Le FSB confirme-t-il les 34 % de l'OCDE sur l'IA dans le crédit privé ?
Axel Morel · Fondateur & analyste, ProbansL'essentiel
Non : il les reprend. Le FSB écrit que la part du secteur de l'IA dans les transactions de crédit privé atteint 34 % en 2025, et sa note renvoie au Global Debt Report 2026 de l'OCDE. Dans ce rapport, la figure qui porte ce chiffre n'a qu'une source, Preqin, et la part y est calculée sur la valeur des transactions, non sur leur nombre.
- Le FSB renvoie à l'OCDE, qui renvoie à Preqin. La note 75 du FSB cite le rapport de l'OCDE, sans page, sans figure et sans mention de Preqin. Dans le rapport de l'OCDE, la figure a une seule source : Preqin.
- Le chiffre est une part de valeur, pour des entreprises classées « IA » par Preqin. Le panneau de l'OCDE parle de valeur totale des transactions. Le FSB écrit « share of private credit deals », sans la base ni la définition.
- Le « 17 % » du FSB n'est pas écrit par l'OCDE. Le FSB compare 34 % à une moyenne de 17 % sur cinq ans. Le rapport de l'OCDE compare 34 % à 9 % en 2024. Les deux comparaisons ne donnent pas le même écart.
Non : il les reprend. Le FSB écrit que la part du secteur de l’IA dans les transactions de crédit privé atteint 34 % en 2025, et sa note renvoie au Global Debt Report 2026 de l’OCDE. Dans ce rapport, la figure qui porte ce chiffre n’a qu’une source, Preqin, et la part y est calculée sur la valeur des transactions, non sur leur nombre.
- Le FSB renvoie à l’OCDE, qui renvoie à Preqin. La note 75 du FSB cite le rapport de l’OCDE, sans page, sans figure et sans mention de Preqin. Dans le rapport de l’OCDE, la figure a une seule source : Preqin.
- Le chiffre est une part de valeur, pour des entreprises classées « IA » par Preqin. Le panneau de l’OCDE parle de valeur totale des transactions. Le FSB écrit « share of private credit deals », sans la base ni la définition.
- Le « 17 % » du FSB n’est pas écrit par l’OCDE. Le FSB compare 34 % à une moyenne de 17 % sur cinq ans. Le rapport de l’OCDE compare 34 % à 9 % en 2024. Les deux comparaisons ne donnent pas le même écart.
Ce que l’OCDE écrit : 34 % de la valeur des transactions recensées par Preqin
Au folio 84, le rapport écrit que la part de l’IA (« the sector’s share of deals ») passe de 9 % en 2024 à 34 % en 2025, dans une phrase où la valeur totale des transactions de crédit privé passe de 97 à 174 milliards de dollars. La figure 2.25, au folio 85, a une seule source : Preqin.
Le texte dit « share of deals ». Le titre du panneau B, qui porte les mêmes valeurs, dit « AI share of total private credit deal value ». Le recalcul va dans le même sens que le titre : 59 milliards sur 174 donnent 33,9 %, arrondi à 34 %. Ce 33,9 % est un calcul de cette pièce, non un chiffre de l’OCDE.
Le rapport écrit que les transactions de crédit privé liées à l’IA atteignent 59 milliards de dollars en 2025, près de sept fois 2024, et 17 milliards de plus que 2022, deuxième année la plus haute. Il ajoute que la hausse vient de valeurs de transaction plus élevées, non d’un plus grand nombre de transactions.
Le rapport ne donne aucun nombre de transactions : la courbe du panneau A n’a aucune étiquette de valeur. Les montants de 2022 et de 2024 ne s’obtiennent que par calcul, et un ordre de grandeur tiré de ce calcul est un calcul, non un chiffre de l’OCDE.
Une transaction est « liée à l’IA » selon la taxonomie de Preqin
La note de la figure écrit que les transactions centrées sur l’IA sont celles impliquant (« involving ») des entreprises classées dans le « vertical » « Artificial Intelligence » de la taxonomie de Preqin. Le rapport ne donne pas d’autre définition, ni ce que Preqin compte comme crédit privé.
