# Dollarisation par stablecoins : l'alerte de la BRI repose-t-elle sur une simulation ?

> Pas dans ce chapitre. La BRI y écrit qu'il existe un risque de « stablecoin dollarisation » dans les économies émergentes et en développement, à l'aide de verbes au conditionnel. Son seul modèle macroéconomique quantitatif est calibré sur les États-Unis, et ses simulations en rapportent les effets sur l'économie émettrice. Le chapitre ne rapporte aucun résultat de simulation pour une économie émergente. Il qualifie lui-même ses projections d'incertaines.

- Source : https://probans.org/finance/tokenisation-stablecoins/dollarisation-tension-interne-bri/
- Catégorie : Finance
- Auteur : Axel Morel
- Publié le : 2026-10-03

## En résumé

- <strong class="text-ink">Un risque écrit au conditionnel.</strong> L'introduction parle d'un « risk » où la demande de stablecoins étrangers « could » remodeler les flux de capitaux, affecter les changes et mettre à l'épreuve la souveraineté monétaire. Le chapitre ne prévoit, ne mesure et ne constate pas de dollarisation par ce passage.
- <strong class="text-ink">Des simulations qui portent sur l'économie émettrice.</strong> Les effets projetés portent sur l'économie qui émet (production, coût de financement et prêts des banques, espace budgétaire), et non sur les économies qui détiennent les stablecoins.
- <strong class="text-ink">Une section sur les économies émergentes dont les données sur les stablecoins couvrent peu d'années.</strong> Le chapitre écrit que les données de flux de stablecoins entre pays sont probablement moins fiables que celles des dépôts en devises et n'existent que pour quelques années.

Pas dans ce chapitre. La BRI y écrit qu'il existe un risque de « stablecoin dollarisation » dans les économies émergentes et en développement, à l'aide de verbes au conditionnel. Son seul modèle macroéconomique quantitatif est calibré sur les États-Unis, et ses simulations en rapportent les effets sur l'économie émettrice. Le chapitre ne rapporte aucun résultat de simulation pour une économie émergente. Il qualifie lui-même ses projections d'incertaines.

1. **Un risque écrit au conditionnel.** L'introduction parle d'un « risk » où la demande de stablecoins étrangers « could » remodeler les flux de capitaux, affecter les changes et mettre à l'épreuve la souveraineté monétaire. Le chapitre ne prévoit, ne mesure et ne constate pas de dollarisation par ce passage.

2. **Des simulations qui portent sur l'économie émettrice.** Les effets projetés portent sur l'économie qui émet (production, coût de financement et prêts des banques, espace budgétaire), et non sur les économies qui détiennent les stablecoins.

3. **Une section sur les économies émergentes dont les données sur les stablecoins couvrent peu d'années.** Le chapitre écrit que les données de flux de stablecoins entre pays sont probablement moins fiables que celles des dépôts en devises et n'existent que pour quelques années.

## Des avoirs actuels « still limited », un risque écrit au conditionnel

Le texte lu est le chapitre III du rapport économique annuel 2026 de la Banque des règlements internationaux, folios 77 à 121. Sa dernière page précise que les vues exprimées ne reflètent pas nécessairement celles des banques centrales membres de la BRI.

Au folio 78, l'introduction écrit : « there is a risk of “stablecoin dollarisation” in emerging market and developing economies (EMDEs), where demand for foreign stablecoins could reshape capital flows, affect exchange rate dynamics and challenge monetary sovereignty ». Elle ajoute que cela accroît la charge des banques centrales pour assurer la stabilité des prix et l'efficacité des paiements.

La phrase qui dit que les effets sur l'activité économique resteront probablement limités vient deux phrases avant. Elle porte sur des compositions de réserves stylisées. Entre les deux, une phrase écrit que des rachats importants de stablecoins pourraient affecter défavorablement les marchés monétaires et les conditions de financement. La phrase sur la dollarisation s'ouvre ensuite par « Moreover » : la phrase sur les effets limités ne porte pas sur elle.

