ne qualifie pas son échantillon de représentatif et ne publie ni marge d’erreur, ni intervalle de confiance, ni questionnaire. La page de l’outil qui l’héberge ne propose pas de questionnaire.
Ce que la question demande : douze modalités, dont une seule nomme les catastrophes naturelles
La question Q2 est : « Which of the following non-life insurance policies do you own? [MULTIPLE ANSWERS] ». Elle est posée à tous les répondants. L’item retenu est l’une des douze modalités : neuf types d’assurance, « Other », « I do not have any insurance products » et « Don’t know/Prefer not to answer ». Il figure dans la même liste que l’assurance habitation.
| Modalité de Q2 | Part des répondants (EU27) |
|---|---|
| Household insurance | 62 % |
| Car or motor insurance (hors responsabilité civile obligatoire) | 57 % |
| Accident insurance | 32 % |
| Private health insurance | 27 % |
| Travel insurance | 20 % |
| Coverage for damage to property from natural catastrophe events | 17 % |
| Electronics and/or gadget insurance | 11 % |
| Payment, income or credit protection insurance | 10 % |
| Cyber insurance or insurance for online purchases | 4 % |
| Other | 8 % |
| I do not have any insurance products | 8 % |
| Don’t know/Prefer not to answer | 2 % |
Tableau 1. Valeurs imprimées à la question Q2, base : 25 846 répondants, plusieurs réponses possibles. Libellés abrégés pour trois modalités. Source : enquête, p. 5.
Les douze valeurs totalisent 258 : comme la question autorise plusieurs réponses, elles ne s’additionnent pas.
Sur les 55 pages, aucune définition de l’item n’est donnée et aucun péril n’est nommé : ni inondation, ni tempête, ni séisme. L’expression « natural catastroph » n’apparaît que dans le libellé de l’item ou dans celui des questions Q9 et Q11. Le document ne dit rien du rapport de l’item avec le contrat habitation.
Il ne donne aucune information sur le statut d’occupation du logement, ni sur un régime obligatoire ou public de couverture des catastrophes. Sur les catastrophes, le seul rapport à l’État est un item de Q11, « I expect the government to cover my losses ».
Le complément du 17 % est la part qui n’a pas coché l’item : 83 %, au point d’arrondi près. Ce n’est pas la part des répondants non couverts, puisque l’enquête ne mesure pas la couverture.
Du Luxembourg à l’Espagne, de 51 % à 5 %
Sur la même question, la part qui coche l’item va de 5 % en Espagne à 51 % au Luxembourg. La deuxième valeur la plus haute est celle de la Slovaquie, 35 %. Sur la même page, la ligne « Household insurance » donne 85 % en France et en Finlande, 77 % au Luxembourg, 73 % en Espagne, 66 % en Allemagne, 35 % en Italie et 23 % en Grèce. En France, l’item est à 20 %.
Le maximum repose sur l’un des plus petits échantillons, d’environ 500 répondants, dont une part recrutée par les réseaux sociaux. Sans marge d’erreur publiée, aucun écart entre pays proches ne se classe. Le document ne mesure pas la couverture effective : on ne peut ni dire le Luxembourg « le mieux couvert », ni l’Espagne « moins protégée ». Il ne décrit aucun régime national, et l’écart entre l’habitation et l’item dans un pays ne s’explique pas à partir de lui.
Sur l’ensemble de l’UE, la part varie aussi avec le profil : 8 % chez les 18-24 ans, 14 % chez les 25-39 ans, 17 % chez les 40-54 ans, 20 % chez les 55 ans et plus ; 12 %, 17 % et 20 % selon un niveau d’éducation faible, moyen ou élevé ; 20 % chez les retraités et 8 % chez les autres inactifs. Aucun test ni contrôle n’accompagne ces écarts, et la propriété du logement n’est pas mesurée : ils ne se lisent pas comme un effet de l’âge, du diplôme ou du patrimoine.
La raison la plus cochée par les non-détenteurs : ne pas se croire exposé (24 %)
La question Q11 est posée aux répondants qui n’ont pas coché l’item (n = 21 140), avec un rappel de leur réponse précédente. Elle demande les raisons principales, plusieurs réponses possibles. Ajouté aux 4 706 détenteurs de l’item, cet effectif redonne exactement les 25 846 répondants.
| Raison déclarée (Q11) | Part des non-détenteurs (EU27) |
|---|---|
| Je ne crois pas être exposé à ces événements | 24 % |
| Je n’ai pas les moyens de cette assurance | 19 % |
| Je ne fais pas confiance à l’assureur pour couvrir mes pertes | 15 % |
| Pas un bon rapport qualité-prix | 14 % |
| J’ignorais que cette couverture existait | 10 % |
| Difficile de trouver un contrat adapté | 7 % |
| Conditions trop difficiles à comprendre | 7 % |
| J’attends que l’État couvre mes pertes | 7 % |
| Je n’ai pas pu renouveler mon contrat | 3 % |
| Autre | 12 % |
| Ne sait pas ou refuse de répondre | 11 % |
Tableau 2. Raisons déclarées de ne pas détenir la couverture, base : 21 140 répondants, plusieurs réponses possibles. Traduction de la pièce ; les libellés d’origine sont anglais. Source : enquête, p. 33.
Ce sont des raisons déclarées, sans analyse. Elles se rapportent aux non-détenteurs, non à l’ensemble des répondants, et elles ne s’additionnent pas.