« Preqin » figure 3 fois dans le rapport : deux fois à la figure 2.25 (note et source), une fois à la figure 2.3. L’annexe 2.B sur la collecte de données et la méthodologie ne le contient pas, et n’y contient pas non plus « private credit ».
La note dit « involving » : elle ne précise pas le rôle de l’entreprise dans la transaction. Le critère porte sur le classement de l’entreprise, non sur le financement de l’IA par le crédit privé dans son ensemble.
Le FSB reprend la phrase avec une note vers l’OCDE
L’encadré 4 du FSB, sur le crédit privé et le financement des investissements récents liés à l’IA, écrit : « the sector’s share of private credit deals reaching 34% in 2025, up from an average of 17% over the previous five years ». La phrase commence au folio 32 et finit au folio 33, avec la note 75 : « OECD (2026), Global Debt Report 2026: Sustaining Debt Market Resilience Under Growing Pressure, March. »
Le FSB ne nomme Preqin nulle part hors des tableaux d’annexe où il liste les sources de données des juridictions. Il ne reprend ni le 9 % de 2024, ni les 59, 97 ou 174 milliards, ni « deal value », ni « vertical ». Il renvoie au document qui donne la base, et n’écrit pas la base lui-même.
La phrase précédente du FSB, sur l’expansion du prêt du crédit privé aux secteurs liés à l’IA, porte la note 74, qui renvoie à un bulletin de la BRI, non à l’OCDE. Le contenu de ce bulletin n’est pas au dossier de cette pièce.
Le FSB qualifie aussi l’exposition du fonds de crédit privé moyen aux secteurs liés à l’IA de « relativement faible », sans chiffre. Cette formule est celle du FSB : elle ne peut pas être attribuée à l’OCDE.
Mon interprétation. Le FSB ne cite pas d’autre source que l’OCDE pour cette phrase, et la figure de l’OCDE n’a que Preqin pour source. Une lecture « deux institutions mesurent 34 % » n’a donc pas de base dans ces deux documents.
Le 17 % : une moyenne que le FSB écrit et que l’OCDE n’écrit pas
Le rapport de l’OCDE ne contient aucune moyenne de la part de l’IA sur les années antérieures. « 17 % » y apparaît 10 fois, et une seule occurrence est liée au sujet : l’étiquette 2018 du panneau B. La comparaison que le rapport écrit est 9 % en 2024 contre 34 % en 2025.
Le panneau B imprime, de 2016 à 2025, 32 %, 6 %, 17 %, 3 %, 29 %, 15 %, 18 %, 15 %, 9 % et 34 %. La moyenne simple des étiquettes 2020 à 2024 donne 17,2, soit 17 après arrondi. Trois lectures voisines ne redonnent pas 17 : 2019 à 2023 donne 16,0, la médiane 2020-2024 donne 15, la moyenne 2016-2024 donne 16,0.
Ce calcul montre qu’un chemin redonne 17, non que le FSB l’a suivi : il ne décrit pas sa méthode. Une moyenne simple de parts annuelles n’est pas non plus la part moyenne en valeur sur cinq ans, qui n’est pas calculable ici faute d’étiquettes sur le panneau A.
Les deux comparaisons écrites ne donnent pas le même écart. Contre 9 %, 34 % est 3,8 fois plus haut, soit 25 points de plus. Contre 17 %, c’est 2,0 fois, soit 17 points de plus. Chacune est exacte à sa source, car elles portent sur deux références différentes.
Ce que la série du panneau B permet de dire
La valeur 2025 est la plus haute des dix années imprimées, de 2016 à 2025. Celle de 2016, 32 %, lui est inférieure de 2 points, et la série commence en 2016. « La plus haute des dix années publiées » est exact, « sans précédent » ne l’est pas.
