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Acheter plutôt que construire son IA : y a-t-il un avantage démontré ?

Décision possible

Décision concernée

Ces trois lectures permettent-elles d'établir une voie d'approvisionnement gagnante, acheter, construire ou combiner son IA ?

Non. Mises côte à côte, les trois pièces ne permettent pas de désigner une voie d'approvisionnement gagnante. Le rapport NANDA est le seul des trois à rattacher une valeur chiffrée de résultat à la voie : il le fait sur des déclarations recueillies auprès de 52 organisations, sans effectif par approche, et écrit lui-même que la corrélation ne prouve pas nécessairement la causalité, puis recommande d'acheter (p. 23). L'étude de 2023 ne mesure ni performance, ni réussite, ni productivité, ni retour sur investissement, ni coût, et l'annexe de la BCE décrit une prévalence déclarée, sans comparer ni performance, ni coût, ni délai entre interne et tiers. Cette recommandation reste donc une recommandation, non un résultat démontré. Ce que le dossier permet de répondre est plus étroit : chaque chiffre porte sur une population, une période, une IA et une définition de l'achat et de la construction qui lui sont propres, et aucun pourcentage ne se compare à celui d'une autre pièce sur une base commune.

L'essentiel en 3 points

  1. Trois matériaux, trois populations, trois périodes. Le rapport NANDA, daté de juillet 2025, porte sur plus de 300 initiatives d'IA rendues publiques, des entretiens avec 52 organisations et 153 dirigeants interrogés dans quatre conférences. L'étude de 2023 s'appuie sur une enquête téléphonique du 16 janvier au 9 mars 2020, avec 3 143 entreprises dans l'estimation finale. L'annexe de la BCE rapporte les déclarations de 13 banques supervisées, dont le siège est dans neuf pays européens non nommés, pour deux usages, le scoring de crédit et la détection de fraude. Ces effectifs ne s'additionnent pas.
  2. Ni la même IA, ni la même période. Le rapport NANDA porte, par son titre, sur l'IA générative. Les données de l'étude de 2023 datent de janvier à mars 2020, et les termes « generative » et « LLM » ne figurent pas dans son texte. Dans l'annexe de la BCE, aucune banque de l'échantillon ne déclare utiliser l'IA générative en scoring de crédit ni en détection de fraude : il s'agit d'apprentissage automatique établi. Aucun résultat ne se transpose d'une pièce à l'IA d'une autre.
  3. Trois grandeurs, trois définitions. Sur l'approvisionnement, le rapport NANDA donne une fréquence déclarée d'atteinte du déploiement par approche. L'étude de 2023 observe la co-occurrence de choix déclarés, dont elle infère la complémentarité, secteur par secteur. L'annexe de la BCE rapporte une prévalence déclarée de l'origine des modèles, dans une figure sans effectif de base. « Acheter » et « construire » n'ont pas les mêmes frontières d'une pièce à l'autre, et le mot « partenariat » est rangé côté achat dans le rapport NANDA, mais distingué de l'achat dans l'annexe de la BCE.
  4. Tout repose sur des déclarations, et chaque source borne sa portée. Dans les trois pièces, la voie d'approvisionnement est connue par ce que des répondants déclarent. Le rapport NANDA se présente comme des résultats préliminaires, avec un seul relecteur nommé, aussi coauteur. L'étude de 2023 est une version de travail, présentée comme un premier pas. L'article qui présente l'annexe de la BCE écrit que ses enseignements reposent sur un petit échantillon et ne doivent pas être généralisés à l'ensemble du secteur.
  5. Un seul des trois résultats publie un effectif et des intervalles. Parmi les trois résultats d'approvisionnement du dossier, seul celui de l'étude de 2023 publie à la fois un effectif et des intervalles. D'après les bornes publiées, 3 intervalles sur 13 secteurs excluent zéro, dont celui de l'informatique, négatif, et 10 sur 13 le contiennent. Ce décompte est un recomptage des bornes, non un test que les auteurs appliquent. Le rapport NANDA rattache ses pourcentages à 52 organisations interrogées, sans dire combien ont acheté ou construit, et ne publie aucun intervalle pour cette comparaison. L'annexe de la BCE publie une figure sans effectif de base et n'applique aucun traitement statistique.
  6. La voie mixte : trois traitements, une combinaison majoritaire dans aucun secteur. Le rapport NANDA marque l'hybride « Insufficient data to quantify ». L'étude de 2023 en fait son objet et juge les complémentarités « courantes » selon les secteurs, avec des écarts d'intensité et des exceptions ; d'après un recalcul, non un chiffre publié par les auteurs, la combinaison n'est majoritaire, parmi les entreprises hors « Neither », dans aucun secteur : de 20,0 % (Utilities) à 40,7 % (Manufacturing). Les auteurs signalent eux-mêmes un biais possible vers la complémentarité. L'annexe de la BCE décrit, pour la fraude, un « flexible sourcing » où la plupart des banques utilisent des solutions internes et certaines aussi des prestataires tiers. Ces trois « mixtes » ne sont pas une même chose.
  7. Ce qui n'est pas mesuré. Une seule des trois pièces rattache une valeur chiffrée de résultat à la voie : le rapport NANDA, une fréquence d'atteinte du déploiement déclarée en entretien auprès de 52 organisations, sans effectif par approche, pour des partenariats externes portant sur des outils personnalisés capables d'apprendre. L'étude de 2023 ne mesure ni performance, ni réussite, ni productivité, ni retour sur investissement, ni coût. L'annexe de la BCE ne compare aucune performance, aucun coût, aucun délai entre interne et tiers. La voie hybride « probably the longest and most expensive path » est, chez les auteurs de l'étude, une implication, non une mesure.
  8. Les trois pièces nomment les compétences ou capacités internes. Le rapport NANDA cite la capacité technique interne parmi trois facteurs que l'écart pourrait refléter, plutôt que la seule approche. L'annexe de la BCE, pour le seul scoring de crédit, écrit que la prévalence du développement interne « is related to » notamment « existing in-house model development capabilities ». L'étude de 2023 écrit notamment, au conditionnel, que le prêt-à-l'emploi pourrait ne pas permettre à court terme aux entreprises sans compétences internes de tirer une valeur significative de leurs investissements. Aucune des trois pièces ne permet d'écrire qu'une voie d'approvisionnement cause un meilleur résultat.