Dans la section dédiée (folios 100 à 103), le premier des défis nouveaux que le chapitre attribue à la dollarisation par stablecoins est posé à l'indicatif : les stablecoins étrangers « provide a readily accessible substitute for domestic currencies in jurisdictions with restrictions on foreign currency deposits ». Plusieurs des défis suivants sont écrits au conditionnel : des flux de capitaux qui « could » devenir plus volatils, une vulnérabilité qui « could rise significantly » si l'emprunt en devises augmente, une souveraineté monétaire qui pourrait être atteinte si les stablecoins étrangers servaient à régler des transactions réelles. La source qualifie elle-même les avoirs actuels de réserve de valeur de « still limited ». L'encadré E écrit par ailleurs que la prévalence de la dollarisation des dépôts, « which shares certain similarities with dollarisation via stablecoins in its current form », a peu changé au cours des dernières décennies.

Pour la dollarisation par stablecoins, la persistance n'est écrite qu'à titre d'hypothèse : « if past experience of deposit dollarisation is taken as a guide, dollarisation through stablecoins could prove quite persistent ». La section présente l'expérience passée de la dollarisation comme pouvant fournir des indices, et dit que la dollarisation par stablecoins peut créer des défis nouveaux.

## Un seul modèle chiffré, des simulations qui rapportent des effets sur l'économie émettrice

Le chiffrage macroéconomique du chapitre repose sur un modèle néokeynésien quantitatif avec émetteurs de stablecoins, calibré sur des données américaines (Hofmann, Kaldorf et Rottner, 2026). Il comporte des ménages domestiques et étrangers, un secteur bancaire domestique, des émetteurs domestiques, des entreprises et l'État. Une demande étrangère peut y figurer selon le scénario. Au graphique 5.C, les simulations font varier trois marges distinctes, chacune par rapport au scénario de base à 2 billions de dollars de capitalisation : une dette publique portée de 122 % à 175 % du PIB, une part des bons du Trésor portée de 18 % à 24 %, et la moitié des stablecoins détenue à l'étranger.

Ce que le texte en commente porte sur l'économie qui émet. Au folio 97, il écrit que l'effet défavorable sur le coût de financement et les prêts des banques tend à l'emporter sur les bénéfices d'un espace budgétaire accru « in the issuing jurisdiction ». Quand les émetteurs détiennent des bons du Trésor, une demande étrangère plus forte réduit la pression sur le coût de financement des banques et accroît la production domestique.

Le chapitre juge l'effet projeté « quantitatively modest » pour des capitalisations de 1, 2 ou 3 billions de dollars. Il écrit aussi que l'effet global sur la production est « qualitatively and quantitatively ambiguous », que la calibration américaine n'en donne qu'une « tentative indication », et que la réponse agrégée est « modestly negative » si les réserves sont des bons du Trésor, une dette publique élevée et une forte demande étrangère pouvant en changer le sens. Ces qualificatifs portent sur l'économie émettrice, non sur la dollarisation.

*Mon interprétation.* La capitalisation citée par le chapitre est d'environ 320 milliards de dollars fin mai 2026. Les scénarios du modèle valent donc environ 3, 6 et 9 fois ce niveau. Ce calcul est le mien, non celui de la source.

Dans ce chapitre, aucune phrase ne rapporte un résultat du modèle quantitatif, ni d'une simulation, pour une économie émergente, ni sur le change, la politique monétaire ou les flux de capitaux d'une économie autre que la juridiction émettrice. La section dollarisation ne renvoie ni au graphique 5 ni à l'encadré D. Sur les folios 93 à 99, où figurent les scénarios, le modèle et l'encadré D, le sigle « EMDE » n'apparaît pas dans le texte extrait.

Cette borne est celle du chapitre. Il cite d'autres travaux que je n'ai pas ouverts, dont Hofmann, Mehrotra et Paulick (2026), sur la dollarisation et le contrôle monétaire (folio 120), aussi source du graphique 7. Je ne dis rien de leur contenu.

*Mon interprétation.* Le modèle a une demande étrangère, et la section dollarisation décrit les stablecoins étrangers, c'est-à-dire ceux libellés en dollars et détenus par des non-résidents. Dans le modèle, les achats étrangers de stablecoins domestiques sont des entrées nettes de capitaux dans l'économie émettrice ; dans la section, leurs effets sont décrits dans les économies détentrices. Cette pièce met en regard ces deux passages du chapitre. Les résultats de simulation rapportés ne portent que sur le premier côté.