Les raisons varient selon les pays. Le fait de ne pas se croire exposé va de 8 % à Chypre à 38 % en Finlande. L’impossibilité de payer va de 8 % au Danemark à 40 % en Grèce et à Chypre. Ignorer que cette couverture existait va de 4 % en Allemagne à 22 % en Suède.
Parmi les 4 706 détenteurs de l’item, 20 % se disent très satisfaits du traitement de leurs sinistres des deux dernières années, 41 % plutôt satisfaits, 6 % plutôt insatisfaits, 2 % très insatisfaits. 27 % n’ont fait aucune déclaration de sinistre sur la période et 4 % ne savent pas. Ces parts portent sur tous les détenteurs, non sur les seuls sinistrés.
La reprise dans le magazine Eurofi
La contribution est une page signée de Petra Hielkema, présidente de l’EIOPA, dans la rubrique « VIEWS » du magazine Eurofi (Nicosie, 2026), mise en ligne par l’EIOPA le 25 mars 2026. Le mot « survey » n’y figure pas. Ses sources sont dix intitulés en notes, sans adresse imprimée.
Elle écrit que l’Eurobaromètre 2025 de l’EIOPA « reveals only 17% of respondents hold coverage for property damage caused by natural catastrophes », sous l’entrée « insurance uptake remains low ». La phrase renvoie à la note 3 et ne précise ni la question, ni la base, ni le choix multiple. Le 17 % est bien celui de la p. 5 de l’enquête. La contribution écrit « hold » là où la question écrit « own », et sa formule reprend le libellé de Q11 plutôt que celui de Q2.
La phrase suivante parle de « persistently low take-up rates ». Pour Q2, l’enquête ne donne aucune valeur d’une année antérieure : sur les 55 pages, la seule année imprimée est 2025 (2022, 2023 et 2024 : aucune occurrence), et la comparaison avec 2023 et 2024 que la page de l’outil annonce porte sur la confiance dans les fonds de pension. Le « persistently » est celui de la contribution.
Juste après, la contribution attribue trois constats à une autre recherche de l’EIOPA sur les comportements des ménages (note 4, un « Revised Staff Paper ») : un coût jugé trop élevé, un manque de transparence sur les coûts et l’étendue de la couverture, l’attente d’une indemnisation par l’État. Elle dit ces constats « consistent across Member States ». Ce document n’est pas lu pour cette pièce. La contribution ne les tire pas de l’Eurobaromètre, même si Q11 comporte des raisons voisines (coût, attente de l’État).
La raison la plus citée à Q11, ne pas se croire exposé (24 %), ne figure pas parmi ces trois puces, et les mots « at risk » et « risk perception » n’apparaissent pas dans la contribution. La contribution rattache pourtant ses trois constats à une autre recherche, non à l’Eurobaromètre.
Elle rattache l’« insurance illusion », des consommateurs qui se croient protégés et découvrent des trous ou des exclusions après le sinistre, à une étude de l’EIOPA de mai 2025 sur les documents d’information produit. Le mot « illusion » n’apparaît pas dans l’enquête, qui ne mesure pas ce que les répondants savent de leur propre couverture.
Elle ouvre sur un autre chiffre, attribué au tableau de bord de l’EIOPA : seul un quart environ des pertes dues aux événements extrêmes en Europe était assuré entre 1980 et 2024. Le texte ne relie pas ce chiffre au 17 % par un calcul. L’un est une part de répondants, l’autre une part de pertes sur quarante-cinq ans, et le tableau de bord n’est pas lu pour cette pièce.
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Citer le chiffre comme « 17 % des répondants déclarent détenir » l’item, avec son libellé anglais, la base de 25 846 répondants et le choix multiple. Ne pas l’appeler taux de couverture, ni le rapporter aux ménages, aux logements ou aux propriétaires.
Ne pas lui associer de marge d’erreur, ni dire significatif un écart entre pays, âges ou niveaux d’études : rien n’est publié pour le faire.
Citer les raisons de Q11 pour elles-mêmes, comme des raisons déclarées de non-détenteurs, et ne pas leur attribuer les trois constats de la contribution Eurofi, qui viennent d’une autre recherche.
Mes réserves
- Des déclarations en ligne, non des mesures. L’enquête recueille des réponses sur panels, à une question fermée à choix multiple. Elle ne mesure ni l’exposition, ni la perte, ni l’écart de protection.
- Des effectifs qui ne redonnent pas les pourcentages. 4 706 sur 25 846 donne 18,2 %, pour 17 % imprimé. Pour l’assurance habitation, 15 169 sur 25 846 donne 58,7 %, pour 62 % imprimé. Le document dit les données pondérées sans dire si les effectifs le sont, et n’explique pas l’écart.
- Deux valeurs pour une même modalité. « I do not have any insurance products » est imprimée à 8 % p. 5 et à 9 % p. 6, même question, même base. Pour l’item catastrophe naturelle, les deux pages concordent.
- Rien avant 2025 pour cet item. Le document ne donne, pour Q2, aucune valeur d’une année antérieure : la pièce ne dit pas si le taux monte, stagne ou baisse.
- Des documents cités et non lus. Le « Revised Staff Paper » de la note 4, le tableau de bord de l’EIOPA et l’étude de mai 2025 ne sont lus que par ce que la contribution en écrit.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.

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