Mes réserves

Comment lire ce dossier

  • Cette page met trois pièces côte à côte. La lecture croisée est la mienne : ce n'est le constat d'aucune des trois sources, et je n'en tire ni que les sources convergent, ni qu'elles se contredisent.
  • Les trois pièces portent sur trois populations différentes : je n'additionne pas leurs effectifs, et je ne transpose aucun résultat d'une pièce à l'IA ou à la population d'une autre.
  • Les décomptes de cette page sont des recomptages sur des valeurs publiées : 10 secteurs sur 13 dont l'intervalle contient zéro, et une combinaison des deux voies comprise entre 20,0 % et 40,7 % des entreprises hors « Neither ». Ce sont mes calculs, pas des tests ni des parts publiées par les auteurs de l'étude.
  • L'étude de 2023 est une version de travail ; la version parue en 2024 n'a pas été lue.
  • Dans deux des trois pièces, un lien entre les auteurs et leur matière est visible : le rapport NANDA nomme son propre projet parmi les infrastructures qui définiront quels fournisseurs aident à franchir la « divide », et deux des trois auteurs de l'étude de 2023 sont coauteurs du rapport d'enquête dont elle exploite les données. Je n'en tire aucune conclusion sur les chiffres.
  • Ne pas trouver de voie gagnante dans ces trois pièces, c'est constater une absence de preuve, non prouver que le choix entre acheter et construire est sans effet.

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