## La section dollarisation : des données sur les stablecoins qui couvrent peu d'années, un cadre en groupe

Le chapitre écrit que « the evidence so far suggests that similar factors are relevant for stablecoin flows », tout en précisant que ces données sont probablement moins fiables que celles sur les dépôts en devises et ne sont disponibles que pour quelques années.

| Graphique | Série | Échantillon déclaré |
|---|---|---|
| 7.A | dépôts en devises 1995-2019 ; stablecoins 2019-23 | jusqu'à 190 économies, selon les données disponibles |
| 7.B | restrictions 2000-19 (dépôts) et 2022-23 (stablecoins) | jusqu'à 132 économies |
| 8.B | régressions, janvier 2021 à novembre 2025 | 27 monnaies fiat |
| E1.B | 25 crises, 1981-2005 | 25 économies émergentes et en développement |
| E1.C | 1995-2019 | 107 économies émergentes et en développement |

*Tableau 1. Échantillons déclarés dans les notes des graphiques. Les valeurs des courbes et des barres n'ont pas été relues. Source : chapitre, folios 101, 104 et 115.*

*Mon interprétation.* Les séries de stablecoins du tableau couvrent 5 années civiles pour le graphique 7.A, 2 années pour le 7.B et 59 mois pour le 8.B. Ce décompte est le mien.

Le chapitre écrit que des flux de monnaies fiat autres que le dollar entrent dans les stablecoins (graphique 8.A), et que ces flux « can weaken the domestic fiat currency in the spot market » (graphique 8.B, courbe rouge), sur la base de régressions dont la note déclare 27 monnaies fiat. Je ne chiffre pas cette dépréciation.

Le chapitre décrit aussi des restrictions : plusieurs pays, surtout des économies émergentes, ont restreint l'usage transfrontière des stablecoins, des mesures probablement imparfaites vu la nature de porteur des jetons. Les entrées en stablecoins ont été à peu près semblables avec ou sans restrictions entre résidents et non-résidents en 2022-23. Le titre du graphique 7.B écrit que ces restrictions « may have smaller reach » que celles sur les dépôts en devises.

Le chapitre apporte ses propres contrepoints. Il écrit, à propos de la dollarisation des dépôts, qu'elle n'a généralement pas empêché le contrôle de l'inflation et que plusieurs économies ont connu des baisses de la dollarisation des dépôts. Il écrit aussi que la pression de substitution monétaire peut, à la marge, inciter à des politiques saines, et que le défi des stablecoins étrangers « could catalyse reforms that ultimately strengthen monetary sovereignty ».

Sur les 45 pages, « Argentin », « Turk », « Türk », « Nigeria », « Brazil », « Venezuela », « Lebanon », « Kenya », « Pakistan », « Indonesia » et « India » sont à zéro occurrence dans le texte extrait. Sur les folios 100 à 105, le texte écrit « US » (« US dollar », « non-US residents ») et, dans l'encadré E, « central and eastern Europe ». Le cadre géographique de la section est le groupe « EMDEs ». Cette recherche ne vaut que pour ces chaînes : le chapitre nomme ailleurs d'autres juridictions.

Sur ces mêmes folios, le texte courant ne porte aucun pourcentage : les seules formes « nombre + % » figurent dans des titres, axes ou notes de graphiques.

## L'ampleur actuelle décrite par le chapitre est modeste

Le chapitre écrit que 99,4 % des stablecoins adossés à une monnaie légale, en valeur de marché, sont indexés sur le dollar. La capitalisation de l'ensemble des stablecoins était d'environ 320 milliards de dollars fin mai 2026, et le volume annuel de transactions est estimé à 28 000 milliards de dollars en 2025. Les usages principaux ont été le trading de cryptoactifs et, dans une moindre mesure, la réserve de valeur offshore dans des économies émergentes aux monnaies vulnérables. Le chapitre écrit que l'usage des stablecoins « remains modest ».

Cette qualification porte sur l'usage de l'ensemble des stablecoins, où la réserve de valeur offshore dans des économies émergentes vient, selon la même page, « to a lesser extent » après le trading de cryptoactifs. Dans la section dollarisation, le chapitre qualifie les avoirs de stablecoins étrangers détenus comme réserve de valeur de « still limited » (folio 103).