La série n’est pas monotone : cinq années sont en baisse sur la précédente (2017, 2019, 2021, 2023 et 2024). La part imprimée par l’OCDE ne croît donc pas régulièrement. Le FSB écrit « steadily growing », mais le sujet de sa phrase est « interest and activity in this area », non la part.
Le « highest on record » du rapport de l’OCDE porte sur la taille agrégée des transactions de 2025, non sur la part.
Le rapport ne donne, pour la figure 2.25, ni date d’arrêt des données, ni caractère provisoire ou définitif de la valeur 2025. La figure 2.3, sourcée elle aussi Preqin, porte en note « 2025 values are as of June 2025 » : cette date concerne l’encours et n’est pas transposable à la figure 2.25.
Ce que les 34 % ne mesurent pas
Les 174 milliards de dollars de transactions de 2025 sont une autre grandeur que l’encours de crédit privé, que le rapport de l’OCDE donne ailleurs à 1 800 milliards de dollars en juin 2025 (folio 64). Les 59 milliards ne se rapportent pas à cet encours.
Le FSB définit le crédit privé comme le prêt direct non bancaire à des entreprises de taille moyenne, négocié de gré à gré, et l’estime entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars à fin 2024. Il ne dit pas que les 34 % sont calculés sur ce périmètre. Rapporter les 34 % à l’un de ces montants n’est pas autorisé par ces documents.
Le même chapitre du rapport de l’OCDE contient une autre estimation, prospective et attribuée à Morgan Stanley : 800 milliards de dollars de crédit privé attendus pour l’expansion de l’IA sur quatre ans. Le FSB donne aussi 800 milliards, dans une ventilation 2025-2028 qu’il attribue à Morgan Stanley et à la Banque d’Angleterre. Ce chiffre n’est pas lié aux 34 % : ce sont des estimations distinctes, de sources distinctes.
Ce qu’un lecteur qui doit décider peut en faire
Citer les 34 % comme un chiffre de l’OCDE fondé sur Preqin, sous la forme « 34 % de la valeur des transactions de crédit privé recensées par Preqin en 2025 », et non comme une mesure du FSB.
Ne pas écrire « 34 % des transactions » au sens d’un nombre de transactions, ni « un tiers du crédit privé » : la grandeur est un flux de valeur, non un encours.
Citer le 17 % comme une moyenne écrite par le FSB, et non comme un chiffre de l’OCDE.
Mes réserves
- Une seule source de données. La figure de l’OCDE est sourcée Preqin seul. La pièce ne peut rien dire du périmètre de la base, de ses zones, de ses types de prêts ni de ses seuils, absents des deux documents.
- Une définition par classement d’entreprise. La note dit « involving ». La pièce ne dit ni qui emprunte, ni quelles entreprises le vertical « Artificial Intelligence » contient.
- Une date d’arrêt inconnue. Le rapport ne dit pas si la valeur 2025 est complète ou provisoire.
- Un 17 % dont la méthode n’est pas décrite. Un calcul le redonne, mais la pièce ne sait pas si le FSB l’a fait ainsi.
- Un montant et un nombre non publiés. Aucun nombre de transactions n’est imprimé, et les montants de 2022 et de 2024 sont des calculs.
- Une note du FSB sans page ni figure. La note 75 renvoie au rapport entier. La pièce ne peut pas dire ce que le FSB a lu dans ce rapport, texte ou figure.
I source primaire indépendante · S secondaire spécialisée · P partie prenante ayant un intérêt commercial sur le sujet traité.

Développe une méthode d'analyse destinée à distinguer ce que les preuves établissent, ce qu'elles suggèrent et ce qu'elles ne permettent pas de conclure, puis à traduire cette distinction en décisions professionnelles.
Choix du sujet, direction de la rédaction, validation ou modification des sources, validation et retravail du texte et des illustrations : Axel Morel. Rédaction, choix des sources initiales et plan de rédaction initial : assistance IA.
Responsabilité éditoriale : Axel Morel. Recherche et rédaction assistées par IA selon la méthodologie Probans, sources vérifiées avant publication. Charte éditoriale.
En savoir plus