## Le chapitre juge les stablecoins actuels en défaut et propose un grand livre unifié

Le chapitre juge que les conceptions actuelles des stablecoins ne satisfont pas les propriétés fondamentales de la monnaie et menacent l'intégrité financière. Au folio 90, il écrit qu'à ce jour leurs transferts ne se règlent ni directement ni indirectement sur les bilans des banques centrales et que, par construction, ils ne peuvent pas actuellement garantir l'échange au pair entre émetteurs et blockchains en toutes circonstances. Chacune de ces phrases porte « current », « at present » ou « currently ».

Il propose par ailleurs un « unified ledger » qui réunit réserves de banque centrale tokenisées, monnaie de banque commerciale tokenisée, autre monnaie privée réglementée et actifs tokenisés, sur l'architecture à deux niveaux ancrée dans les réserves de banque centrale. Ce grand livre pourrait accueillir, outre les dépôts bancaires tokenisés, « where appropriately designed and supervised, other reserve-backed private instruments », à condition de garde-fous, dont la remboursabilité au pair contre monnaie de banque centrale au niveau de gros.

Dans le texte extrait des folios 106 et 107, « stablecoin » apparaît deux fois, au folio 106, et dans aucune de ces phrases de définition et d'accueil. Le graphique 9 (folio 107), intitulé « Unified ledger, anchored in central bank money, to host different forms of tokenised private money », place en revanche une case « Stablecoins » à l'intérieur du cadre « Unified ledger ». Il ne porte aucune condition.

Le chapitre présente sa politique en deux dimensions menées de concert : corriger les faiblesses des dispositifs actuels de stablecoins, et intégrer la tokenisation au système à deux niveaux. Le mot « tension » n'y figure pas au mot entier, ni « contradict », « paradox » ou « inconsisten ».

*Mon interprétation.* Poser côte à côte le jugement sur les stablecoins actuels, les conditions posées au grand livre unifié et la case du graphique 9 est une lecture de cette pièce. Le chapitre ne la formule pas. Je n'écris pas que ce grand livre accueillerait les stablecoins actuels : les conditions du folio 106 comprennent une remboursabilité au pair contre monnaie de banque centrale, et le folio 90 dit qu'à ce jour les transferts de stablecoins ne se règlent pas sur les bilans des banques centrales.

## Ce qu'un lecteur qui doit décider peut en faire

Ne pas citer l'alerte comme une prévision ni comme un chiffrage : le chapitre écrit un risque au conditionnel et ne rapporte aucun résultat de simulation pour une économie émergente.

Ne pas déduire de « quantitatively modest » ou de « modestly negative » un jugement sur la dollarisation : ces qualificatifs portent sur la production de l'économie émettrice.

Prendre au sérieux les consignes de prudence du chapitre : il écrit que toute projection supposant une adoption généralisée reste incertaine, et que l'analyse de scénarios peut informer sur l'éventail des issues possibles, y compris les « international spillovers ». Ces phrases ne disent pas que le chapitre contient une telle analyse pour les économies émergentes.

## Mes réserves

- **Un chapitre lu, pas les travaux qu'il cite.** Les études de Hofmann, Kaldorf et Rottner, de Hofmann, Mehrotra et Paulick, et d'Aldasoro, Beltran et Grinberg ne sont pas ouvertes ici. Je ne dis rien de leur contenu.
- **Des valeurs de graphiques non relues.** Les échantillons déclarés dans les notes sont repris, non les courbes ni les hauteurs de barres. Les libellés de certains graphiques, dessinés en vectoriel, échappent à la recherche plein texte.
- **Une lecture qui reste celle de la pièce.** Le rapprochement des deux côtés de la demande étrangère et la lecture du grand livre unifié à côté du jugement sur les stablecoins actuels sont les miens. Le chapitre ne les écrit pas.
- **Des vues qui ne sont pas celles des banques centrales membres.** Le chapitre le précise à sa dernière page : je cite « la BRI » et « le chapitre », jamais « les banques centrales ».

## Sources

- [Banque des règlements internationaux (2026). Annual Economic Report 2026, chapitre III, « Anchoring trust in money: innovation beyond stablecoins ». PDF de 45 pages, folios imprimés 77 à 121, texte intégral extrait et lu. Folios cités : 77, 78, 87, 88, 90, 93 à 108, 115 et 120 ; colophon de la dernière page.](https://www.bis.org/publications/anchoring-trust-money.pdf)

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